‹ Le modernisme dans l'Eglise [microform]Chapitre 236 sur 451 · Ibid., 1908, t. Lxxm, p · texte numérisé non relu

Ibid., 1908, t. Lxxm, p

SITUATION d'ensemble 321

Les analyses qui précèdent autorisent tout au moins à circonscrire assez bien l'extension géographique de la crise. Sauf de rares individus qui s'ignoraient encore eux-niêmes, l'Allemagne n'en était pour ainsi dire pas atteinte : les controverses doctrinales dont elle était le théâtre avaient un tout autre objet, et l'agitation de quelques groupes en vue d'une réforme catholique ne touchait pas la doctrine fondamentale de l'Église. En Angleterre, une poignée d'intellectuels libéraux subissait l'influence de G. Tyrrell ■'^. C'est en France et en Italie que le mouvement était surtout répanduj ici plus général peut-être, mais certainement^ plus superficiel, là plus restreint, mais d'autant plus profond.

On peut aisément en supputer la pénétration sociale. Il est à peine besoin de dire que la masse des fidèles — et même du clergé -^ restait absolument réfractaire à toute idée d'innovation dogmatique. Les rhéteurs de la démocratie chrétienne pouvaient sans doute recruter une assez large, clientèle; mais, quelles qu'aient pu être parfois les imprudences des chefs ou des troupes, leur action n'avait, dans l'ensemble, aucun rapport avec le présent problème. Seul, le petit nombre des laïques et des prêtres instruits qui s'intéressent aux choses de l'intelligence a pu être touché par la crise.

C'est évidemment la jeunesse cléricale qui devait fournir le principal contingent. P. Sabatier se faisait fort d'en connaître les secrètes dispositions. En tout cas, voici comment, sous prétexte de décrire l'influence de M. Loisy, il les dépeignait à l'usage du public anglo-saxon ^ :

1. Plus éloignée ou plus dédaigneuse des grands courants spécular tifs, l'Amérique exprimait tout au. moins ses doléances sur « trois ans et demi de Pie X » par l'organe d' « un prêtre catholique » anonyme — et peut-être apocryphe — qui reprochait à Pie X de n'être pas le pape religieux que l'on avait rêvé, et se plaignait de son intransigeance archaïque au triple point de vue politique, social et intellectuel. Three years and a half of Plus X, dans Norih american review, janvier 1907, t. clxxxiv, p. 35-45. L'article parut assez . important pour que Mgr Ireland prît la peine de lui opposer une réponse : The pontificaie of Piiis X, ihid., 1" février 1907, p. 233-245.

2. Hihhert Journal. 1906-1907, t. v, p. 287-288. Le prestige de M. Loisy s'exerçait également sur la jeunesse laïque. Voir P. Archamhault, dans La renaissance religieuse, Paris, 1928, p. 40-41 (qui en atteste aussi le déclin).

Dans presque tous les séminaires d'Europe, il y a de jeunes prêtres dont l'œil brille d'une joie si intense lorsqu'ils peuvent approcher quelque heureux mortel qui ait passé à Garnay et qui puisse leur donner des nouvelles de ce modeste, de ce silencieux qui a ouvert à leur intelligence et à leur cœur des horizons nouveaux.

M. Goût renchérit encore v

Le modernisme commençait à déborder, grand courant vainqueur. Ah! que ce ïut joli de le voir couler, brillant au soleil comme de l'or et chantant son espérance dans le matin d'allégresse! Les séminaires envahis, les Instituts réveillés, les colonnes de la tradition orthodoxe disloquées, les gardiens officiels de la doctrine, dominicains, jésuites niêmes, ébranlés, les revues les plus intransigeantes pénétrées, des revues créées pour répondre aux besoins croissants, les plus belles intelligences de l'Église conquises : la hiérarchie entamée fléchissait, le courant menaçait de gagner les^cloîtres, Huysmans tremblait pour ses moines ^.

De ces tableaux faits « de cliic » à peine jjeut-on retenir les grandes lignes. Un contenipora,in des mieux qualifiés a tracé de la situation intellectuelle à cette époque une peinture analogue, mais d'un réalisme autrement évocateur.

... Bien des'^jeunes bonnes ^volontés adhérèrent plus ou moins à des revues, à des publications où ils voyaient figurer le nom de catholiques notoires, et traitèrent de fâcheux ceux qui -voulaient distinguer entre ceux-ci et les autres. Qu'on imagine, dans cette fermentation, au milieu de ces malentendus, entretenus et épaissis par la perfidie des uns, "l'imprudence des autres, l'agitation de tous, l'éclosion de ces livres étranges, de couleur religieuse, de prétention apologétique : L' Éçangile et l'Église, de M. Loisy, Il Santo d'Antonio Fogazzaro, Lex orandi de M. Tyrrell; qu'on songe au retentissement donné, dans certains groupes de catholiques, à des essais de philosophie religieuse trop dépendants de données idéalistes ou pragmatistes, ici les volumes aventureux de Hermann. Schell, là les articles de M. Le Roy... Attaques viriilentes, répliques passionnées, questions de personnes, de tendances, Voire de gloriole nationale compliquant le tout. Qu'on réalise l'état d'esprit de jeunes étudiants catholiques, même ecclésiastiques, voyant réunis du même côté le succès, la nouveauté, la séduction des noms retentissants, la vertu très vantée de certains chefs, la faveur de presque tous les grands établissements

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