‹ Le modernisme dans l'Eglise [microform]Chapitre 392 sur 451 · Revue historique, noyembTe 1909, t. en, p · texte numérisé non relu

Revue historique, noyembTe 1909, t. en, p

D'abord on n'arrête presque jamais un mouvement d'idées profond et intense... C'est parce que le modernisme n'est ni un? impression fugitive, ni une mode, ni une fantaisie... qu'il présente une solidité exceptionnelle... Il pourra subir des alternatives de , succès et de revers, de progression et de régression; mais on ne prévoit pas qu'il disparaisse. Le mouvement moderniste est en second Ueu trop avancé... C'est pourquoi rien n'autorise à croire que le modernisme succombera dans la lutte ^.

On voit que le modernisme idyllique de l'auteur n'avait rien de commun, encore qu'il parût le. couvrir, avec celui que l'Église avait condamné. Il serait donc contre toute justice de vouloir, comme l'ont fait les annalistes du parti ^, inscrire de ce chef V. Ermoni au nombre des modernistes français. Au demeurant, ne faudrait-il pas savoir quel genre de crédit convient à ces pages, arrachées peut-être à la détresse d'un vieillard? Et qui donc, en dehors des sectaires intéressés à compromettre sa mémoire, est allé seulement les déterrer dans l'obscure feuille qui les avait recueillies? Il est clair, en tout cas, s'il était possible de les prendre au sérieux, que cet étrange certificat d'orthodoxie ne pouvait donner le change sur le passé, ni cet horoscope tardif arrêter ou déguiser la marche fatale des événements.

Depuis que ses principaux chefs avaient été mis hors de combat par la révolte ou la mort, le modernisme pouvait • être considéré comme fini. A peine subsistait-ir dans quelques petits clans d'obstinés, incapables désormais d'agir sur l'opinion. L'armée novatrice avait fondu au premier choc : une déroute prochaine guettait les débris de ses derniers bataillons.

Aussi bien les mêmes observateurs du dehors, qui jadis en saluaient l'avance victorieuse^ devaient-ils maintenant reconnaître l'échec de leurs espérances. C'est ainsi que l'affaire moderniste par'aissait dès lors suffisamment liquidée à une jeune écrivain protestant déjà rencontré. au cours de cette histoire, M. G. Riou, pour qn'il se préoccupât de * dresser l'inventaire final et d'établir la 'responsabilité des

1. Le présent et l'avenir du modernisme, dans Documents du progrès, août 1909,. p. 138-145.

2. Voir Revue moderniste intern., 1910, 1. 1, p. 149-151, et A. Hoùtin, p. 261-263.

gérants ^. Le modernisme lui apparaissait comme un mouvement sans unité, sans nouveauté, sans apostolat. Cette faiblesse congénitale s'est surtout révélée au moment de sa condamnation.

Pie X frappa, et avec une décision superbe... Les modernistes, eux, ont été moins catégoriques. Ils ont souvent dérouté leurs amis et scandalisé leurs ennemis par leurs tergiversations. Les nieilleurs se sont montrés hésitants, les médiocres n'ont pas cessé d'être timides et soumis ;de reste, qui ne vaut pas l'honneur d'être qualifié, a renoncé gaillardement à ses chimères (p. 150-151).

Au cours de leur action, ils affirmaient leur double loyalisme à l'Église et à la vérité, ce qui « était tout un pour leur esprit. » Sous le coup de la réprobation pontificale, les uns sacrifièrent au « Dieu-Église » le « Dieu-vérité »; toutefois un petit nombre resta fidèle à celui-ci de préférence à celui-là. Dans ces conditions, oiT devine comment se présente l'avenir du modernisme. Les soumis sont convaincus de n'avoir été que des apologistes de l'Église, et non point « les prophètes d'une vérité profonde » (p. 154). Quant aux révoltés, il n'y a rien de nouveau chez M. R. Murri qu'on n'ait vu chez Lamennais; G. Tyrrell lui-même n'est qu'un descendant de DôUinger et du P. Hyacinthe. Reste M. Loisy : il « pouvait prétendre à être un novateur dans l'Église...; mais, banni de l'Église, il n'avait rien d'essentiel à apprendre au siècle. » D'où ce jugement d'ensemble :

Bref, nous avons constaté que les soumis n'étaient plus uhc force dans l'Eglise, et que les autres n'étaient pas encore et menaçaient de n'être jamais une force dans le siècle. Notre conclusion est donc que le modernisme appartient dès maintenant au passé

Ce qui a manqué aux modernistes pour réussir, concluait l'auteur, c'est

d'être les chevaliers, immolés par avance, d'un idéal impératif... En réalité, le modernisme n'a pas été un mouvement religieux. Il n'est pas descendu au coeur de la race... Et c'est pourquoi le siècle, qui a été rarement mieux disposé qu'aujourd'hui à écouter une parole de foi, ne lui a prêté aucune attention. En

1. Le bilan du modernisme, dans Revue, 15 juillet 1910, t. lxxxvii, p. 145-157. .

somme, le modernisme n'aura été qu'une bonne volonté de gens savants et distingués, mais incapables d'être parfaitement vrais avec eux-mêmes, vrais jusqu'à l'apostolat.

Il paraît que cet article eut alors quelque succès dans la presse religieuse •■•. On voit sans peine aujourd'hui que M. G. Riou y prenait le modernisme en un sens très large, et que la prétention d'y chercher une révolution religieuse à la manière de Luther, si elle jette un jour assez curieux sur les dispositions personnelles de l'auteur, procédait d'une singulière ignoratio elenchi. Établi de la sorte, ce «, bilan du modernisme », avec le constat de faillite auquel il aboutissait, n'a guère d'importance qu'à titre de document psychologique sur le genre de rêves, à la fois candides et intéressés, auxquels certaines imaginations protestantes aiment se livrer au sujet de l'ÉgUse. Du point de vue historique, cet article n'en est pas moins un témoignage, après tant d'autres, de l'aspect sous lequel se présentait la situation du modernisme moins de trois ans après sa condamnation.

Une nouvelle intervention du Saint-Siège allait changer en ruine ce déclin déjà sensible à tous les yeux.

Depuis les documents solennels de 1907, on pense bien que Pie X n'avait pas perdu de vue le modernisme. Tous les actes de son pontificat avaient, en réalité, plus ou moins directement pour but de le combattre. Il en rappelait le danger persistant d?ns son encyclique Communiiim rerum, sur le huitième centenaire de saint Anselme (21 avril 1909) ^, et, l'année suivante, dans la lettre Editée ssepe, sur saint Charles Borromée (26 mai 1910) ^. De cette activité le motu proprio « Sacrorum antistitum » (l^J" septembre 1910) et le serment qu'il imposait, marquent le couronnement*.

Malgré les mesures déjà prises, qui ont enlevé aux moder-

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