R. Goût, op. cit., p
^ DÉCRET « L'AMENTABILI » 337
télégraphie que la commission chargée de la rédaction du nouveau Syllabus procède fiévreusêm.ent à ses travaux. Le document pourrait, dit-on, être publié dans les premiers jours du mois d'août. » On en présageait même l'économie. « Il serait divisé en deux parties principales. La première serait constituée par l'exposition des doctrines; la deuxième en contiendrait la réfutation. Et l'on donnerait ensuite les raisons qui rendraient nécessaire la condamnation. Les doctrines condamnées seraient extraites d'ouvrages modernes... » A l'heure où elles se colportaient, ces « dernières nouvelles », d'une exactitude' fort approximative, n'étaient déjà plus, à l'insu de leurs auteurs, qu'une prophétie post eventum. Car le décret Lamentabili, porté le 3 juillet, approuvé par le pape le 4, allait être publié par V Ossercatore Romano du 17.
Il suffit d'étudier la contexture et le contenu du décret pour y lire nettement l'objectif en vue duquel il est conçu.
Une petite préface justificative rappelle cette fièvre de nouveautés qui est le propre de notre époque « impatiente de tout frein » et la porte à déserter « ce qui est comme l'héritage du genre humain » en matière religieuse, pour « tomber dans les plus graves erreurs. » Erreurs particulièrement funestes « quand il s'agit de l'Écriture à interpréter et des principaux mystères de la foi. » Il s'en faut pourtant que les catholiques soient à l'abri. On rencontre parmi eux « des écrivains en assez grand nombre, qui, franchissant les limites posées par les Pères et par la sainte Église elle-même, sous prétexte d'intelligence plus profonde et d'investigation historique, recherchent un progrès des dogmes qui en est, en réalité, la corruption. »
Ces lignes indiquent la raison d'être du décret, savoir la puUulation d'erreurs graves parmi les catholiques d'aujour» d'hui, sous couleur de science et de progrès. On en devine deux champs d'application (agitur... de sacra Scriptura mterpretanda.., de fidei praecipuis mysteriis) : soit le problème biblique et le problème dogmatique. Au dernier sans doute s'applique ce « prétexte d'intelligence plus profonde » (altioris intelligentiae specie) que signalait déjà le
concile du Vatican, au souvenir des audaces spéculatives de Giintlier ^, tandis que la prétention de se livrer à 1' « investigation historique » [historicae considerationis nomine) est' un phénomène nouveau et qui convient davantage aux méthodes actuelles de l'exégèse. Il s'ensuit que le Saint- Office révèle par là son intention dç parer aux excès commis par la critique moderne sur le double terrain biblique et philosophique. Derrière ce protocole d'apparence toute conventionnelle, on saisit une vision très exacte de la forme que prenait, à l'éjjoque, le vieux problème de la raison et de la foi.
Emu de ces erreurs, le Saint-Père a voulu les empêcher de se répandre ou de pousser de trop profondes racines. C'est toujours, dans l'Église comme dans toute société hiérarchique, au chef suprême que revient la responsabilité des décisions à prendre. Mais ici le pape a voulu se servir d'un organisme intermédiaire, savoir « la Sainte Inquisition romaine et universelle », qu'il a chargée de « noter et réprouver les principales de ces erreurs ^. »
La fin étant ainsi déterminée, « ce sont les cardinaux inquisiteurs » qui ont assumé le charge de la réalisation. Après avoir pris l'avis des consulteurs et examiné très soigneusement la question par eux-mêmes, ils ont constitué une liste de propositions qui leur onfparu « devoir être réprouvées et proscrites ». C'est pourquoi ils les ont réunies dans un « décret d'ensemble » qui a pour but de les proscrire et réprouver.
Entre ces propositions, aucun lien extérieur n'est établi : elles se suivent, au nombre de soixante-cinq, sans autre différenciation que celle de leur numéro d'ordre. Mais les unités de cette énumération se laissent, à l'analyse, rapprocher aisément en sept groupes consécutifs : autorité du magistère de l'Église en matières bibliques et autres (1-8); insi:)iration et valeur historique des Livres saints, des Évangiles en particulier (9-19); notions fondamentales de révélation.