‹ Le modernisme dans l'Eglise [microform]Chapitre 340 sur 451 · Modernism : A record and reciew, Londres · texte numérisé non relu

Modernism : A record and reciew, Londres

4. En conséquence, l'auteur ne pardonnait pas à l'Eglise romaine d'avoir étouffé cet immense religious recival (p. 260). Il augurait d'ailleurs (p. 266) qu'elle reviendrait un jour à ces « prophètes » méconnus.

pensée religieuse. » En. ce dernier, l'année précédente, R.-J. Campbell ne saluait-il pas un apôtre et presque un martyr de sa propre cause? « Dans l'Église de Rome, écrivait-il, ce mouvement est personnifié par des hommes comme le P. Tyrrell, que son enseignement a fait expulser de l'ordre des jésuites, mais non pas, tant s'en faut, du sacerdoce ■^. »

Un peu plus tard, d'Amérique, Ch.-A. Briggs témoignait encore, à l'égard du modernisme, un particulier -intérêt. Au cours de cette « bataille » entre modernisme et papauté, qui fait rage dans tout le monde chrétien, ses pronostics et ses vœux étaient pour la victoire du premier partenaire. Car il voyait dans le modernisme un « acheminement au catholicisme futur. » Il est vrai que les modernistes lui paraissaient « ne pas différer des médiévalistes sur les doctrines de l'Église, mais seulement sûr la manière de les établir et la , forme à leur donner. » Cependant il lui fallait bien concéder l'existence de « modernistes radicaux », vrais révolutionnaires qui discréditent lé mouvement par leurs excès et que le pape avait eu raison de condamner. Mais ce n'étaient point là de « vrais modernistes » : ceux-ci sont des « conservateurs » et par là des médiateurs, qui ont. pour rôle de a ménager les transitions du Moyen Age à l'âge futur, exactement comme le Moyen Age avait fait la transition du monde ancien aumonde moderne^. » Par où l'on voit que -le « modernisme » flatteusement caressé par le professeur américain n'était pas celui que l'Éghse avait visé : ce qui ne l'empêchait . pas de déplorer l'aveuglement de celle-ci, alors qu'il reconnaissait la justesse de ses condamnations. Mais de cette

1. The new iheology, p. 13; trad. ir., p. 22. Les bonnes dispositions du libéralisme anglais à l'égarddes modernistes sont franchement reconnues par W.-R. Inge, dans Hibberf Journal, janvier 1910, t. vm, p. 434.

A peiiie quelques journaux secondaires, comme le British weekly, 2 et 23 juillet 1908, prirent-ils le parti du pape contre les novateurs. Voir L.-H. Jordan (op. cit., p. 13), qui se scandalise du fait et applaudit lui-même (p. 47) à cette perspective d'une complète révolution in cathoUcism. Le modernisme recevait encore son couplet dans le n° spé cial que le Commonwealth, à l'occasion de la Noël 1914, consacrait aux foices of progress.

2. Modiernism medlatingthe coming catholiaism, dans Nortk american review, juin 1909, t. clxxxix, p. 877-889.

ignoratio elenchi le bénéfice revenait évidemment au modernisme tout court.

Généralement plus sectaire, l'Allemagne ne restait pas plus indifférente. Dès ce moment-là, le pasteur muniçhois Jean Kûbel tentait une « histoire du modernisme catholique, » où, non content de définir l'encyclique Pascendi comme « la plus sanglante satire de l'Église catholique depuis Voltaire (p. 1) », il terminait en faisant des vœux pour le succès du modernisme dans le double intérêt de l'Église et de la Réfornie ^.

De plus notables autorités esquissaient, à l'occasion, un geste d'attention ou une marque de bienveillance. Ainsi le D'" H. Holtzmann reprenait la plume pour suivre les destinées de ce Reformkatholizismus dans les divers pays ^. Le « modernisme » ne lui paraît d'ailleurs pas être autre chose qu'un monstre imaginé par le Vatican et agité par lui comme une sorte de diable pour servir d' « épouvantail » (p. 54) aux âmes simples. En même temps, le D"^ K. Holl, alors professeur à Berlin, croyait devoir enrichir d'un Modernismus la collection des Religions geschichtliche Volksbiicher^. De son côté, M. Ad. Harnack, qui était en train de rééditer sa grande histoire des dogmes, y faisait une place au modernisme, sous la forme de deux petites notes, pour en montrer les tendances bon gré mal gré protestantes *. En Suède, le public religieux reçut également à ce sujet les réflexions de l'évêque luthérien Nathan Sôderblom ^.

