‹ Le modernisme dans l'Eglise [microform]Chapitre 393 sur 451 · Texte dans A. Vermeersch, p · texte numérisé non relu

Texte dans A. Vermeersch, p

nistes le masque dont ils aimaient se couvrir, le pape avait la douleur de constater que ce vaferrimum hominum genus n'avait pas encore abandonné son dessein de troubler la paix de l'Ëglise.

En effet, ils n'ont pas cessé de recruter de nouveaux adeptes et de les grouper en une ligue clandestine, d'infuser avec eux dans les veines de la société chrétienne le venin de leurs opinions, en publiant des livres et des journaux sans nom d'auteur ou sous des noms mensongers.

Par où l'on voit que la campagne d'agitation moderniste, dont nous avons relevé les principales manifestations, ne laissait pas d'avoir impressionné le Saint-Siège. Tout ce bruit pouvait, non sans quelque apparence de raison, laisser croire à une recrudescence du danger. Il n'est pas jusqu'à ce clandestinum fœdus, dont on s'est raillé comme d'un mythe, que les ianfaronnadès de la Reçue moderniste internationale n'aient pu faire prendre pour une réalité.

Aussi le pape de rappeler son encyclique Pascendi. Car l'excès d'audace qui afflige son cœur vient des mêmes hommes. « Adversaires d'autant plus redoutables qu'ils sont plus rapprojchés, qui abusent de leur ministère pour tendre aux imprudents un hameçon revêtu d'une pâture empoisonnée, qui répandent çà et là une apparence de doctrine où se trouve contenue la somme de toutes les erreurs. » Cette description semble surtout viser des prêtres. Et quand le pape ajoute que « ce fléau se propage dans cette partie du champ divin dont il y avait lieu d'attendre les fruits les plus abondants, » il est assez na,turel d'admettre qu'il pense aux ravages du modernisme chez les jeunes clercs.

Devant cette menace, c'est d'abord aux évêques d'agir en vue d'assurer la sauvegarde du dépôt. Mais le pape n'oublie ]:)as non plus la mission qui lui fut impartie de soutenir ses frères. C'est pourquoi, « en vue de fortifier dans la lutte pi'ésente les âmes de bonne volonté, » il revient d'abord sur les dispositions pratiques édictées par l'encyclique Pascendi, qu'il déclare « confirmer de tous points. » Puis il en ajoute de nouvelles, que les circonstances lui paraissent réclamer. Elles visent l'éduiiation des clercs dans les séminaires et noviciats religieux. Le pape veut que leur formation ait. en vue de leur assurer duse res

necessarise ■' doctrina ad cultum mentis, virtus ad perfeetionem animi. ■

Au lieu de bouder à la science, le pape connaît toutes les raisons qui en augmentent de nos jours la nécessité pour l'apostolat sacerdotal. C'est pourquoi il est sur ce point très affirmatif : Oportet cognitionem rerum assequantur, eafnque minime culgarem, et ad excellentiam doctrinse propius accédant. Mais, encore faut-il que cette science soit conçue dans l'esprit de .l'Église. En conséquence, le pape interdit, comme propres à distraire inutilement les séminaristes,. cZiaria qusevis aut commentaria quantumf>is optima. On veillera surtout au péril des infiltrations modernistes. Dans cette vuej les professeurs soumettront à leurs Ordinaires respectifs, au début de chaque année scolaire, le texte qu'ils entendent suivre ou les thèses qu'ils se proposent de traiter. En cours d'exercice, leur enseignement sera l'objet d'un rigoureux contrôle, et ceux qui paraîtraient s'écarter de la saine doctrine seront exclus sans retard.

Il n'y aurait eu rien de bien caractéristique dans ce dispositif disciplinaire sans le serment spécial qui s'y ajoutait et qui constitue l'importance historique du motu proprio. De tout temps l'ÊgKse, pour assurer le ralliement de ses fidèles à la cause de ^orthodoxie, a connu la pratique des confessions de foi. La plus célèbre dans les temps modernes, et qui a pratiquement supplanté toutes les autres, est celle de Pie IV, qui résume les principaux enseignements du concile de Trente et préside à tous les actes importants de la vie ecclésiastique. EUe avait été déjà complétée, après 1870, pour recevoir la définition du concile du Vatictin sur l'infaillibilité du pape. Pie X ordonnait d'y joindre un long supplément, approprié aux principales formes du système moderniste déjà condamné par lui ^.

Ce serment antimoderniste se compose de deux parties, dont la formule introductoire non- moins que l'objet marquent la différence. Dans la première, après une déclaration générale de fidélité à- tous les enseignements de l'Église, spécialement à ceux qui regardent les erreurs modernes, cinq points sont spécialement précisés, dont le protocole

•1. Texte dans A. Vermeersch, p. 76-77.

marque suffisamment la connexion avec la foi. Il y ,,est déclaré tout d'abord que Dieu peut être connu et « démontré » par la raison : Deum... cognosci adeoque demonstrari etiam posse profiteor ^. On y reconnaît en second lieu la valeur probante et actuelle des motifs de crédibilité ^. Le troisième article, de tous points nouveau, enseigne la fondation de l'Église per ipsum verum atque historicum Christum cum apud nos degeret. De cette Église le quatrième point affirme que l'enseignement a le caractère d'un dépôt fidèlement conservé ^ : on y rejette comme hérétique [hsereticum commentum) le concept d'une évolution qui ferait passer les dogmes d'un sens a un autre. Enfin la cinquième proposition, combinant la doctrine de la constitution Déi Filius^ et de l'encyclique Pascendi ^, rappelle que la foi n'est pas un sentiment aveugle, mais une adhésion de l'intelligence, à la vérité révélée par Dieu.

La deuxième partie se réfère exclusivement aux actes de Pie X contre le modernisme. Elle exige, en général, la soumission et l'assentiment, gua pa?' esf reperenïia, à l'encyclique et au décret Lamentabili. Par voie de conséquence, elle condamne l'erreur de ceux qui mettent le dogme en opposition avec l'histoire, et veulent que le catholique instruit doive se dédoubler en deux personnages, distincts jusqu'à l'opposition, savoir le croyant et le critique.

Ce principe d'unité est ensuite appliqué successivement aux sources d« la foi. Dans l'interprétation de l'Écriture, on ne doit pas laisser de côté, l'enseignement de f Église pour s'en tenir à la seule critique; l'historien n'a pas le droit d'ignoj'er par abstraction l'élément transcendant de la tradition catholique, et d'interpréter les écrits des Pères comme des textes profanes. En un mot, on ne dira pas qu'il n'y a rien de divin dans la tradition — ou, ce "qui est bien pire, on n'affirmera pas cet aspect divin en un sens panthéiste —

1. Ce verbe demonstrari constitue une assez notable addition à la doctrine définie au concile du Vatican, const. Dei Filius, c. n et can. 1. Denzinger-Bannwart, n. 1785 et 1806.

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