CHAPITRE III
Même si parfois il s'y mêlait un peu trop d'humanité, les controverses dont il a été jusqu'ici question gardaient une allure doctrinale qui leur mérite l'attention et le respect. Dans tous les ordres de réalités, n'est-il pas inévitable pourtant que les grands tourbillons soulèvent un peu d'écume? Pour être complets, il nous faut maintenant descendre sur ce plan inférieur où rantimodernisme ne relève plus que de la surenchère ou de la passion.
Quelle que fût l'ampleur du modernisme dénoncé par l'Église, elle ne suffisait pas au zèle de certains polémistes, qui, trouvant la mine bonne à exploiter, l'enrichirent à l'envi de nouveaux filons. Ce travail se produisit tout d'abord en largeur. Il sembla que la galerie ouverte par l'encyclique pouvait et devait s'étpndre aisément au moyen de nouvelles prospections.
Une des premières trouvailles fut celle- du « modernisme ascétique ». 'EUe permit à la Civiltà cattolica d'introduire dans le commentaire de l'encyclique Pascendi un chapitre sur les idées mystiques développées par II Santo. Du modernisme théologique celui-ci serait una mera applicazione o immediata conseguenza ^. Léon XIII l'aurait déjà condamné sous le nom d'américanisme, et c'est sans doute ce qui avait permis à son successeur de ne pas en parler. De même chez nous, Y Ami du clergé découvrait les applications du moder-
1, Voir 1908, t. ii, p. 385-4t)2.
nîsme à la morale et à l'ascétisme ^, en attendant l'opuscule postérieur de Mgr Chollet ^.
Entre temps, las Corrispondenza romana appliquait le terme de « modernisme éthique ou moral » à la propagande faite par certains pédagogues en vue d'une éducation méthodique de la pureté ^. Quoi qu'il en soit de cette doctrine et de celles qui ont trait à la spiritualité, il est significatif qu'on ait voulu étendre jusqu'à elles le terme « modernisme » que le pape réservait à un tout autre objet.
Avec la vie intérieure des catholiques, comment le modernisme n'aurait-il pas aussi contaminé leur activité poUtique et sociale? Le mouvement démocratique avait été une des formes, les plus saillantes du « modernisme » en ItaUe. En France, l'action des prêtres et laïques démiocrates ne paraissait pas moins suspecte aux clans conservateurs : la condamnation du modernisme mit aux mains de leurs adversaires une arme dont ils ne se privèrent pas.
C'est ainsi que dom Besse, dans la Gazette de France du 9 décembre 1907 et du 7 mars 1908, s'empressait d'appliquer à la démocratie l'encyclique pontificale qui n'en disait mot. H. Delassus se livrait à la même exégèse dans la Semaine religieuse de Cambrai (octobre-décembre 1907) *. Au « modernisme sous forme sociale » le P. de la Taille joignait dès lors le « modernisme juridique » ^. Et ces généralisations diversement abusives passaient pour des conséquences ou des commentaires de l'enseignement officiel. « On sait du reste, assurait un des organes de la Corrispondenza romana, que, depuis l'encyclique Pascendi, le modernisme s'est jeté sur le terrain social, pohtique et économique ®. » Comment les catholiques loyaux n'auraient-ils pas" eu le devoir de l'y pourchasser?
Deux publicistes français s'illustrèrent dans ce genre. Entreprenant, fécond et passionné comme un journaliste