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ESSAIS D'AGITATION : EN ALLEMAGNE

Il serait surprenant que l' Allemagne n'eût pas connu son accès de fièvre moderniste. Néanmoins ce que l'on a déjà vu des conditions du mouvement novateur dans cette Église, permet de comprendre que la réaction y fût, sinon moins vive, en tout cas moins profonde et moins générale que partout ailleurs \

On a pu noter comme un trait significatif que « les organes les plus influents de la presse catholique, en Allemagne, ont un peu étonné l'étranger par l'accueil qu'ils ont fait au décret Lamentabili et à l'encyclique Pascendi, accueil correct, assurément, mais peut-être un peu froid et ayant même quelque air de gêne. L'empressement avec lequel, ensuite, ils ont déclaré que ces documents ne régardaient, pour ainsi dire, point leur pays, mais seulement la France et l'Italie, n'a pas diminué la surprise ^. » Cette « gêne » et cet « empres-

1. Exposés un peu superficiels par J. Brucker, Le modernisme en Allemagne, dans Études, 1908, t. cxv, p. 580-597, 738-751, et M. Decker, Le modernisme en Allemagne, dans Revue du clergé fr., 1909, t. lvii, p. 698-71-9. Quant aux diatribes consacrées par B. Gaudeau [Foi catholique, 1915, t. xv, p. 128-141) à établir « que le catholicisme intellectuel allemand est pourri jusqu'aux moelles par l'hérésie du modernisme dogmatique et social » (p. 135-136), elles ne méritent d'être retenues qu'à titre de document sur la psychose entretenue par la guerre. Les études parues en Allemagne même sont sans nul doute plus directement informées, et mettent en mesure d'apporter à certains lieux communs d'utiles rectifications.

2. J. Brucker, loc. cit., p. 580. Même note chez J. Kûbel, p. 195.

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sèment » à' chercher des alibi ont, au demeurant, paru à plusieurs les pKis sûrs indices de culpabilité.

En réalité, c'est le monde universitaire, en raison de son organisation puissante et de ses tendances intellectuelles, qui risquait de se sentir le plus touché. Mais son attitude fut décevante pour ceux qui escomptaient une révolte. « On aurait pu s'attendre, écrit M. Schnitzer ^, à ce que les professeurs des hautes écoles théologiques s'unissent coirime un seul homme pour défendre l'honneur des universités et élever la plus vive protestation contre la honteuse tutelle qui leur était imposée par l'encycKque. Il n'en fut rien... Le clerc [chez eux] étouffa le savant. » Sous les regrets du partisan, il est aisé d'apercevoir, dans ce témoignage, le clair aveu d'un fait.

Quelques protestations isolées se firent néanmoins entendre. La première fut celle de M. Alb. Ehrhard, alors professeur à la Faculté de Strasbourg ^. Après avoir relevé le ton brutal de l'encyclique, qui par là contraste avec celles de Léon XIII, et mis en doute l'exactitude historique de la description qu'elle trace du modernismei l'auteur s'expliquait nettement sur le. fond.

Le système doctrinal attribué aux modernistes est-il compatible avec le dogme catholique? Tout théologien instruit répondra: Non... Le caractère antieatholique de l'agnosticisme athée, du symbolisme panthéiste, de l'immanentisme naturaliste, de cette séparation entre la foi et la science qui nie le caractère intellectuel de la foi, est manifeste. Dès lors la partie dogmatique de l'encyclique ne présente aucune difficulté (col. 71) ^.

Ce qui, d'après le D'" Ehrhard, a ému l' Allemagne et met en péril les Facultés de théologie, . ce sont les dispositions' pratiques qui forment la troisième partie du document. Et

1. Loc. cit., p. 116. Voir de même Th. Engert, Der deulsche Katholizismus und die Enzyklika Pascendi, dans Religion und Geisteskultiir, 1908, t. II, p. 148-153.

2. Die neue Lage der katholischen Théologie (La nouvelle situation delà théologie catholique), dans Internationale Wochenschrift, 18 janvier 1908, t. II, col. 65-84.

3. Pour donner à cette profession d'orthodoxie catholique toute sa valeur concrite, on n'oubliera pas que, dès le !«' janvier 1907, dans le même périodique, l'auteur s'était déjà publiquement séparé de M. Loisy. Texte dans Demain, 5 juillet 1907, p. 582.

l'auteur de s'élever contre les mesures de répression portées par le pape, qui rendraient impossible tout travail scientifique, contre le culte exclusif de la scolastique dans l'insuffisance de laquelle il faut précisément voir une des causes du modernisme, contre l'institution tyrannique des conseils de vigilance. Ce qu'il demande, c'est « la liberté des opinions théologiques à l'intérieur du dogme et le droit pour le théologien de porter ses investigations sur tous les domaines de la science. » (Col. 81-82.) On voit sans peine que ces revendications n'avaient rien de moderniste. L'avenir devait montrer que les alarmes de M. Ehrhard étaient excessives et l'expression pouvait en être inopportune dans les circonstances du moment : son article néanmoins, s'il était une manifestation du libéralisme universitaire et de ses susceptibilités scientifiques, ne révélait aucune tendance inquiétante dans l'ordre doctrinal.

Plus violente fut la réponse du D'^ Schnitzer, professeur à Munich ^. Et encore l'auteur a-t-il fait savoir depuis ^ que la direction de la revue en avait adouci l'expression. Il y admettait avec amertume que, sous le nom de modernisiiie, c'est tout le mouvement de la pensée et de la critique modernes qui se trouvait condamné, mais que c'était là pourtant l'esprit authentique de Rome. Pour lui, « l'absolutisme romain conduit au scolasticisme et au traditionalisme '«.'par où il entendait la répétition inerte de formules sans vie, psittacisme « en opposition absolue avec les méthodes de travail qui sont l'orgueil des universités allemandes. » (Col. 132.) Aussi est-il impossible à celles-ci de se soumettre à ce joug (col. 135).

En terminant, M. Schnitzer protestait contre les procédés inquisitoriaux de la Curie, dont il voulait bien désoHdariser la' personne du bon et piieux Pie X. Méthode trop espagnole, en tout cas, pour des Allemands. L'auteur mettait sa confiance dans l'épiscopat de son pays pour prendre en mains la double cause de la pure doctrine et de la recherche scientifique.

1. Die Enzyklika Pascendi und die kaiholische Théologie, même périodique, 1^ février 1908, col. 129-140.

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