‹ Le modernisme dans l'Eglise [microform]Chapitre 31 sur 451 · Études, 20 janvier 1903, t. xciv, p · texte numérisé non relu

Études, 20 janvier 1903, t. xciv, p

vatrice, lé D"^ Abraham Kuyper, publiait un ouvrage sous ce titre : Le modernisme fée Morgane sur le terrain chrétien^. Depuis lors, l'expression serait restée « d'un usage assez répandu » aux Pays-Bas ^.

Elle allait être recueillie ou retrouvée, au service d'une semblable cause, par un écrivain catholique des mêmes régions. Dix ans plus tard, en effet, l'économiste belge Ch. Périn décrivait « le modernisme dans l'Église d'après les lettres inédites de Lamennais »^. D'après lui, « l'essence du modernisme » serait « la prétention d'éliminer Dieu de la vie sociale. » Et il avoue que, pris dans ce sens, le terme est un néologisme* ; mais, s'il est vrai, dit-il, que « les idées modernes résument toutes les conceptions, toutes les prétentions politiques et sociales de la Révolution..., on reconnaîtra qu'il n'en est point qui exprime mieux, en un seul mot, les tendances humanitaires de la société contemporaine. » Il distingue d'ailleurs un « modernisme absolu » et un « modernisme tempéré », qui n'est autre que « le libéralisme de tout degré et de toute nuance. » L'intérêt de ce témoignage est de réunir sous une - seule dénomination l' antichristianisme révolutionnaire et le mouvement libéral inauguré 'dans l'Église par Lamennais ^.

C'est probablement par la même source et sûrement dans le même sens que le « modernisme » a été connu de

1. Hei modernisme een fala Morgana op chrislelijk gebied, Amsterdam, 1871. Ce qui lui a valu parfois l'honneur immérité de passer pour ■être l'auteur même du mot. Fr. Nippold, Die Wege nach Rom, Bonn,

3. Revue trimestrielle, 15 octobre 1881, article reproduit dans Mélanges de politique et d'économie, Paris, 1883, p. 121-185'.' Indication déjà fournie par A. Vermeersch, loc. cit. Les citations qui suivent sont prises p. 123-124.

4. Ce qui s'entend pour le public de langue française : l'auteur ne devait pas connaître la conférence de.J. Ruskin, qui s'en sert, avec le même sens précis, pour l'opposer au « médiévalisme ».

5. (c Dupe et complice inconscient du modernisme i> : c'est en ces termes que l'auteur précise plus loin (p. 129) la position du libéralisme catholique. Ainsi entendu, le modernisme viendrait de la Constituante, qui l'empruntait aux Encyclopédistes, à Montesquieu et à Rousseau. On devrait même remonter jusqu'à la Réforme qui en aurait « jeté les premiers germes ». Ibid., p. 125-127.

LE TEBME « MODERNISME » 21

Mgr d'Hulst, qui, pour dépeindre le milieu dans lequel venait •de paraître l'encyclique Immortale Dei, écrivait ces lignes :

. « ... Ainsi tout contribuait à prolonger la confusion des langues. Les uns s'autorisaient des progrès réels du siècle pour en préconiser les erreurs ; . les autres craignaient de conniver avec ces erreurs s'ils ne condamnaient en niasse tout ce qui est moderne: l'un d'eux n'a-t-il pas créé un mot barbare pour enrichir le <;atalogue des Hérésies en y ajoutant le modernisme ^ ?

Pour désignei; les transformations qu'un certain nombre de prêtres et de laïques se proposaient de faire suMr à l'organisation et à la pensée de l'Église, sous prétexte de l'adapter aux conditions de notre temps, et qui affichaient toutes une com.mune intention de se dire « modernes », le çtiême terme^ « modernisme » ne devait-il pas tout naturellement se présenter? On n'y est pas venu tout d'un coup ; mais les dernières années du xix^ siècle et les premières du xx^ sont marquées par de significatives avances dans cette direction.

Dès 1898, le principal adversaire de l'américanisme, M. Ch. Maignen, lui reprochait, au rapport de V. Charbonnel, de vouloir « moderniser «l'Église ^.L'année suivante, c'est un témoin du dehors, le théologien protestant Aug. Sabatier, qui croyait découvrir autour de lui les traces d'un « catholicisme modernisé » ^.Vers la même époque, au dire de M. Ch. Maignen, l'Ami du clergé aurait relevé chez George Fonsegrive « une petite pointe de sympathie pour certaines modernités d'idées et de langage sujettes à critique*». En réalité, à l'endroit que semble viser l'auteur, le rédacteur anonyme parle seulement de « penseurs catholiques très épris du progrès moderne..., très ouverts à toutes les nouveautés du jour » et qui, de ce chef^ s'expriment en une langue « nouveau jeu » ^. Le qualificatif de « modernités » reste donc impu-

'i^. Le droit chrétien et le droit moderne, dans Mélanges, t. ra, 1914, p. 79. Voir J. Bricout, Monseigneur d'Hulst apologiste, Paris, 1920, p. 451. Cette étude parût dans le Monde, puis en brochure, au début de 1886. , •

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