Lettre à G. Tyrrell, 18 décembre 1906, ilid., p
partiel et dérivé de la révélation divine, mais son essence même et le seul moyen de lui conserver une valeur. Il ne pouvait pas ne pas apparaître que, sous son onction de forme, la philosophie religieuse de G. Tyrrell signifiait, en réalité, la liquidation de tout christianisme positif.
« En Italie, écrivait dès lors un témoin aussi informé que sympathique, les mêmes causes produisent les mêmes. effets [qu'en France], avec. je ne sais quoi de plus populaire, de plus plastique, de plus éloquent, de plus ensoleillé... La caractéristique de la crise religieuse en Italie,' c'est d'avoir placé sur le même rang les préoccupations sociales et les préoccupations scientifiques^ d'avoir compris que la même impulsion qui portait à chercher des méthodes scientifiques nouvelles amenait aussi à chercher des modes d'action nouvelle pour les questions politiques et sociologiques ^. » C'est dire que le mouvement italien se produisait à la fois sur les domaines les plus divers, entre lesquels ne manquaient d'ailleurs pas les communications ^. ,
Depuis 1901, les Studi religiosi restaient le principal organe de la jeune école scientifique italienne. Pour affirmer ses intentions conquérantes, la revue s'intitulait : Riçista critica e storica promotrice délia cultura religiosa in Italia. Mais, dans ce. genre prochain, elle marquait elle-même sa différence spécifique, en se reconnaissant il carattere di
1. P. Sabatier, dans Hibbert Journal, janvier 1907, t. v, p. 289-290.
2. Voir le tableau synthétique dessiné peu après par L.-E. Tony André, pasteur de l'Église évangélique réformée de Florence, dans Berne chrétienne, janvier 1908, t. lv, p. 43-56, qui distingue trois groupes : <( modernistes politico-sociaux », « modernistes scientifiques », « modernistes mystiques », non sans remarquer (p. 47) : « Cette subdivision a quelque chose d'artificiel; car les mêmes individus appartiennent parfois à deux de ces groupes, voire même à tous les trois. »
Pour la physionomie extérieure du mouvement, on peut consulter l'enquête menée par deux reporters laïques, A. Séché et J. Bertaut, Le modernisme en Italie, dans Revue, 1" mai 1908, t. lxxiv, p. 1-23, qui se réfère à la fin de 1907, mais reflète la situation antérieure. Il y a non moins de renseignements et plus de profondeur dans L.-H. Jordan, Modernism in Italy, Londres, 1909.
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sintesi dwulgatwa ^. On y touchait donc, par occasions, à toutes les branches de la science ecclésiastique, mais de préférence aux problèmes scripturaires, sur lesquels s'exerçaient, avec M. Minocchi, des exégètes tels que MM. Bonaccorsi et Fracassini. Un autre de ses dirigeants, le P. Semeria, y unissait la spécialité de la philosophie religieuse et des origines chrétiennes. Double domaine qu'il découvrait périodiquement au grand public en de brillantes séries de conférences qui devenaient aussitôt des volumes ^.
L'esprit de la maison était résolument progressiste et frisait parfois la hardiesse. De M. Minocchi on a pu écrire : « Tout en ménageant, avec une prudence consommée, les susceptibilités dès gardiens de l'orthodoxie, il savait glisser, notamment par des comptes rendus de livres nouveaux, beaucoup d'aperçus destinés à faire réfléchir sur le peu de solidité de la vieille théologie. » Et pareillement du P. Semeria : « Il formait de toutes les idées nouvelles une éloquente synthèse dont il poussait l'expression aussi loin qu'il le pouvait, sans dépasser une mesure au delà de laquelle sa congrégation aurait subi le courroux du Saint-Siège ^. »
Dans l'intimité, les deux prêtres seraient allés bien plus loin. Au cours d'un entretien avec Tolstoï, rapporté par le Giornale d^Italia du 14 août 1903, tout en se disant attachés au catholicisme, ils avouaient accorder peu d'importance à « l'écorce des dogmes ». S'ils restaient dans l'Église, c'est qu'ils ne se recpnnaissaient pas « le droit de scandaliser le peuple avec des apostasies inutiles ; ils devaient, au contraire, l'élever vers leur idéal religieux ». Ces déclarations firent scandale dans les milieux italiens * et les Studi eurent quelque peine à les pallier ^. Il ne semble d'ailleurs pas que ces tendances funestes se soient davantage développées chez le P. Semeria. Elles allaient, au contraire, travailler de plus
2. Les plus remarqués furent : Dogma, gerarchia e culto nella Chiesa primitica, Rome, 1902;- Le cie délia fede. Cohtributi apologetici, Rome, 1903; La messa nella sua storia, Rome, 1904. On a pu l'appeler « l'orateur du groupe ». Bulletin de liit: eccL, 1905, p. 180-181.