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Le modernisme et V infaillibilité, Paris

2. Il se date. du 8 décembre 1907 et vit le jour au commencement de 1908.

3. A l'époque", ce petit livre fut attribué à Mgr Lacroix, qui, paraît-il, « ne craignait point de s'appeler lui-même l'évêque des modernistes» (A. 'Kontixi,- Le Père Hyacinthe prêtre solitaire, p. 117. Cf. ihid., p. 330). Dans une lettre à H. Loyson, en date de 18 mars 1908 [ihid., p. 331), il précisait son rôle en ces termes : « On vous a dit vrai, je ne suispas l'auteur de ce petit livre ; mais il se pourrait que je n'y fusse pas •totalement étranger. » Aussi, dans sa réponse en date du. 15 mai 1909

380 RÉACTION DU MODEKNISME

L'auteur, qui se donne d'abord comme ayant « passe longuement par les séminaires,» (p. 44), puis nettement comme prêtre, (p. 71-72), commence par reprocher au document pontifical de présenter « un modernisme en fonction pour ainsi dire des formules scolastiques » (p. 3) et différent, en tout cas, des doctrines que les modernistes ont réellement professées, de telle sorte que Pie X aurait commis « un véritable faux intellectuel » (p. 6) et que le système de l'encyclique aurait été « construit de toutes pièces au Vatican. » (P. 24.) D'après lui, le vrii modernisme consisterait dans la revendication « d'une science libre, entièrement, absolument, jalousement libre, » (p. 21), même àTégard de la tradition et de l'autorité ecclésiastique. Il s'agirait d'un conflit entre l'enseignement de l'Église et les données les plus certaines de la critique qui en montrent la caducité. Le seul tort des modernistes serait d'avoir été « tout simplement des catholiques logiques » (p. 35) en admettant cette nécessité d'établir la foi sur un fondement rationnel que l'Église pose en principe sans consentir à l'appliquer. Aujourd'hui, en effet, « l'inévitable conflit » est entre l'histoire et le dogme (p. 71) et l'auteur, à l'appui de sa thèse, de faire étalage, d'après M. Loisy, « de ces démentis répétés, concordants, pressants-, infligés par la science historique et exégétique à ce que le dogme implique nécessairement d'histoire et d'exégèse. » (P. 95-)

« Dans ces conditions, l'avenir rendra cette justice aux modernistes que ce qu'ils ont plaidé... c'est'bien et uniquement la cause du christianisme et de l'Eglise;... qu'ils lui ont conservé en des jours difficiles des fidèles, laïcs et prêtres;... qu'ils lui ont obtenu l'attention, le respect, la sympathie d'adversaires restés rebelles » à l'ancienne apologétique; «-...qu'ils avaient réussi à renouveler l'air de la vieille maison en y faisant.entrer un-peu de lumière.» (P. 74.)

Au contraire, l'encyclique apparaît comme « une des plus audacieuses tentatives... de violenter l'esprit humain et de ramener le monde à quatre cents ans eh arrière. » (P. 100.)

(ibid., p. 333), son correspondant pouvait-il lui exprimer la satisfaction qu'il avait éprouvée a en lisant dans les Lendemains d'Encyclique les belles pages qiie vous avez, lui disait-il, sinon écrites ou inspirées, du moins hautement approuvées. »

ESSAIS d'agitation- : EN. FRANCE 381

Et comme elle. n'est pas'« jiersonnelle à Pie X », mais le « nécessaire aboutissant » de l'attitude intransigeante prise par l'Église au cours .des derniers siècles (p. 106), il s'ensuit qu'elle travaille à préparer ce qui déjà paraît à beaucoup un fait accompli, savoir « les funérailles du christianisme. » (.P 116.) Par bonheur les modernistes sont là pour parer à cette catastrophe. Si l'Êghse refuse de « s'arracher aux \deilles enveloppes doctrinales qvii la paralysent,» (p. 104), ils resteront néanmoins dans son sein pour l'en dégager peu à peu. Il n'y aura donc chez eux « ni révolte tapageuse ni exode en masse, » mais « moins encore acte de soumission. »

« Ils laisseront la hiérarchie dire et s'agiter; et, l'âme en paix, ils resteront ce qu'ils sont et où ils sont. » (P. 112.) En effet, « il s'agit desauver... le patrimoinemoral et religieux des ancêtres.» (P. 119.) « C'est parce que les modernistes ont vu le vrai péril qui menace nos sociétés contemporaines qu'ils ont essayé de le conjurer en rendant le catholicisme moins inintelligible et moins inacceptable : » ils continueront leur tâche, dussent-ils « perdre leur âme pour sauver la religion et la morale de l'Evangile » contre ce qu'il faut bien appeler, avec G. Tyrrell, « les extravagances de l'Eglise officielle. » (P. 122-123.)

Ces pages ardentes et déclamatoires suffiraient à montrer que le modernisme de l'encyclique ne fut pas un mythe. Mais ce n'est évidemment plus l'éloquence d!un plaidoyer anonyme qui pouvait désormais le sauver.. « Livre très remarquable, écrivait H. Loyson^, et dont la presse n'a pas parlé autant qu'il le méritait. Dans les circonstances présentes, ce livre aurait "dû être un événement. » Fut-il seulement un fait divers?

Au fond, le seul point important pour le modernisme français était de savoir quelle serait l'attitude prise par M. Loisy. Elle fut celle que ses antécédents ne laissaient que trop prévoir.

Dès que se produisirent les actes un peu significatifs des autorités romaines, le solitaire de Ceffonds ne put se tenir

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