Les inodernisles, p
. 6. Nos citations, prises à la traduction française, se réfèrent à la pagination de l'original;
mais uniquement à la critique, dont ils se plaisent, dans ce but, à montrer largement les résultats. Pour sauver la foi, une nouvelle apologétique est nécessaire : les auteurs protestent, à cette occasion, n'être pas agnostiques et l'immanence qu'ils avouent peut se réclamer des principes de l'École. Qu'on ne pense pas les arrêter avec le reproche de subjectivisme : « la critique récente des théories de la connaissance nous amène à conclure que tout est subjectif et symbolique dans le champ de la connaissance. » Ce qui n'empêcherait pas « que chacune des créations de l'esprit humain..., ait une valeur absolue. » (P. 111.)- Le tout est donc de ne pas solidariser christianisme et « scolasticisme » (p. 125). Voilà pourquoi, forts de leur conscience, à l'égard de l'autorité qui les condamne, les modernistes se sentent
le devoir de lui faire une amoureuse violence, le devoir de défendre à tout prix la tradition catholique dont elle a la garde, d'une manière qui momentanément peut mériter la condamnation de l'autorité elle-même, mais qui... finira par prévaloir à son avantage (p. 132). L'encyclique nous voue au mépris des fidèles comme des insulteurs de la croix. En réalité, c'est nous, au contraire, qui croyons être aujourd'hui les ouvriers les plus actifs de son œuvre de conquête dans le monde (p. 139).
Autant le modernisrne se faisait bénin dans le Programma^ autant il s'affiche crûment dans les Lettere di un prête modernista, qui parurent à Rome l'année suivante. Les notions fondamentales du christianisme et même de la simple religion naturelle n'y sont plus tenues que pour « des attitudes jiragmatistes, privées de toute valeur abstraite et objective, et exprimant seulement des dispositions particulières de l'âme religieuse. » On y proclame « la relativité des conceptions dogmatiques, leur valeur purement pratique, leur caducité. » Même « leur valeur pragrriatique tombe en décadence » aujourd'hui ^. Non qu'on les veuille abandonner pour autant : « nous voulons seulement accomplir autour de' ces
1. Tout autant faut-il renoncer à l'ascétisme et à la mortification que suppose l'Evangile. « Il n'y a rien en nous de mauvais. Aucune malédiction de péché ne pèse sur nos âmes, réseau magnifique d'énergies désireuses de se répandre dans l'action (p. 117). » Citations d'après A. Houtin, p. 237-238.
ESSAIS d'agitation : EN ITALIE 407
coriceptions une œuvre .persévérante d'érosion. » (P. 125-126.) Ces critiques supposaient une vue très spéciale des ori- . gines du christianisme.
Ils partaient du fait donné, et aujourd'huiindéniable, que l'annonce évàngélique présente un caractère nettement eschatologique ; ils mettaient en lumière la force de subversion contenue dans la notion et dans l'attente du règne de Dieu, et ils s'efforçaient de montrer par l'effet de quel refroidissement, de quelle lente solidification, cette espérance, cause profonde de dissociation, était devenue peu à peu l'idéologie accommodante des spéculations sotériologiques et la discipline paralysante de l'organisme ecclésiastique.
D'où suivait un programme positif de reconstruction non moins hardie, où le socialisme devenait l'héritier de l'Évangile.
Pleins du mirage d'une transfusion complète des valeurs eschatologiques chrétiennes dans les doctrines socialistes modernes, les modernistes des Lettres réduisaient, jusqu'à la détruire, la valeur transcendante du régne de Dieu et penchaient étrangement vers une représentation immanentiste et sociale de la religion chrétienne. Et pourtant, malgré un bouleversement aussiradical de tout l'appareil dogmatique et hiérarchique du catholicisme de l'Eglise, ils 2îroclammaient leur droit d'appartenir encore à la tradition religieuse de Rome; « car, disaient-ils, elle est tout entière, moralement et socialement, dans la solidarité universelle à laquelle on arrive et dans laquelle on vit, grâce à l'observation des valeurs idéales indiquées dajis le Sermon sur la-montagne ^. »
Sur la foi des révélations postérieures du prêtre G. Verdesi, ces Lettres ont été également attribuées à M. Buonaiuti ^ et celui-ci ne fait rien pour s'en défendre, bien que, suivante la fiction officielle, il continue à parler des « auteurs anonymes de ce document exceptionnellement significatif^. » Quel qu'en soit le rédacteur, il n'est pas douteux, non seulement que « le modernisme condamné par le pape était bien le sien*, » mais qu'il allait singulièrement au. delà.
1. E. Buonaiiiti, p. 115. Cette curieuse alliance du modernisme italien et du socialisme, déjà signalée par les enquêteurs de la Refue [loc. cit., p. 6-7), n'a fait que s'accentuer dans la suite. Voir la brochure anonyme Perche siamo crisliani e socialisti (Rome, 1908) et le volume collectif Socialisma e religione (Rome, 1911), auquel ont collaboré G. Avolio, A. Fogazzaro, S. Minocchi, E. Perroni, G. Quadratto, G. Rensi.