‹ Le modernisme dans l'Eglise [microform]Chapitre 350 sur 451 · A. Houtin, p · texte numérisé non relu

A. Houtin, p

5. Ibid., p. 206-208. De cette compilation l'auteur a seulement publié quelques fragments, relatifs aux séminaires de Rochester et autres (États-Unis), ibid., Tp. 240-242, de Warmond (Hollande), p. 414, réservant (p. 208) pour l'édition anglaise de sa Crise du clergé Je cas du Rév. W.-R. Hammersley, du diocèse de Southwark.

Elles furent surtout nombreuses en Italie, où la Vita religiosa fut censurée par l'archevêque de Florence, le Rinnovamento par celui de Milan (6 novembre et 27 décembre 1907) ^, les Battaglie d'oggi, puis la Nuova rijorma par celui, de Naples (15 octobre 1913). A Ronie, le cardinal vicaire condamnait successivement le Programma dei modernisti (29 octobre 1907), Nova et cetera (28 janvier 1908), la Rifista di cultura (25 décembre 1908) ^. . Ne trouvant pas suffisante matière à exercer leur zèle sur place, quelques évêques espagnols regardèrent au delà des Pyrénées. C'est ainsi que l'évêque de Santander interdit à ses diocésains le Bulletin de la Semaine (19 janvier 1912), comme étant, « sous une forine plus où moins masquée, un véritable organe du modernisme », et fut suivi, pour le même motif, par celui de Barcelone (15 avril). En France, les condamnations contre ce journal ne devaient se déclencher que l'année suivante, sur l'initiative du cardinal Andrieu (11 avril 1913), approuvé par le cardinal Merry del Val (23 avril), le cardinal de Laï (5 juin) et de nombreux évêques; mais le grief de modernisme ne figurait pas dans les considérants ^.

Plus importante et plus significative était l'attitude du Saint-Siège. Elle fut d'une persistante rigueur. Longtemps encore sans doute, Rome ne ferait que se tenir sur ses positions antérieures; mais des mesures administratives ou pénales rappelaient de temps à autre qu'on n'entendait pas les laisser tomber dans l'oubli.

Dès le lendemain de l'encyclique Pascendi, le Saint-Office réglait le sort des individus jugés compromis ou notoirement rebelles ; il ne se départit pas de sa vigilance au cours des années suivantes *. Simultanément, l'Index pourvoyait

4. Texte dans Cwiltà cattolica, 1907, t. iv, p. 612-613, et 1908, t. i, p. 240.

2. Voir ibid., 1907, t. iv, p. 491-492; 1908, t. i, p. 482; 1909, t. i, p. 237-238.

3. Sur cette affaire, voir B. Gaudeau, dans Foi catholique, 1913, t. XI, p. 306-383, 385-437, et t. xii, p. 87-134, 259-308.

4. Il ne sera pas inutile de rapprocher ici par rang de date les principales de ces sentences,, de teneur au demeurant très différente, dispersées au cours de cette histoire : P. Naudet, P. Dabry et leurs journaux (16 septembre 1907 et 13 février 1908); G. Tyrreir(22 octobre

à la police des livres ; il ne se montra jamais, plus, actif \ Au nombre des censures les plus remarquées en France, il faut signaler celle qui atteignit, le 17 mars 1908, La. crise morale des temps nouveaux de P. Bureau. L'Italie connut des înesures plus graves et qui ne firent pas une moindre sensation, lorsque le Saint-Office, par décret du 16 septembre 1910, interdit solennellement la lecture des trois Manueli di scienze reZîgiose, premiers éléments d'une biblior thèque religieuse lancée à Rome par M. Buonaiuti, et, en même temps, de la Rivista storico-critica délie scienze teologiche dont il avait la direction ^. Sans être nominatifs, les décrets de la Commission biblique remplissaient une fonction analogue de répression, dont les adversaires de l'Église se s.ont particulièremeiit choqués ^. D'autres actes de Pie X, sur le terrain politique, social ou administratif, qui n'intéressent pas directement notre^ sujet, contribuaient encore à renforcer cette impression de protectionnisme ecclésiastique et d'intransigeance doctrinale qui fut la note dominante de son pontificat.

A côté des organes officiels du Saint-Siège, la Corrispondenza romana, muée, depuis l'automne de 1909, en Correspondance de Rome, coiitinuait comme auparavant sa besogne officieuse et se chargeait des explications apologétiques, des applications personnelles et, au besoin, des polémiques directes que demandaient au jour le jour les mesures de l'autorité.