1. Geschichte des kath. Modernismus, Tubingue, 1909, p. 214-219. Voir encore son article : Die Mystik George Tyrrells dans Neue kirchliche Zeitschrift, 1910, t. xxi, p. 69-101. M. Isaac Benrubi s'attachait au modernisme français, pour y montrer une éclatante preuve de vie religieuse, et dénoncer la faillite de l'Eglise qui n'avait su que le condamner. Voir son rapport : Die religiôse Bewegung der Gegenwarl in Frankreich, dans Religion und Geisteskultur,- 1905, t. m, p. 69-82.

2. Prot. Monatsliefte, 1,908, t. xn, p.- 41-74, 171-174, 369-385.

3. Modernismus, Tubingue, 1908. Reproduction d'une conférence donnée tout d'abord à la douzième assemblée générale de la Ligue évangélique du Brandebourg.

4. Dogmengeschichte, Tubingue, 1909-1910, t. j, p. 46-47, et t. jh, p". 764.

5. Religionsproblemet inom katolicism ock protestantism, 1. 1 : Modevnismen, Stockholm, 1910.

Même en Italie, où le protestantisme indigène est tout juste représenté par une poignée de sectaires, on voyait se produire le même phénomène. « Le Vaudois Salvatore Mastrogiovanni, de Rome, avocat de son état, écrivait un témoin déjà souvent cité, dirige, par surcroît, deux revues assez maigres, l'une bimensuelle, Fede e Vita, l'autre mensuelle, la Riforma laîca, dans lesquelles les idées et les hommes du modernisme sont traités avec faveur ^. »

L'orthodoxie orientale elle-même, d'ordinaire plutôt inattentive aux problèmes occidentaux, s'intéressait aii modernisme jusqu'à lui fournir un avocat. Sous la forme de trois lettres publiques adressées au prince Grégoire Trubetzkoï, le professeur Mariano Zdziechowski, de l'université de Cracovie, étudiait « le mouvement moderniste dans l'Église catholique romaine ^. » Après en avoir exposé les attafches avec les courants de la philosophie moderne et du criticisme historique, l'auteur concluait à son avenir.

Le pape a voulu porter au modernisme un coup mortel et chasser de l'Eglise ses apôtres; mais ceux-ci sont décidés à y rester malgré tout. Leur travail contribuera à permettre à l'Eglise catholique de s'assimiler les tendances les plus variées de la société moderne. Le modernisme inaugure une ère nouvelle dans l'histoire de l'Eglise : il est fondé sur un principe moral ; il est animé par un souffle de liberté et d'amour; il pénètre au plus prof ond de la conscience religieuse de l'Église et de l'humanité; il épanouit la plus belle fleur de la culture chrétienne, la vie inté-

1. J. -M. Vidal, dans Revue du clergé fr., 1910, t. lxii, p. 474-475. Et pour que le tableau fût complet, l'organe des théosophes et des occultistes, Y Vitra, « saluait comme un frère le Commenio naissant, qui venait près de. lui et comme lui travailler au réveil de la 'conscience nationale. »

2. Moskovskii Eienedielnik [La semaine de Moscou), 1908, t. m, n<" 2-4. Analyse et citations dans Annales de phil. chr., 1908, iv« série, t. VI, p. 216-220.

D'autres, il est vrai, en percevaient mieux lé caractère foncièrement adogmatique; mais c'était pour en imputer la cause aux principes de l'Eglise romaine, et lui opposer l'esprit du christianisme oriental. N. Berdiaev, Le modernisme catholique et la crise de la conscience moderne, dans La pensée russe, septembre 1908, analysé ibid., mars 1909, t. m,

Autant il serait excessif de juger le modernisme catholique par le seul fait de ces connivences, autant l'historien attentif se gardera-t-il de négliger l'appoint qui lui vient de ce confirmatur. En tout cas, de cette rumeur favorable le modernisme ne pouvait, sans nul doute, que retirer un surcroît d'importance et tout au moins une illusion de vitaUlé.

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