Voir t. xn, p
ESSAIS d'agitation : EN FRANCE 387
rÉglise. Avec elle le modernisme français perdait son organe scientifique : elle ne devait reparaître qu'en 1910 au service du rationalisme le plus radical.
La situation canonique de son fondateur ne tarderait plus guère à être réglée. M. Loisy s'est vanté dans la suite d'avoir, au lieu de la quitter spontanément, voulu « arracher » à l'Église l'acte de sa libération^ : cette satisfaction d'amourpropre ne lui fut pas refusée. Dès le 18 jan\ier 1908, il recevait du Saint-Siège, par l'intermédiaire de l'évêque de Langres, dont il était le diocésain par son domicile, sommation d'avoir à faire « un acte de soumission pleine et entière aux condaminations portées par S. S. Pie X contre le modernisme. » Acte formellement refusé à, la date du 19 janvier, puis du 28 février ^. Un décret nominatif d'excommunication majeure suivit, le 7 mars^,
« Ma première impression, qui n'est pas encore effacée, a écrit plus tard l'auteur ^, fut celle d'un infini soulagement... Je jouissais du plaisir de n'être "plus d'Église et de nn'appartenir enfin quelque peu. » Logique mais douloureuse liquidation, qu'il reste profondément triste, malgré tout, de voir accueillie d'un cœur aussi léger. Dans l'intervalle, M. Loisy avait lui-même pris la peine de se classer dans la catégorie de ces « penseurs libres » dont la généalogie commencerait « à partir d'Érasme, en passant par Descartes et Richard Simon, pour aboutir à Lamennais et Renan ^. » Et la question se pose à peine de savoir s'il ne s'apparentait dès lors pas plus à l'incroyance de ce dernier qu'au catholicisme plus ou moins libéral des précédents. Quoi qu'il en soit, en provoquant ainsi l'ostracisme de l'Église, M. Loisy se privait définitivement de tout ce qui lui avait jusque-là permis d'y exercer une action ^.