Revue du clergé fr., !«' octobre 1908, t. lvi, p
5. Un quatrième membre de l'équipe, qui, en tantque secrétaire de la
On notera également comme exemple d'une moralité très spéciale le cas de ce prêtre qui, tout en restant d'Église et s'inscrivànt sous son nom propre au nombre des sommités de la science ecclésiastique, servait en même temps, à l'abri de masques divers, la cause du rationalisme et de l'impiété. Imposture aggravée, au surplus, par le fait qu'elle ne cessa de trouver d'autres prêtres pour receleurs. Quand on se rappelle combien sonnait haut dans ces milieux le grand mot de sincérité, la tristesse de cette déchéance ne laisse pas d'être compensée par l'impression d'un châtiment^.
Cependant les pseudonynaes ne se sont jamais davantage multipliés, chez nous, dans la littérature -à prétentions critiques. Ils s'échelonnent, depuis 1910, à travers toute la nouvelle série de la Reçue d'histoire et de littérature religieuses, où l'on voit « Louis Coulange » disserter sur la formation de la christologie, tandis qu' « Alexis Vanbeck » alterne avec « André Lagarde » et « Alphonse Michel » pour traiter de la pénitence. Après quelques notes sur certains écrivains du haut Moyen Age, « Armand Dulac », suivi plus tard par « Robert Lawson », y aborde quelques points difficiles de , l'histoire du dogme eucharistique, et « Henri Delafosse » y fait ses premières armes sur l'ancienne littérature chrétienne. En 1921, l'équipe est renforcée par « Edmond Perrin », qui, sous prétexte de critiquer les doctrines du cardinal Billot sur le salut des infidèles, persifle abondamment tout le dogme catholique du péché originel. Puis, en 1922, c'est
revue, y jouait un. rôle de premier plan et qui, à ce titre, avait en malins la clef du mystère «Herzog-Dupin», P. Lejay, ne devait jamais sortir des rangs ecclésiastiques, cependant que le caractère technique de ses travaux le faisait rester, de son vivant, indemne de trop graves soupçons. Les papiers intimes découverts après sa mort (16 juin 1920], dont le contenu, sans être rendu public, s'est discrètement ébruité dans les cercles religieux de la capitale et d'ailleurs, ont fait la preuve que sa collaboration allait bien jusqu'à la plus entière complicité.
1. En Italie, les feuilles modernistes de l'époque adoptaient aussi la même méthode. Voir Vidal, dans Revue du clergé fr., 1910, t. i.xn, p. 456, et déjà E. Portalié, dans Études, loc. ciU, p. 344. De ces pseu- ° donymes les jésuites de la Ciciltà cattolica, stimulés sans nul doute par l'exemple venu de France, se faisaient forts de livrer le secret. Voir 1910, 1. 1, p. 470-473, .588. Mais ils ne semblent l'avoir jamais fait autrement que par allusions.
« Hippolyte Gallerand », qui amorce par une satire de saint Augustin l'étude historique de la Rédemption qu'il devait continuer, au cours de 1925, dans la Reçue de Vhistoire des religions, où « André Lagarde » et « Armand Dulac » allaient être non moins largement hospitalisés.
Déjà même ces fantômes ont acquis assez de renommée scientifique pour pénétrer en rangs compacts dans la bibliothèque antichrétienne du D^ P.-L. Couchoud ^. Le dernier-né d'entre eux, « Paul Letourneur », a pu placer dans les colonnes de Y Impartial français, dxirant l'année 1927 et au delà, un « Catéchisme pour adultes », qui, sur l'origine des institutions et croyances chrétiennes, distille un flot de railleries que Voltaire n'eût pas désavouées ^.
Est-il besoin de dire que de ces divers écrivains personne ne saurait indiquer l'état civil? Cependant la moindre habitude du travail intellectuel sufiit à faire apparaître, sous ces différents masques, des traits de famille qui accusent, tout au moins chez la plupart d'entre eux, une inquiétante parenté.
On ne semble pas, en général, s'être beaucoup préoccupé chez nous de ces productions agressives. Quelques travailleurs pourtant ne se sont pas résignés à cet investissement de la citadelle catholique sans lui opposer, chacun sur son terrain, de -vigoureuses sorties. Ainsi J. Tixeront a pris soin de redresser les assertions d'« André Lagarde » sur la doctrine pénitentielle de saint Grégoire le Grand ^. Les pages
1. On y trouve « Henri Delafosse » avec une édition conunentée des lettres de saint Ignace d'Antiqche, un volume sur le quatrième Évangile et quatre sur les épîtres de saint Paul ; a Louis Coulange » avec un volume sur la vierge Marie et un autre sur la messe; « Edmond Perrin » avec une traduction critique de la Somme de saint Thomas. Un nouveau-venu , « Victor Normand », y traite de la confession, tandis qu' « Armand Dulac » y achève Ja rédaction de la Courte histoire du célibat ecclésiastique d'A. Houtins.
2. Depuis que ces lignes furent écrites, la première partie du Catér chisme pour adultes, consacrée aux « ' dogmes », a paru en volume sous les auspices du D' Couchoud (1929). Maisr par une singulière abnégation de la propriété littéraire, « Paul Letourneur » a cédé son bien à « Louis Coulange ».
3. Bulletin d'anc. litt. et d'arch. chr. (1912), repris dans Mélanges de patrologie et d'histoire des dogmes, Paris, 1921, p. 237-260.
insidieuses d' « Armand Dulac » sur la consécration du vin par le contact de l'hostie ont fourni à M. Andrieu l'occasion d'une étude exhaustive sur Immixtio et consecratio ^, tandis que, de son côté, l'auteur de ces lignes s'appliquait à discuter en long et en large le factum d' « Hippolyte GaUerand » ^. -
Indépendamment de ces contre-attaques d'ordre scientifique, dont jusqu'à cette heure aucune n'a encore suscité de riposte, la question se pose toujours-de savoir où se trouve l'invisible chef d'orchestre dont la baguette magique est capable dé jeter infatigablement sur la scène une pareille série de figurants. Et cette opiniâtreté dans la provocation est peut-être un moindre indice de la crise dont souffre l'Église dé France que l'inattention prolongée qui lui a permis de se produire^un quart de siècle durant, sans que personne ait paru la remarquer ou s'en émouvoir.
Sur la provenance de ces louches entreprises, le moins qu'on pût et dût admettre a priori, c'est que le précédent d'Hérzog-Dupin, avec toutes les compromissions ' qu'il révéla, méritait d'être retenu à titre d'indication^. Ce qui, du reste, pouvait paraître simple probabilité est en voie de devenir une certitude. Poursuivant sa tâche de justicier, M. Saltet vient de publier, avec analyse graphologique à l'appui, trois pièces manuscrites qui montrent que l'écriture d' « Hippolyte GaUerand » est identique à celle de M. Turmel, sans parler des sentiments et du style qui leur sont communs*. Et l'auteur ne cache, pas que ce n'est