A. Houtin, Hist. du modernisme cath., p
4. Ch. Guignebert, op. cit., p. 206-207. On ïetrouve la même plaisanterie chez L.-C. Lewis, The philosophical principles of french modernism, p. 9. ~
5. F. Vernet, art. Êrigène (Scot), dans Dici. ih. cath:, t. v, col. "432.
6. K. Braig, dans Hisi.-pol. Blâtter, 1909, t. cxuv, p. 737-747.
7. A. prendre le terme dans ce sens, on a pu' écrire : « Chaque époque a son modernisme, c'est-à-dire un engouement, plus ou moins fort, pour quelque idée nouvelle. » E. Tavernier, Le modernisme, p. 3. Ce qui est une raison de mieux spécifier le « modernisme » spécial à -la nôtre. - . ■* - -
NOTION DU MODERNISME d
second, au contraire, il recouvre un système très arrêté. Il n'est d'ailleurs pas trop malaisé de saisir la transition de l'un à l'autre sens. En effet, le système spécial visé sous le nom de modernisme affecte doublement la note de modernité, et parce qu'il est d'origine récente, et parce qu'il se propose de satisfaire à des aspirations censées actuelles. Ce qui permet de comprendre que, cette doctrine étant prise pour type, on ait pu en rapprocher, à tort ou à raison, pelles du passé qui présentent avec elle quelque analogie. Tout cela n'est donc pas inconciliable; mais le moins qu'on puisse dire c'est qu'un certain effort s'impose pour le concilier.
Cependant la nécessité se fait d'autant plus sentir de . préciser cette notion qu'elle se révèle moins univoque. Ni le théologien qui discute le modernisme, ni l'historien qui en doit suivre la genèse ne peuvent le faire avec un minimum de probité sans savoir exactement de quoi il s'agit. A ce besoin de clarté la gravité même de la cause s'ajoute comme un nouveau motif d'en déterminer plus soigneusement l'objet. On se trouve, d'un commun accord, en présence d'un enseignement de l'Église sur des matières qui intéressent la foi. La méthode scientifique s'unit à l'esprit religieux pour faire à tous une obligation de s'en tenir, suivant la vieille règle, toti et soli definito.
La tâche estici d'autant plus urgente que les équivoques ont davantage embrouillé la question. Depuis que le modernisme a été condamné, la littérature de controverse s'est enrichie de familles telles que le modernisirie littéraire, sociologique, juridique, moral, " ascétique ou peutêtre d'autres encore. A cette extension de l'objet matériel se joignait, par surcroît, l'afïinement de l'objet formel. Le pape n'avait pas en vain parlé d'hérésie. Par symétrie avec les grandes crises du passé, le type complet a donné riaissaîice à des variétés plus ou moins approchantes. C'est ainsi qu'on a^vu apparaître le « semi-modernisme » et que la catégorie relativement précise des modernistes s'est élargie en celle des « modernisants ». 'En vertu du même sophisme, les adversaires de l'Église, pour faire croire que, sous le nom de. modernisme, c'est toute la science catholique moderne qu'elle a condamnée, décernent à l'envi
l'appellation de « modernistes » à nos exégètes ou à nos historiens les plus considérés ■'■. •
Sans attacher plus d'importance qu'il ne convient à ces surenchères du zèle doctrinal ou de la passion polémique, ne sont-elles pas, à leur manière, Une in\dtation pressante à définir le concept authentique dont ces gloses plus ou moins tendancieuses voudraient se prévaloir, mais qui a seul qualité pour être retenu?
Le problème porte, d'ailleurs, en lui-même sa solution. Bien que le modernisme, en effet, se présente à notre esprit comme une certaine systématisation de la foi chrétienne et (inisse, de ce chef, l'habitude aidant, par être considéré comme une sorte d'entité en soi, rien ne peut faire oublier les contingences historiques auxquelles il doit son origine et qui forment le plus clair de sa physionomie.
Qu'on ait pu, non sans raison, en chercher les ramifications dans l'espace et le temps, il n'en reste pas moins que" le modernisme, comnie le mot suffit à l'indiquer, est chose essentiellement moderne, phénomène récent et localisé. Ce nom est inséparable d'un mouvement d'idées qui se circonscrit aux alentours du xx^ siècle. Tout ce qu'on peut dire de sa préexistence est une découverte faite après coup, et dont les résultats ne valent que par comparaison avec la réalité contemporaine qui sert désormais de critère à nos jugements.
Encore est-il que cette notion régulatrice n'a été obtenue que par l'intervention de l'autorité ecclésiastique. Non qu'il n'en existât, au préalable, pour parier le langage de FÉcole, toute la matière ; mais il y manquait la forme qui seule donne aux êtres leur individualité. Bien des observateurs sans doute suivaient, à l'époque, le mouvement des idées, dans le monde religieux et un plus grand nombre y étaient entraînés sans avoir le sentiment de ce qu'il contenait en gestation. Il a fallu le jugement de l'Église pour révéler le modernisme à l'opinion catholique et, dans bien des cas peut-être, à ses propres auteurs.
