Introd., trad. fr., p
paiement dans la personne du Christ, et eUe avait son document authentique dans le Nouveau Testament, vision prophétique du royaume de Dieu. Elle était parfaite en elle-même et n'a jamais eu besoin de développement à proprement parler : ni le développement dialectique admis par les théologiens modernes, ni le développement réel professé par Newman, ni l'évolution plus radicale dont la théorie était esquissée dans U Évangile et l'Église ne correspondraient à la réalité. Les définitions dogmatiques ne servent qu'à préserver la révélation immuable contre les erreurs de la spéculation théologique, la théologie elle-même n'étant qu'une interprétation provisoire, et qui devait être incessamment renouvelée, de la révélation ou de l'expérience religieuse essentielle dont l'Écriture est l'expression et dont l'Église garde le dépôt. Cette façon d'entendre l'économie de la révélation chrétienne a de fortes analogies avec les idées protestantes ^.
« Nulle part, continuait M. Loisy, Tyrrell n'a défini en termes clairs la révélation parfaite qu'il met au début de ce mouvement. » La remarque est sans doute vraie de ce dernier ouvrage; mais l'auteur avait déjà exposé dans les précédents, comme il devait l'accentuer dans la suite, que, pouT lui, cette « révélation parfaite » se ramène à une perception éminente du divin, perception dont le Christ fut un insigne exemplaire et qui, sur ses traces, doit se reproduire en toute conscience hunaaine.
Vers la même époque, il développait, dans l'intimité, le symbolisme le plus radical. De la révélation il voulait distinguer soigneusement la théologie. Celle-là serait « œuvre d'imagination inspirée », de sens et de forme prophétique, comportant (t une idéalisation de l'histoire passée et future, » • d'un mot, « une construction des choses dans l'intérêt de la religion. » La théologie, au contraire, relève de l'interprétation intellectuelle. Il ne faut pas confondre ces deux éléments dans l'enseignement de l'Église :
1. A.jLoisy, dans Revue d'hist. et de litt. rel., 1911, nouv. sér., t. ii, p. 609 (à propos de la traduction française de cet ouvrage).
Des théologiens n'en avaient pas jugé autrement. « Son œuvre serait la réplique de l'œuvre de Sabatier, mais adaptée à des esprits qui auraient pris dans l'Église .catholique le goût et le besoin d'un lien social extérieur, d'une liturgie symbolique, et surtout de la continuité historique. » M. de la Taille, dans Études, 1907, t. cxm, p. 649. Cf. p. 659-661.
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Les définitions sont seulement la protection et la sauvegarde des vérités révélées. Ce gu'elle dit est souvent complètement faux. Mais, la vérité en vue de laquelle elle le dit est révélée, et c'est à cette vérité seule qu'est due notre adhésion^.
Celui qui recevait confidence de ces « vues révolutionnaires » était, d''ailleurs, homme à les comprendre. Ne confondait-il pas lui-même ^ l'idée de révélation avec celle d'expérience religieuse sincère ? C'est pourquoi la révélation chrétienne consisterait dans le « sens rehgieux » dont le. Christ, bien qu^il porte, à d'autres égards, la marque de son temps, a laissé de si magnifiques preuves, et qui denieure encore vivant à travers les « contingences » dans lesquelles sa religion s'est nécessairement exprimée et habillée au cours des âges ^. D'où 'se déduisait une attitude réfléchie, faite à la fois de soumission et de réserve, à l'égard des autorités officielles qui assument la garde, de la vérité, chrétienne, et qui n'allait pas jusqu'à confondre « Éghse » et « religion », tout en cherchant normalement celle-ci dans celle-là *.
(t Entre Charybde et Scylla », c'est-à-dire entre un dogmatisme excessif et un pragmatisme tout utilitaire, désignations modernes de ce qui fut, au Moyen Age, le réalisme et le nominalisme, l'Église s'était, jusqu'à présent, fait un passage dans le sens d'un intellectualisme modéré, où l'on admettait une révélation objective et la vérité analogique des dogmes qui en détaillent le contenu. G. Tyrrell abandonnait ce minimum au profit de l'expérience mystique, qm donnerait à l'homme le, seul absolu dont il soit capable, savoir la possession de Dieu sous les espèces du bien moral. Par où il est clair qu'il n'évitait l'écueil de droite que pour tomber en plein dans le gouffre de gauche. Ces derniers ouvrages achèvent de dessiner la courbe encore un peu indécise des premiers, en montrant que le système de l'immanence, par où il se rattachait à l'école française, était par lui poussé à ses conséquences les plus extrêmes, de telle sorte que le'mysticisme individuel n'était plus ici un aspect
1. Lettre à Fr. von Hûgel, 10 février 1907, dans G. Tyrreïl's letters, p. 56-61.