Ibid., 1910, t. I, p
ESSAIS d'agitation : EN ITALIE 4ii
(février 1913) à la Riforma laica, laissée en panne, l'année précédente, par M. S. Mastrogiovanni.» Entre temps, l'avocat napolitain G. Avolio continuait ses combats d'avant-garde aux Battaglie cToggi, que devait remplacer, en février 1913, la Nuova riforma, flanquée d'une Unione per la riforma religiosa. Aux interprètes du modernisme doctrinal encore faudrait-il ajouter les multiples organes du mouvement démocratique, tels que la Giustizia sociale de Florence, VAzione democratica de Rome, la Vita sociale de Gubbio, la Libéria de Fermo, ou des feuilles mondaines comme la Quercia de Vérone, la Vita femminile de Turin, la Niiova parola de Rome, lesquelles, au rapport des observateurs qui vivaient sur place, travaillaient de près ou de loin les esprits dans le même sens ^.
Les littérateurs appuyaient l'elTort. des publicistes. C'est ainsi que l'ancien salésien Luigi Guglielminotti, sous le nom d' « Hélius Romanus », publiait en allemand un roman à clefs ^, qui mettait en scène les modernistes italiens et, dénonçant les « demi-mesures » où ils s'attardaient, les invitait à sortir franchement de l'Église comme lui-même ou à n'en plus sajîer indirectement les doctrines. Un personnage plus important allait'rsntrer en lice. Quelques jours avant sa mort (7 mars 1911), A. Fogazzaro lançait un nouveau roman religieux^ Leila, qui était comme la suite d'il Santa ^.
Dans cette œuvre délicatement anticléricale..., l'auteur plaide de nouveau en faveur du catholicisme progressiste, tout en semblant se séparer des doctrines réprouvées par l'encyclique, pour rester sur un terrain d'opérations que la papauté serait prochainement obligée d'accepter'*.
1. Voir J.-M. Vidal; loc. cit., l. lyii, p. 54. Sur l'ensemble de cette littérature on. peut consulter avec fruit la Civillà càitolica, 1910, t. i : La propaganda del modérnismo in Italia, p. 466-478, 583-596, qui en note la tendance au nichilismo morale après le nichilismo dommaiico, et J.-M. Vidal, loc. cit., t. lxh, p. 475-487.
2. Modernisten. Zeit-Roman, Berlin et Leipzig, 1908. Analyse dans A. Houtin, p.. 429-431.
3. Une traduction par, M. Hérelle en fut aussitôt publiée par la Rei'ue des Deux Mondes et ne tarda pas à paraître en volume, Paris, 1911. Voir L. Chervoillot, Antonio Foggazzaro : Un romancier moderniste, dans Études, 5 juillet 1911, t. cxxviii, p. 47-66.
4. A. Houtin, p. 311. Comme il devait arriver, cet ouvrage fut mis à l'Index dès le 15 mai.
Un écrivain plus obscur, M. Palmarini, risquait encore, Tannée suivante, une sorte d' « apocalypse w'^, où il exposait « comment, en 1934, le pape Pierre II, le second successeur, de Pie X,... réalisera le programme de la démocratie chrétienne et du modernisme, en réconciliant la papauté avec l'Italie unifiée et le catholicisme avec la mentalité des temps nouveaux ^. i)
Quelques importations venaient renforcer d'éléments extérieurs l'effort indigène. A côté de sa revue, M. Battaini dirigeait en même temps une Bihlioteca del pensieré religioso moderno, devenue plus tard Bihlioteca di scienze religiose moderne, où, secondé par M. Murri, il traduisait à l'usage de ses coiripatriotes — d'une manière d'ailleurs tellement défectueuse qu'elle choquait' ses amis de la Cultura contemporanea^ — des auteurs étrangers aussi disparates que Newman, Harnack et H. C. Lea, Cheyne, Edm. Caird ou Harald Hôffding, dont des notes tendancieuses accentuaient, au besoin, le « modernisme » *.
Une de ces traductions devait provoquer un incident assez curieux. G.-A.-S. Fantoni Sellon^ avait voulu faire connaître en Italie, d'après lé Rév. J. M. Lloyd Thomas, un programme d' « Église libre » ^ qui supprimerait toutes les barrières dogmatiques et serait « assez large pour recevoir les adeptes de toute croyance sincère, fût-ce l'athéisme passionné. » (P. 60.) En guise de préface, l'ouvrage portait une étude originale, par un prétendu «ecclésiastique romain », sur « la situation" religieuse de l'Itahe », où, contre l'obscurantisme du pape, l'auteur chantait les louanges du modernisme, dont une presse vénale aurait malheureusement trop peu soutenu l'effort.
Tandis que ces pages de satire étaient discutées dans les