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3. Il ne lui déplaisait pas d'espérer (p. 23) que le Bulletin de Toulouse, îa Revue biblique ou le» Études trouveraient le moyen « d'ici deux ou trois ans x de satisfaire aux « exigences n dont cet article n'avait été ■qu'une loyale expression.
Quelques mois plus tard, l'auteur de tout le tapage en. ressentait, à son tour, le douloureux contre-coup. L'article Qu est-ce qu'un dogme? aurait sans doute paru matière trop mince pour provoquer l'intervention officielle de l'autorité ecclésiastique. Il en fut autrement du volume .Dogme et. critique, qui fut mis à l'Index le 26^uillet 1907 ^.
' Dans l'intervalle, M. Le Roy s'était signalé par des travaux tout aussi discutables sur des questions d'ordre à peine moins fondamental. Ce fut d'abord un Essai sur la notion du miracle ^, qui contenait, avec une vive critique des positionsde l'apologétique traditionnelle sur ce point, une refonte de cet argument à base d'idéalisme, l'esprit étant la seule réalité, qui, par moments, peut récupérer sa puissance native sur la matière inerte^. Peu de temps après, l'auteur publiait une critique des preuves de l'existence de Dieu* dont on a pu dire ^ qu'elle « ressemble singulièrement à celle de M. Marcel Hébert. »
A ces divers titres, en dépit de ses déclarations réitérées de loyalisme catholique, M. Le Roy s'était révélé comme un de ces esprits aventureux dont le bon vouloir n'est pas servi par une égale sûreté de jugement. Son œuvre, comme toutes, celles qu'a produites l'école du dogmatisme moral, ne peut pas ne pas être retenue par l'histoire au nombre des ruisseaux dont l'encyclique Pascendi allait être bientôt le confluent..
. 1. « Quoi qu'il arrive, d'ailleurs, écrivait l'auteur au terme de sapréface, rien ne réussira jamais à troubler notre ferme volonté d'obéis-sance, notre intention de ne travailler que pour l'Eglise et dans l'Église.. Quelle que soit la vérité qui finalement se fasse jour, conforme ou contraire à nos opinions personnelles, d'avance nous y adhérons. » Il ne s'est jamais Réparti de ces bons sentiments.
2. Annales de phil. chr., octobre-décembre 1906, IV« série, t. m,, p. 5-33, 166-191 et 225-259.
3. Cette philosophie était trop évidemment chimérique pour susciter beaucoup d'émoi; mais M. Loisy du moins tint à s'en désolidariser. Lettre du 23 décembre 1906, dans Quelques lettres, p. 58-61.
4. Heiiue de métaphysique e1 de morale, mai-juiUet 1907, t. xv, p. 129— 170, 470-513.
5. Houtin, p. 132. Recension et discussion par Eug. Lenoble, dans. Revue du clergé fr., t. m, 1907, p. 285-297.
En même temps que toutes ces causes réunies entretenaient dans les élites intellectuelles une sorte de trouble chronique, des indices de moindre importance trahissaient un état d'agitation plus ou moins malsaine dans d'autres milieux.
On aurait pu croire que le vaste champ de l'action politique et sociale devait suffire aux militants de la démocratie chrétienne. Cependant les prêtres qui dirigeaient les journaux du parti, et parfois même leurs collaborateurs laïques, ne se privaient pas d'empiéter sur le domaine de la science ecclésiastique, ou il était fatal que leur inexpérience leur fît faire bien des faux pas. D'acharnés adversaires, pour mieux se débarrasser d'un mouvement dont l'orientation gênait les clans conservateurs, ont institué de bonne heure le procès de leurs tendances doctrinales ■*•. Quelle que soit la passion qui inspire ces dossiers, on y trouve, avec nombre de pièces sans valeur et de commentaires tendancieux qui exagèrent à plaisir la portée des autres, plusieurs textes ou faits peu propres à rassurer sur la direction que les feuilles en question donnaient à leurs lecteurs.
A la Justice sociale, de même qu'il avait fait part, le 10 janvier 1903, de son admiration pour l'apologétique de M. Blondelet de son école, M. Naudet disait son mot, le 18 novembre 19j)5, sur la question Qu'est-ce qu'un dogme? Ses articles sur La Bible, la science et la foi, qui suivirent la condamnation de M. Loisy, parlaient de légendes dans la Genèse et, admettaient des procédés d'idéalisation dans les Évangiles, tandis que, le 30 janvier 1904,^ le D"^ Lancry entreprenait une apologie humoristique de l'auteur des
1. Voir, après Mgr Turinaz, Encore quelques mots sur les périls de la loi et de la discipline dans l'Église de France (Paris, 1904), J. Dalbin (pseudonyme de Th. Delmont), Les erreurs des démocrates de la «Justice sociale» (Paris, 1906), partiellement repris par l'auteur, sous son nom propre, dans Modernisme et modernistes, p. 174-205; H. Delassus, L'en- ■cyclique et la démocratie chrétienne, dans Semaine religieuse de Cambrai, octobre-décembre 1907; Em. Barbier, Les démocrates chrétiens' et le modernisme, Paris, 1908. "
petits « livres rouges ». L'abbé « Morien » (V. Ermoni) y louait sans réserves, le .9 février 1907, le méchant Manuel d'histoire ancienne du christianisme de Ch. Guignebert et soutenait, contre M. Lepin, les thèses de l'école critique sur l'authenticité de saint Jean, tandis qu'un anonyme, sous les initiales J.-B. T., y faisait bon accueil, le 4 mai 1907, aux élucubratiôns consignées par « Jean d'Alma » dans sa Controverse du quatrième Évangile. Un abbé « Emmanuel Dupret » y' raillait, le 1^? septembre 1907, les miracles attribués à quelques saints ^.
La Vie catholique ne faisait pas « la part aussi grande que la Justice sociale aux questions de philosophie religieuse ou d'exégèse^;» mais elle ne s'abstenait pas non plus d'y toucher, à l'occasion, et avec non moins d'imprudence. On y trouvait le temps d'encenser l'œuvre d'Herman ScheU (l^'f juillet 1906). Un prélat polygraphe aux multiples pseudonymes, Eug. BœgKn, y faisait, à propos de Newman, le procès . du dogmatisme (23 mars 1907) et un anonyme qui signait Senior y présentait avec lès plus grands éloges, le 15 décembre 1906, le volume de satire et de scepticisme dogmatique intitulé Vérités d'hier? ^.
Sur le terrain même de l'action démocratique, d'où ils n'auraient jamais dû sortir, ces deux organes avaient, avec quelques représentants de la hiérarchie^ de sérieuses difficultés. Dès 1902, Mgr DubiUard, évêque de Quimper, les interdisait à ses séminaristes et ces blâmes allaient se multiplier sous le pontificat de Pie X. Ce qui amenait, chez leurs directeurs respectifs, une avalanche de protestations véhémentes, de lettres publiques ou d'entrefilets railleurs à l'adresse des évêques ou de leurs conseillers assez mal inspirés pour se mettre « à la solde du parti réfractaire » *. Et le moins qu'oïl puisse dire, c'est que cette attitude fron- (leusCj cette manière de soumettre les décisions épiscopales
1. Voir E. Barbier, p. 51-141. 'Le journal recommaiidait en permanence et mettait en vente à ses bureaux, avec Dogme et critique 'le M. Le Roy, les publications les plus suspectes de la maison Nourry. Barbier, p. 107-114; Th. Delmont, p. 189-190.