L'afjaire Tyrrell, p
SITUATION d'ensemble 323
scientifiques. Qu'on calcule l'appoint, indirect mais efficace, apporté au modernisme par les livres, les collections, les commentaires, les instruments nécessaires de travail, œuvre le plus souvent des protestants libéraux et portant leur empreinte. Qu'on sesouvieiineenlinqu'ily a toujours des progrès à faire, une adaptation aux temps nouveaux des vérités anciennes, dont nul catholique sincère ne saurait, s'il s'occupe de sciences religieuses, se désintéresser, et l'on aura peut-être une idée du danger qui menaçait l'Église ^.
Il est d'ailleurs évident que le malaise prenait une acuité très inégale : « suivant les cas, tendance amorplie et mal caractérisée ou erreur formelle ^. » Mais, sous une forme ou sous une autre, la crise fut certainement un fait d'une certaine généralité.
Peut-on risquer des évaluations numériques? La pensée ne viendrait sans doute à personne de soulever un problème aussi manifestement insoluble, si, plus tard, une controverse ne s'était engagée à ce sujet, où l'on a cru pouvoir alléguer des chiffres. C'est, de toute évidence, au moment où aucun choc n'avait encore disloqué l'armée novatrice que se pose le plus rationnellement la question d'en calculer les effectifs.
« Un controversiste, des plus ardents à signaler la crise du clergé et des plus opposés à toutç liberté intellectuelle, estime à quinze mille le nombre des prêtres qui sont dans le mouvement progressiste, » avait écrit A. Houtin ^. Reprenant la même information dans le Siècle du 30 août 1907, l'auteur ajoutait : « Je ne serais pas éloigné de penser que ce chiffre est encore inférieur à la réalité *. » M. Sal. Reinach s'est enriparé de ce nombre pour y voir la statistique des modernistes °. A quoi M. Loisy de répliquer, avec tout
1. L. de Grandmaison, dans Études, 1908, t. cxvii, p. 304. Cf. ibid., 1914, t. cxL, p. 435-439. - •