1907) ; S. Minocchi (23 janvier 1908) ; J. Schnitzer. (6 février) ; A. Loisy (7 mars) ; R. Murri (22 mars 1909) ; L. Laberthonnière et les Annales de philosophie chrétienne (5 mai 1913); E. Buonaiuti (14 janvier 1921, 30 janvier 1925, 25 janvier 1926).

1. Mgr A. Boudinhon a dressé l'état des condamnations portées par l'Index k cette époque. Voir Reçue du clergé fr., 1913, t. lxxv, p. 215- 227. Tandis que, de 1901 à 1907, cette liste tient en quatre pages, pour la période qui va d'octobre 1907 à juin 1913, elle en occupe juste'le double. ' ,

2. Cette sentence fit perdre à M. Buonaiuti son poste à la Gurie, bien qu'il eh ait conservé le traitement. Il essaya de substituer à sa revue un Bolletino di litieratura storico-religiosa, qui fut- également supprimé par ordre.

3. Avec une truculente exagération, l'un d'eux a écrit qu'ils étaient autant de « coups.de poing sur la figure de la\scierice. > Th; Engert, op. cit., p. .17. ■. \ L

LUTTE CONTRE LE JIODERNISME DOCTRINAL -lÔ'J

Grâce à elle,, ce qu'on a pu appeler « la chasse aux modernistes ^ » se déploya avec la plus implacable énergie ^. De son directeur, qui passait alors pour une puissance, les deux chroniqueurs de la Reflue ont buriné cet amusant croquis :

Voici maintenant le favori du jour, le maître de l'heure, l'homme dont la fortune foudroyante a stupéfié toute l'Eglise d'au delà des Alpes, Mgr Benigni, bras" gauche de Sa Sainteté, tiré on ne sait comment ni par qui de l'obscurité du petit diocèse où il vivotait et porté soudain aux honneurs les plus éclatants. C'est un gros homme tout rond comme une boule, [dont les yeux pétillent, du reste, d'intelligence, de ruse et de curiosité], porteur de lunettes d'or, gras à souhait, qui bégaie et s'agite dans son (auteuil, trop profond pour lui, comme un diable dans un bénitier. Il remue les bras, les jambes, la tête et la langue tout à la fois... Et au fond, derrière ses lunettes, sa graisse et sa vulgarité, il a infiniment d'esprit ^. '

En utilisant d'une manière méthodique, au service de ses fins doctrinales, la juridiction déjà si envahissante de la presse, le Saint-Siège entendait évidemment répoixdre à l'usage qu'en faisaient de leur côté les novateurs. Ne semble -t-il pas, au surplus, qu'il ait par là voulu donner à la lutte contre le modernisme un certain, air de modernité?

Cette action convergente de la hiérarchie à tous les degrés eut pour effet d'éliminer rapidement le modernisme des cadres ecclésiastiques. JLia soumission de ceux en qui dominait le loyalisme-envers l'Église, la révolte ouverte des obstinés, l'évasion plus ou moins discrète de leurs victimes en furent le résultat. Et il n'est pas douteux qu'au prix de

'■■ 1. Reçue intern. de théologie, 1908, t. :x.\t., p. 191. . i

2. Sur son fonctionnement et ses campagnes, voir l'article, d'ailleurs extrêmement partial, de a Granvelle » : Le Vatican et l'organisation de Za presse, dans la Grande Rei>ue du 25 novembre, aussitôt reproduit par la Contemporary ret^iVw, (décembre ■ 19:08, t. xcrv, p. 650-665),'; ou encore, surtout du point de vue politique et français, M; Pernot, La politique de Pie X, p. 254-297, ■ . .

-'3. RecUei 1908, t. xxxiv, pi 1-8. C'est. sans doute pourquoi nos reporters le voyaient déjà {ibid., p. 15) « nonce et cardinal ». llsne furent pas bons -proplïètes. La Correspondance: dé Jîomej disparut au début de 1913.; mais elle se survécut dans les QuadernV romani et 1'.. (c Agence internationale Roma ».

quelques troubles momentanés l'atmosphère générale en fut vite assainie ^.