1. Ou bien, si, malgré tout, le terme paraît trop fort, il reste la ressource de découvrir en eux, quand on parle allemand, des tendances a m.odernistiques » (modernistisch) . Ainsi Th. Engert, Der deutsche Modernismus, p. 8-9. Cf. p. 20-21.
De là résulte un double principe de méthode. C'est, d'une part, qu'aucune description Subjective n'est de mise là où nous sommes en possession d'un signalement officiel : y ajouter quelque chose de son cru ne serait pas suivre les enseignements de l'autorité, mais y substituer indûment ses propres conceptions. Mais c'est aussi, d'autre part, l'assurance que nous avons le moyen sûr de connaître le modernisme tel que l'Église l'a vu et condamné. Il suffit pour cela de s'en tenir au portrait qu'elle-même a pris soin d'en tracer.
Cette première .source d'informations peut, d'ailleurs, être complétée par le témoignage des écrivains qui, dès lors, se virent et se dirent touchés. Bien que l'Église n'ait pas donné ses références, l'hésitation n'était pas possible. Critique passionné de l'encyclique Pascendi, mais observateur sagace de son contenu, M. Loisy y a relevé" « deux ou trois sources principales », savoir ses propres ouvrages et ceux de G. Tyrrell ^. On ne fera donc pas fausse route en suivant les indications d'un guide aussi peu suspect. C'est ainsi que la notion du modernisme peut et doit être fixée, d'une manière strictement positive, d'après les actes officiels qui l'ont décrit et les œuvres de ceux qui en firent notoirement profession. '
Au moyen de ce double critère, le premier trait qu'on voit aussitôt se dégager, comine distinctif du mouvement à définir, est sa tendance générale vers une conception dite fnoderne de la foi et de la vie religieuses, au sein de l'Église et censément à son profit.
Sans doute le magistère ecclésiastique suppose ce caractère acquis plutôt qu'il ne se préoccupe de l'affirmer. Mais n est-ce pas ce qui ressort avec évidence du titre même de l'encyclique : De modernistarum doctrinis, de l'amour d.es nouveautés qu!elle dénonce chez eux dès les premières lignes, comme l'avait fait, au préalable, le décret Lamentabili; de 1 inspiration foncière qui, d'après elle, préside à leurs projets
"1. Simples réflexions, p. 15.
de réforme? Au demeurant, il n'est pas de titre que les tenants de l'école en question aient plus souvent et plus fermement revendiqué. Si l'idée est de tous les temps, nulle part elle ne fut aussi formellement érigée en règle de pensée et d'action. Qu'on en croie G. Tyrrell :
«Moderniste» opposé à «moderne» sous-entend que l'on insisté sur la modernité comme principe. Cela signifie la reconnaissance, de la part de la religion, des droits de la pensée moderne, la nécessité d'opérer une synthèse, non entre ce qui est ancien et ce qui est nouveau sans distinction, mais entre ce qui, après avoir été passé au crible de la critique, est reconnu bon dans ce qui est ancien aussi bien que dans ce qui est nouveau ^.
Chez nous, M. Loisy déclarait pareillement connaître « un nombre assez déterminé de personnes, dont le trait commun est le désir d'adapter la religion catholique aux besoins intellectuels, moraux et sociaux . du temps présent ^. »
Plus qu'une simple tactique, c'est là pour eux une véritable nécessité. « Ce qui importe aujourd'hui est d'éclairer les problèmes qui se soulèvent et les positions que prennent respectivement à leur égard l'Église et l'homme moderne ^. » Il en résulte cette « disposition de l'esprit, dont se vantait hier encore M. Buonaiuti, à regarder d'un œil bienveillant et à désirer avec ardeur toutes les conquêtes de l'époque moderne dans le domaine de la culture et du progrès social*.»
De cette attitude psychologique découlent des conséquences qui achèvent d'en préciser la direction. Les premières et les plus saillantes sont d'ordre négatif. Car il est entendu que la «mentalité moderne » aurait pour caractère d'être « compatible certes avec l'idéal religieux, mais irré-
',1. G. Tyrrell, M-ediœvalism,^. 143; trad. fr., p. 172. ■ 2. Simples réflexions, p. 13. Formule dont s'inspire à la lettre 'A. Houtin (p. 88) pour sa définition générale du modernisme. « Les modernistes, poursuivait M. Loisy (p. 257-258), sont tels... parce qu'ils -sont modernes, parce qu'ils sont de leur temps. » Cf. p. 141 : «.S'ils se sont rencontrés sur certains points, c'est parce qu'ils sont entrés par des chemins différents dans le courant de. la pensée conïlemporaine. » . , .