Ibid., p
4. Loc. cit., p. 211. Cf. M.-P. Petre, Modernism, p. 186-187.
contemporanea, les suivit dans la tombe en juillet 1913,-seule. la Cultiira moderna réussit à subsister obscurément jusqu'aux premiers mois de 1915. La Revue moderniste internationale avait achevé de s'éteindre en juin 1912. Si le Neue Jahrhundert put durer jusqu'en 1914, c'est dans un milieu restreint et en raison de contingences toutes locales. Mais les assurances dont il se montrait volontiers prodigue, à l'encontre de tous les défaitistes," sur la vitalité du modernisme allemand ^, appelleraient bien des réserves quand on sait que, dès 1910, il avait cru devoir amener le pavillon officiel^. Ce synchronisme n'accuse-tril pas la lin d'un mouvement dont ses derniers fidèles essayaient à peine d'entretenir la fiction?
Le modernisme réel était-il supprimé pour autant? A cette question, sans prétendre à une impossible pénétration des consciences, ni exclure l'éventualité d'exceptions individuelles, l'historien, ici encore, est en droit de répondre par l'affirmative.
On a dit et sans doute cru le contraire, surtout parmi ceux qui avaient intérêt à s'en persuader. Dès avant le motu proprio, la Revue moderniste internationale mettait le principal de ses espérances, au moins pour l'Allemagne, dans le
1. Voir 1912, t. IV, p. 583, 608, et 1914, t. vr, p. 191-192.
2. Tous ces faits et quelques autres étaient implacablement relevés dans une lettre adressée par A. Houtin à M. Battaini.
■ «... Le pauvre nxodernisme semble de plus en plus écrasé. La vie de Tyrrell, si curieuse, n'a pas eu de succès de librairie en Angleterre ; je n'entends plus parler des traductions française et italienne que l'on projetait. Les œuvres du Père né sont plus annoncées ni citées nulle part. La presse, en France, en Angleterre et'en Allemagne, a gardé le silence sur les Choses passées de M. Loisy. Les Allemands se taisent, et, malgré le talent de son directeur, le Neue Jahrhundert me paraît avoir une vie difficile. En Italie, M. Murri n'a pas été réélu; M. Minocchi a disparu de la scène. La cessation de la Cultura contemporanea me semble indiquer la dislocation totale et définitive du prétendu groupe romain... Je ne vois plus que vous qui tenez bon. » Cultura moderna, mars-avril 1914, p. 116. (Nous avons dû rétablir approximativement le texte français massacré- par les imprimeurs.)
De cette « agonie » du « modernisme ecclésiastique » M. Battaini se consolait par. la persistance et la vitalité de ce qu'il appeledt le « modernisme religieux ». Ibid., p. 117; cf. p. 193-198. Entité aussi fragile que l'autre si l'on en juge par le sort de la Cultura moderna, qui ■disparaissait en avril 1915. '
« crypto-modernisme m, qu'elle estimait « bien plus dangereux pour l'Église que le modernisme honnête et franc, dont les brebis craintives peuvent facilement se préserver ^. »
Quand il fut devenu clair que le semaient serait à peu près unanimement prêté, les tenants ou les exploiteurs de la cause se raccrochèrent plus que jamais à cette suprême planche de^ salut. C'est ainsi qu'un prétendu « professeur de séminaire » expliquait au public de la Revue chrétienne ^, en se référant à la lettre anonynde des « prêtres modernistes français », qu'ils se sont inclinés devant l'obligation du serment, comme ils le feront encore à l'avenir devant « tous les serments qu'il plaira à Pie X d'ajouter à celui-ci » (p. 4), pour continuer doucement dans l'Église leur œuvre d'infiltration.
Ils savent que leur effort de réformation et d'adaptation n'a d'efficacité possible qu'autant qu'il continue de jaillir des profondeurs du catholicisme lui-même. Minorité d'élite, mais minorité infime dans la masse des fidèles..., ils attendent les renforts que les générations de demain leur apporteront (p. 5) ^.
En réalité, ce dernier acte de Pie X n'avait fait que précipiter un mouvement dont l'issue était depuis longtenaps certaine. Dès là que l'Église s'était nettement prononcée contre le modernisme, il ne restait, à ceux qui auraient pu en être touchés d'autre alternative que la soumission ou la pleine révolte. Pour quelques-uns peut-être qui prirent momentanément le parti de s'enfermer dans un « silence respectueux », la plupart adoptèrent l'une ou l'autre de ces deux attitudes, les seules qu'autorisait désormais la sincérit^é. Il y eut quelques exodes, moins sans doute que les adversaires de l'Église ne l'avaient escompté, et beaucoup plus encore de retours sincères chez ceux — et c'était, à n'en pas douter, le grand nombre — qui n'avaient cédé qu'à des entraînements superficiels. De toutes façons, la tactique