‹ Le modernisme dans l'Eglise [microform]Chapitre 266 sur 451 · Reçue pr. d'apol, 15 juillet 1908, t. vi, p · texte numérisé non relu

Reçue pr. d'apol, 15 juillet 1908, t. vi, p

que le privilège du Siège suprême couvre également la vérité historique de la description qui la précède et la justifie.

Du reste, quelque intéressante qu'elle soit pour la théorie du magistère pontifical, cette que'stion n'a pas grande importance pratique. Car l'encyclique reste toujours un enseignement authentique du pape, et d'une telle solennité qu'il engage, à n'en pas douter, l'Église^. Elle se range, de ce chef, à côté des encycliques Mirari vos] Quanta cura, Providentissimus, qui, sans être sans doute davantage i< irréformables » au sens strict du terme, n'en ont pas moins résolu dé graves problèmes et fixé des doctrines qui s'imposent. C'est bien la question du modernisme qui est ici tranchée par l'arbitre suprême de la foi ^.

Tous les hommes de métier savent néanmoins que les divers actes du magistère ecclésiastique ne sont pas de même type, et une règle élémentaire d'exégèse prescrit d'interirréter chacun suivant son genre' spécial. C'est pourquoi on ne saurait trop prendre garde au caractère de celuici, sous peine de s'exposer aux j^ires contresens en lui demandant ce qu'il ne veut pas donner. Il n'est pas besoin \ our cela d'autres lumières que celles que fournit l'encyclique ellemênae.

Au début et à la fin de son exposition (p. 6 et 60), le pape énonce formellement son intention de dresser une synthèse, en présentant dans toute son étendue un système qui resté généralement fragmentaire chez ses pai'tisans, en faisant ressortir les articulations logiques, d'ordinaire inaperçues, qui en unissent les diverses parties. Il s'ensuit qu'on ferait fausse route à y chercher la reproduction d'une doctrine qui aurait existé telle quelle dans l'Église, quitte à se plaindre

1. Seul P. Sabatier (Coniemporary revievc, 1908, t. xciii, p. 303) pouvait se persuader que Pie X avait évité de se prononcer ex cathedra « par crainte de sa responsabilité devant l'histoire » ou pour ne pas vider l'Église de ses meilleurs sujets.

2. Pour coupet "court à tous les subterfuges, le pape publiait, en date du 18 novembre, le motu proprio a Praestantia » (dans A. Vermeersch, p. 56-58), oîi il déclarait «renouveler et. confirmer » l'encyclique ainsi que le décret Lamentabili, et frappait d'excommunication ceux qui auraient l'audace de soutenir-l'une ou l'autre des doctrines condamnées par ces deux documents. .

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ensuite de ne la trouver nulle part. Ce ne sont pas seulement « des apologistes avisés, » comme le veut M. Loisy ^, m.ais tous les lecteurs im.partiaux qui doivent se rendre compte « que le systèntie réprouvé n'appartenait k personne ^. »

En conséquence, il n'y a pas lieu de reprocher à l'encyclique, ainsi que le fait amèrement M. Loisy ^, d'être « une compilation formée de pièces et de morceaux qu'on n'a pu ramener à l'unité que pai" des combinaisons artificielles, « ni d'incriminer « les rédacteurs pontificaux « pour avoir « interprété fort peu exactenaent les écrits dont ils ont voulu résumer l'enseignement*. » Car le pape n'entend citer aucune source précise, ni « résumer » les conceptions d'aucun auteur en particulier, mais bien dégager par abstraction une idée générale incluse en de multiples cas individuels.

Aussi un théologien distingué de la Compagnie de Jésus, écrivant pour commenter l'encyclique au lendemain de son apparition, pouvait-il écrire des modernistes : « Dans leurs livres ou leurs articles, on trouvera bien des thèses éparses d'exégèse, de. philosophie, d'histoire; mais a-t-on le droit de les organiser en système? » En tout cas, M. Lebreton de continuer pour son compte : « Je serai attentif à n'imputer à personne que les thèses qu'il a soutenues; le lecteur voudra bien n'en point étendre la responsabilité à d'autres ^. »

C'est assez dire que tout le monde peut et doit être d'accord avec -les adversaires de l'encyclique ^ pour revendiquer l'originalité individuelle des principaux modernistes. En somme, le pape n'a voulu présenter qu'un modernisme schématique, dont il faut renoncer à saisir quelque part dans la réalité le type complet, mais qui n'en sert pas moins à découvrir le sens et la portée des manifestations concrètes qui en traduisirent Tun ou l'autre aspect.

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