‹ Le modernisme dans l'Eglise [microform]Chapitre 405 sur 451 · E. Buonaiuti, Le modernisme catholique, p · texte numérisé non relu

E. Buonaiuti, Le modernisme catholique, p

cher à une apologétique désuète du passé, sa vocation providentielle, dont il doit maintenant prendre pleine conscience, consiste

à découvrir dans les documents de la révélation chrétiemie et dans le processus de sa transmission historique, à isoler de la cristallisation d'une tradition millénaire qui les étouffe, les valetu^ absolues qui ont donné au christianisme sa vertu, de discipline tmiverselle [et en ont fait] la manifestation suprême du Divin dans l'histoire (p. 202-203).

De ces deux programmes est-il besoin de dire que les chances éventuelles sont aussi différentes que l'esprit? Rien n'empêche, en principe, d'admettre et de souhaiter, de prévoir -et de préparer'un mouvemeAt de légitime progrès, qui adapté l'Église aux conditions du monde moderne et, en particulier, aux disciplines scientifiques du jour; C'est sa îoi elle-même qui prescrit au croyant sincère de tenir que le christianisme peut et doit se faire « tout à tous » -et que l'Église n'a pas d'autre ncdssion, ni, comme l'atteste son histoire, d'autre volonté. Mais c'est à condition que ce développement se produise dans le sens de la tradition et en tenant compte des résultats définitivement acquis.

Le tort essentiel des modernistes qui sont restés des chrétiens est de ne pa? faire à l'Église confiance pour l'avenir de la révélation évangélique, de s'imaginer que leur idéal soit réalisable en dehors et à l'encontre des positions par elle déterminées. Et ce manque de foi s'explique lui-même jusqu'à un certain point par une illusion d'optique sur le modernisme réel. Pour ceux qui ont à cœur le progrès de la cause chrétienne, celui-ci peut-il compter autrement qu'à titre de déception? On ne saurait, avec M. Schnitzer, y voir une « aurore », mais plutôt un orage, qui a troublé sans profit la paix des inteUigences et rendu plus difficile la tâche des bons travailleurs. Chacun du reste peut voir qu'il n'a pas complètement empêché les savants cathoUqùes, naême au plus fort de son déchaînement, de s'atteler, dans tous les ordres, à la besogne nécessaire. Passée la tourmente, il est à prévoir sans nul doute que ce mouvement se poursuivra de plu& en plus; mais il faudrait de singulières préventions pour voir du « modernisme » dans ce qui en est précisément le contre-pied, comme aussi une étrange méconnaissance des faits pour ne

pas se rendre compte que les actes de Pie X, qui furent nécessaires à titre de précaution, restent encore une précieuse sauvegarde.

Quant à cette volatilisation de la foi chrétienne en une sorte d'idéalisme moral et humanitaire, dont rêvent les révolutionnaires du type Buonaiuti, ce n'est pas seulement le dogme qui la repousse : il suffit du simple sens commun pour la reconnaître impossible. Où a-t-on jamais vu qu'une Église soit à ce point oublieuse de la tradition positive qui est toute sa raison d'être et peut-on seulement la concevoir? Aussi bien serait-il malaisé de dire s'il y a plus d'outrecuidance ou de candeur quand l'apôtre de ce néo-modernisme montre surpris du fait que « Rome, par un geste intempestif et néfaste, dont, l'avenir pourra mesurer exactement la portée, a dédaigneusement rejeté sa coopération ». Ce premier déboire ne lasse d'ailleurs pas son zèle ; car on l'entend poursuivre sur un ton d'apocalypse :

L'esprit du paganisme a étendu son ombre sur le monde comme il ne l'avait pas fait depuis vingt siècles et s'est avancé jusqu'au seuil de la demeure sacrée du Fils de l'Homme. Le modernisme a élevé la voix pour avertir et pour conseiller... Le conseil et l'avertissement résonnent encore. Dieu les accompagne... Rome peut choisir : tout dépend d'elle, et d'elle seule. La maison nouvelle de la solidarité spirituelle des hommes s'élèvera consolidée par sa bénédiction ou bien défiera sans peur ses anathèmes désormais impuissants (p. 203-204).

Sans suivre l'auteur sur le terrain dangereux de la prophétie, il est sans doute permis de penser que l'ancienne « naaison » a déjà suffisamment fait ses preuves pour que l'humanité n'ait pas à chercher ailleurs l'abri dont elle a besoin. En tout cas ne peut-on se méprendre sur la- philosophie, rehgieuse qui ressort de ces lignes emphatiques : il s'agirait tout simplement pour le christianisme de renoncer à ses titres surnaturels, de se résoudre à un suicide provoqué par la faillite. C'est assez dire combien cet étrange modernisme a peu de chances d'aboutir, combien surtout il est absurde et chimérique de convier l'Église à en poursuivre l'avènement ^.

l.-Des modernistes «modérés », comme Miss Petre (op. cit., p. 172),

Plus près de nous, M. Loisy se livre à des pronostics d'un radicalisme, s'il est possible, encore plus agressif. Se rendant bien compte que l'ancien modernisme ecclésiastique a fait son temps, il ne lui voit d'issue que dans une complète sécularisation de l'idéal chrétien.

■ M. C [ento] estime que le modernisme n'est pas mort. Ce doit être une erreur en tant qu'il s'agit du mouvement particulier que Pie X a réprimé sous le nom de modernisme. Il n'en va pas de même si l'on veut signifier que l'absolutisme religieux qu'est le catholicisme romain n'a pas remporté une victoire définitive, et qu'il continue d'être menacé, qu'il sera nécessairement combattu, finalement brisé, par le progrès humain. Quand et comment, nul ne saurait le direj mais il ne paraît pas probable que ce qui le remplacera soit simplement un christianisme modernisé ^.

Toutefois, avait-il dit peu auparavant, ce qui doit arriver sortira de ce qui existe. Si les communions chrétiennes indépendantes s'accordaient sur un programme d'humanité qui serait pour elles la véritable catholicisation, ce serait aussi la modernisation assurée du christianisme et la fin de l'impérialisme ecclésiastique de Rome, qui, en anathématisant ce nouveau modernisme, achèverait de s'excommunier elle-même ^.

Ces visions comminatoires ont du moins, sans conteste.

se sont plaints des incongruous éléments qrii sont venus altérer le courant primitif, non sans reconnaître [ibid., p. 176-178) que cet antiiranscendentalism, exclusif de « toute foi théiste ou chrétienne définie », devenait disastrous'to the viiality of cathoUc and chrisiian modernism. Cette constatation pénible d'un effet dont ils ont posé la cause leur montrera-t-elle ce qu'il y a de paradoxalement dangereux dans leur prétention- de s'élever contre l'Eglise sous prétexte de la moderniser?

1. Revue d'hisL et de litt. rei!., 1921, nouv. sér., t. vu, p. 570. A propos de V. Cento, L'essenza del modernismo, Rome, 1921. Cf. ibid., 1922, t. vm, p. 130 : « L'effondrement des croyances est fatal, en sorte que la question qui se pose, humainement, n'est pas de savoir si le catholicisme et le christianisme doivent un jour disparaître, mais si le rationalisme étroit et brutal, qui voudrait en faire immédiatement table rase, travaille plus réellement, plus véritablement dans l'intérêt de l'humanité que ceux qui, d'instinct ou consciemment, ménagent la transition à un état ou plutôt à une phase nouvelle de la religion humaine. » Et il va de soi que, tacitement, l'auteiir se range parmi ces derniers.

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