Bulletin de litt. eccL, 20 avril 1908, p. 127 et
plus précis était donc posé. Aussi bien les, coups assénés d'une main aussi ferme allaient-ils avoir. un gros retentissement.
Toute la presse ecclésiastique, en effet, s'empara de l'affaire et, dès le premier instant, les faits apparurent d'une telle lumière et d'une telle . gravité que, derrière un plagiat que personne ne songeait plus à nier, la personne de M. Turmel se trouva mise en cause.
Bien qu'il eût déjà reçu quelques atteintes sérieuses, du côté soit des théologiens soit des critiques ^, ce prêtre érudit,' qui avait tenu longtemps, à la Revue ^histoire et de littérature religieuses, le sceptre de l'histoire des dogmes, dont la Bibliothèque de théologie historique, dirigée par les jésuites de l'Institut cathoUque de Paris, avait inséré une Histoire de la théologie positive en deux grands volumes (1904 et 1906)^, qui avait pris rang à la Pensée chrétienne par un Tertullien (1905), puis un Saint Jérôme (1906), et, en même temps, à la collection Science et religion par une étude sur La descente du Christ aux. enfers (1905), qui écrivait régulièrement la chronique d'histoire à la Revue du clergé français, ravitaillait de notes patristiques les Annales de philosophie chrétienne et dont les revues étrangères désireuses de se poser sollicitaient la collaboration, qui donnait à la Revue catholique des Églises les prémices de sa prochaine Histoire du dogme de la papauté (1908), ce prêtre comptait alors parmi lès illustrations du clergé de France dans l'ordre scientifique. Comment n'en eût-il pas coûté à ses nombreux admirateurs de le voir compromis dans une pareille aventure?
Aussi les alliés s'empressèrent-ils à son secours. Tandis que, dans les milieux amis, les langues allaient bon train sur les prétendus mobiles de' l'accusation, les Annales de philosophie chrétienne se- contentaient de résumer, avec une
1. Voir E. 19 ortaiié, A propos d'eschatologie, dans Bulletin de litt. eccL, 1901, p. 101-119; L. Saltet, Une histoire de la théologie positice, ihid., 1904, p. 144-152, et 1905, p. 324-337.
2. (c Pour garantir le caractère scientifique de la collection, note avantageusement A. Houtin (p. 399), on lui fit donner le premier volume, s
visible défavei\r, les articles du Bulletin, en leur opposant les démentis de l'intéressé, puis de son avocat ^. Plus chevaleresque, M. Bricout assumait l'office de défenseur et garantissait publiquement l'innocence dé M. Turmel^. Mais M. Saltet n'était pas homme à lâcher prise : deux notes successives dans le Bulletin ^, une lettre dans La Croix du 15 mai ramenaient la question au point de départ, c'est-à-dire sur le terrain des faits. , ■
Entre temps, l'opinion s'alarmait et la grande presse ecclésiastique commençait à prendre parti. La Croix du 23 avril, reproduisant une note parue dai^ la Reçue augustinienne du 15, reconnaissait la gravité du cas et, les 3-4 mai, après avoir présenté les arguments contenus dans le second article du Bulletin, conciliait par ces mots qui traduisaient le sentiment de bien d'autres : « Encore une fois, la parole' est à M. Turmel. »
Cependant M. Bricout lui-même se sentait envahir par une certaine anxiété, dont il faisait part à La Croix du 6 mai. Des explications s'imposaient manifestement. C'est pourquoi-la Revue du clergé français du 15 (p. 501) annonçait à ses lecteurs que Mgr Dubourg, Ordinaire de l'inculpé, venait d'être «prié» par son directeur « de prendre l'affaire en mains».
Jusque-là M. Turmel s^ était drapé dans un silence dédaigneux. Par deux lettres adressées à son avocat bénévole, en date des 23 et 27 mars, il faisait seuleinent savoir qu'il se tenait prêt à s'expUquer devant ses supérieurs ecclésiastiques et, en attendant, l'autorisait à dire qii'il n'était pas « Herzog », que celui-ci s'était bien servi de ses « travaux », mais « pas plus que X ou Y »*. Sa dignité, insistait-il le 1^' mai, lui interdisait, au demeurant, de « prendre en considération une œuvre de haine » et de s'incliner devant une juridiction qu'il ne reconnaissait pas ^.
Mandé par son archevêque, M. Turmel n'aurait pas eu