T. vn, 1907, p
2. C'est ainsi que furent connus chez nous les articles de MM. Ehrhard et Schnitzer, puis tout au moins quelques extraits de ceux qui leur furent opposés.
et démocratie ou le modernisme politique; » pour l'Angleterre, le Rév. A.-L. LiUey, qui étudia « le modernisme comme base d'unité religieuse; » pour l'Allemagne, le D"^ Ph. ' Funk, qui dit quelques mots sur « les buts et la situation présente du modernisme allemand ^. » Mais ces discours n'eurent pas plus de retentissement que le congrès même où ils avaient été tenus.
En juillet 1913 eut lieu à Paris le sixième Congrès du même groupe. La journée du 19 fut consacrée au modernisme. On y entendit sur leurs pays respectifs MM. R. Murri, J. Schnitzer, Ph. Funk, A. di Stefano, J. Sullivan et Miss Petre,- qui réclamèrent à qui mieux mieux la liberté en matière religieuse. Le soir du même jour, ces personnages se réunissaient au Père-Lachaise pour inaugurer la tombe d'Hyacinthe Loyson ^. Il semble que ce fut là, pour le modernisme, la dernière manifestation de sa médiocre activité.
Faut-il en conclure que, même à cette heure d'apogée^ le modernisme ait fait figure d'organisation proprement internationale? On l'a souvent dit sans jamais le prouver. Tout invite à- se mettre en garde contre cette exagération.
La Corrispondenza romana et ,1a presse qui lui empruntait sa documentation ont affecté de croire à l'existence d'une carhoneria moderniste. Un correspondant romain de V Action Française, dissimulé sous le pseudonyme à' Aventino, aimait se faire l'écho d'un bruit qui flattait les passions politiques, de son journal. Le 13 septembre 1910, il dénonçait une fois de plus cette savante « organisation du modernisme », qui avait su « placer des créatures et des espions dans tous les
1. Les quatre conférences ont été réunies en plaquette sous ce titre : Der Moderhismus, Berlin-Schôneberg, 1911. Il n'est d'ailleurs pas inutile d'observer que la brochure était lancée par une librairie de propagande protestante, comme aussi que deux des orateurs sur quatre appartenaient à la même confession. Ce qui tendrait à prouver que les effectifs du modernisme catholique étaient dès lors plutôt réduits.
2. Neue Jahrhundert, 1913, t. v, p. 358. Le même journal pubh'ait in extenso {ibid., p. 349-351, 481-486) les rapports faits en langue allemande. Celui de Miss Petre est imprimé dans Hibbert Journal, t. XII, 1914, p. 295-305.
460 ' RÉACTION DU MODÉBNISME
séndnaires, Universités, Instituts, Facultés catholiqujes o- et son article était reproduit dans la Croix du lendemain.
Cette assertion injurieuse sentait trop visiblement le préjugé pour être prise .bien au sérieux. Mgr Breton, recteur de Toulouse, tint néanmoins à protester sans retard au nom des Instituts catholiques français ^ et le n° suivant du Bulletin opposait à cette calomnie un état de tout ce que notre haut enseignement catholique avait l'ait, au cours de lai crise, pour la défense de la foi ^. Dans les Études, M. de la Brière, élargissant la question, écrivait à ce même propos :
Il ne faut pas... exagérer la solidarité entre modeniistes de tous pays, au point d'affirmer l'existence occulte d'une carboneria moderniste... L'hypothèse paraît gratuite et invraisemblâlbe. Elle n'est aucunement nécessaire pour expliquer les relations qu'entretiendraient les uns avec les autres certains modernistes impénitents, et la discrète propagande qu'Us exerceraient en divers milieux ecclésiastiques ^.
Par une méthode inverse et non moins tendancieuse, à plusieurs reprises déjà, on a pu entendre les intéressés proclamer à haute voix, . avec l'origine toute spontanée du mouvement, la complète -indépendance de ses foyers respectifs. Ce postulat, d'après M. Guignebert, devrait être considéré comme un fait absolument acquis, ('Il n'y a dt)nc pas eu, écrit-il péremptoirement, de parti moderniste, pas même d'organisation daiis l'attaque contre le romanisme, pas même d'entente entre les modernistes ; il n'y a eu que. le reflet" de l'esprit naoderne sur la religion d'hommes de bonne volonté*. » Mais n'a-t-oh pas suffisamment vu que ce « reflet » ne laisse pas d'avoir trouvé une aide efficace dans l'action de certains projecteurs, et que ces « hommes de bonne volonté » n'ignorèrent pas l'art élémentaire dé se -prêter un mutuel appui?
• ir y a donc ici une double légende à écarter : celle des novateurs et de leurs interprètes, qui voudraient accréditer la version conventionnelle d'un modernisme, on ne sait lequel,
,1. Bulletin de litt. eccl., oct. 1910, p. 362. ;-2'. Ihid.,-p. 445-455.
rS-ZN» du 5 nov. 1910, t. cxxv-, p. 419. , . . .•
, 4;- Le problème religieux dans ' la France d'aujourd'hui, p. 209. Cf. Buonaiuti, p. 30. - ' ': -' ':
FÉDÉRATION DES FORCES MODERNISTES 46l
éthéré, soustrait aux lois communes de l'observation; celle aussi* des adversaires superficiels, qui, pour mieux accroître là panique, ont jeté dans les esprits la noire image d'un complot. La vérité est que, si rien n'établit l'existence d'une conjuration ou seulement d'un concert tant soit peu ferme, l'harmonie préétablie des différents groupes modernistes ne tendait pas moins à se fortifier, par des rapports aussi étroits que le permettait la diversité des pays et des aspirations.
Au lieu d'une invisible, carboneria créée pour les besoins de la polémique, c'est plutôt d'une insurrection à ciel ouvert, d'une guerre à outrance que le modernisme pourrait, en ce moment, donner l'impression. Encore ne faut-il pas être dupe des apparences. Sans nul doute les dirigeants ou les exploiteurs du mouvement auraient bien voulu croire et faire croire qu'ils avaient, derrière eux, des troupes en grand nombre. Tout ce qu'ils ont dit et fait dans ce sens avait polir but de donner le change aux autres et à eux-mêmes. On croira difficilement qu'ils y aient réussi. Toujours est-il que, s'il ne représentait pas une multitude et moins encore une légion, le modernisme faisait tout le possible pour s'en donner l'air.