Voir A. Houtin, Une vie de prêtre, p
5. Extraits de la préface dans A. Houtin, La crise du clergé, p. 327- 328, et Hist. du modernisme catholique, p. 432-433.
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D'autres fois, les auteurs pseudonymes croyaient .devoir adopter, pour mieux donner le change, une physionomie soi-disant ecclésiastique : « abbé E. Lefranc », Les conflits de la science et de la Bible (1906); « abbé Jean Le Morin, docteur en philosophie et en théologie », Vérités d'hier? La théologie traditionnelle et les critiques catholiques (1906) ^. Toutes ces publications louches commençaient à faire la spécialité d'un éditeur qui croirait bientôt recommander sa maison en l'appelant « Librairie critique Emile Nourry ».
Il importe peu de connaître l'identité des personnages que recouvraient ces différents masques. D'autant que ces œuvres, généralement médiocres, n'ont de valeur que par l'état d'esprit qu'elles traduisaient et tendaient à entretenir. Quand bien, même, comme il est probable, la plupart de ces signatures ostensiblement cléricales seraient celles de pseudo-prêtres, par un artifice inverse à celui des prêtres véritables qui se faisaient des semeurs d'incroyance sous un faux nom d'allure séculièrej cette double manœuvre serait encore un signé des temps. Il est certain que cette littérature vénéneuse et perfide, en même temps qu'elle dénotait un ébranlement de la foi dans certaines parties du corps ecclésiastique, travaillait à le créer dans les autres et contribuait à donner au public, démuni de contrôle, l'impression d'un mal encore plus profond qu'il ne l'était en réalité ^.
Cette nouvelle matière à scandale devait immanquablement tenter la plume d'A. Houtin. Au cours des années '1905-1906, une série de chroniques, signées de pseudonymes qui n'étaient, paraît-il, «un secret pour personne,» tendaient à édifier le public anticlérical du Siècle sur les dessous du
1. Ce dernier est ainii apprécié dans Revue d'hist. et de litt. rel., 1907, t. XII, p. 653 ; « L'auteur, que l'on dit être un ancien assomptionniste, s'amuse sur tous les points à pousser à l'extrême et à donner comme vérité acquise pour la foi des catholiques les données théologiques les plus diverses, avec la forme qu'elles ont reçue dans l'enseignement des écoles, puis à mettre en regard pour les y opposer les doctrines les plus hardies et quelquefois les plus outrancières des critiques catholiques, acceptées sans critique comme vérité acquise à la science. »
2. « Cette multiplicité de signatures faisait, au loin, l'impression de toute une école, là où, en réalité, il y avait seulement quelques individualités solitaires. » E. Portalié, dans Études, 1908, t. cxvi, p. 343.
monde ecclésiastique. Elles contenaient quelques médisances et plus encore de. calomnies ou d'imputations gratuites. Il en sortit un volume auquel l'auteur attacha publiquement son nom ^. Son but était d'illustrer par les faits le dogme primaire de l'incompatibilité entre la science et la foi 2. L'auteur s'appliquait donc à montrer comment le& prêtres sincères renoncent à l'Église, tandis que ceux qui continuent à la servir ne le font que par ignorance ou par hypocrisie. En appendice, il dressait un long état chronologique des « évasions », où étaient réunis les noms et oeuvres des prêtres « libérés » depuis 1884. Liste composée sans la moindre critique, mais qui n'en prétendait pas moins être un témoignage et voulait sans doute devenir un appeL Auprès du clergé la méthode était trop grossière, et l'auteur déjà trop disqualifié pour faire beaucoup de dupes; mais des profanes ne pouvaient-ils pas s'y tromper?