Que pourtant, dans l'application de ces mesures, locales ou générales, beaucoup de contingences humaines se soient glissées et, avec elles, bien des passions, qui voudrait en être , surpris? Deux cas furent particulièrement douloureux pour la science théologique française : celui de Mgr Batiffol, relevé de son poste à l'Institut catholique de Toulouse, en décembre 1907, à la suite d'intrigues où la doctrine ne servit que de prétexte; un peu plus tard, celui du P. Lagrange, qui dut momentanément quitter l'École biblique de Jérusalem, pendant l'année scolaire 1912-1Ô13, après le blâme officiel jeté sur ses publications. L'un et l'autre, bien que le modernism.e fût, au fond, absolument étranger à ces décisions administratives, n'en furent pas moins confondus, dans une certaine opinion, avec ceux dont ils avaient été les plus clairvoyants et les plus fermes adversaires.

On a dit volontiers, chez les dénigreurs de Pie X, que la

discipline de circonstance introduite par ses soins fut un

régime de « terreur » ^, quitte pour chacun à la qualifier,

• suivant le tour de son imagination, de « terreur blanche » ou

de « terreur noire ».

En dehors de toute exagération tendancieuse, la situation ecclésiastique de ces années pénibles a été dépeinte assez exactement par un écrivain de la Compagnie de Jésus.

1. « Les savants catholiques furent avertis, écrit L. de Grandmaison, au cours de sa contribution à La vie catholique dans la France contemporaine (Paris, 1918), p. 278, les jeunes clercs préservés, l'avenir sauvé. » •

2. P. Sabatier, Les modernistes, p. 20. Cf. Catholici, Lendemains! d'encyclique, p. 61; K. Goût, p. 230.

Pour le détail de ces doléances, voir le dossier, chargé à plaisir, fourni par l'ouvrage anonyme : Ce qu'on a fait de l'Église. « Étude d'histoire religieuse avec une humble supplique à SS. Pie Xv» (Paris, 1912.) «Gomme le livre est signé de cinq astérisques, on a conclu qu'il serait l'œuvre de cinq auteurs.» A. Houtin, p. 428. Mais le même témoin croit pouvoir induire de certains «indices» {ibid., p. 435-436) qu'il «pourrait bien représenter, grandement revisé et considérablement augmenté, l'un des manuscrits » que le prêtre lyonnais P. Sifflet (f 1911) « se proposait de publier de son vivant ou de laisser en mains sûres à sa mort. »

Il faudrait reconnaître, d'abord, que l'état de siège ^ comporte inévitablement des préoccupations bien minutieuses et des sévérités parfois bien dures. Néanmoins, Y état de siège, avec les rigueurs qu'il entraîne, devient, en certaines circonstances graves, une mesure bienfaisante, une mesure légitime, réclamée pai l'intérêt général et pour le salut commun. Or les mesures adoptées dans l'Église contre le modernisme ressemblent un peu à Y état de siège, elles en ont quelques-unes des rigueurs, et certains hommes d'études en ressentent "parfois le douloureux contre-coup. Mais, considérées dans l.eiir inspiration générale, ces mesures correspondent — - comme Yétat de siège — à la nécessité des circonstances et à la gravité du péril 2.

A r action de l'autorité ecclésiastique les théologiens prêtèrent aussi leur concours. Depuis, en effet, que les actes dé Pie X avaient révélé au monde catholique l'existence et la gravité du modernisme, l^obligation s'imposait de justifier cette haute intervention en faisant connaître les diverses formes et en dénonçant le venin de l'erreur nouvelle. En vue de cette apologétique facile désormais autant que nécessaire, sans toujours se souvenir qu'ils n'avaient auparavant rien su voir du danger, les ouvriers bénévoles affluèrent de toutes parts. Une littérature abondante en est issue, dont il faut signaler tout au moins- les principales productions ^.

Il s'agissait tout d'abord de défendre ou d'expliquer les documents officiels du Saint-Siège, si souvent mal compris quand ils n'étaient pas systématiquement déformés par une opinion prévenue. Puisque la grande presse témoignait au modernisme et aux m.odernistes un intérêt momentané, il fallut recourir également à ses services, soit pour satisfaire la légitime curiosité des croyants, soit pour contrebattre les assauts de leurs adversaires. Les journaux cathohques ne

1. C'est chaque fois l'auteur qui souligne ce terme, que l'on retrouve chez L. de Grandmaison, dans Éludes, 1914, t. cxl, p. 435. a Mesures d'une séyérité exceptionnelle, » écrivait déjà E. Portalié, ibid., 1908, t. cxvf, p. 352.

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