‹ Le modernisme dans l'Eglise [microform]Chapitre 406 sur 451 · Ibid., 1920, t. vi, p · texte numérisé non relu

Ibid., 1920, t. vi, p

l'intérêt de montrer que la question du modernisme et de son avenir finit par engager, ni plus ni moins, celle du christianisme et du catholicisme traditionnels. Entre le mysticisme positiviste et l'Évangile du Christ Jésus, on conviendra qu'il n'appartient pas à l'expérience de décider. Mais encore celle du passé a-t-elle hien son prix. Du seul point de vue historique, la gravité même de l'alternative n'est-elle pas une garantie contre l'éventualité de solutions extrêmes qui impliqueraient de tels bouleversements ?

Pour que d'ailleurs un modernisme anticatholique risquât de se réaliser, il ne suffit pas de mesurer dans l'abstrait la portée doctrinale de ses tendances : il faut regarder aux dispositions probables du corps sur lequel devrait s'exercer son action; Du milieu ambiant dépettd l'éclosion et la croissance du germe. Envisagealit le problème sous cet aspect, un observateur bien placé pour connaître le monde ecclésiastique concluait naguère à l'invraisemblance d'un nouvel accès de modernisme.

Les maîtres d'erreur sont toujours à l'œuvre... Nous croyons seulement que, au milieu des difficultés de tous les temps et des dangers particiJiers au nôtre, l'attitude moderniste a moins de chances qu'autrefois de séduire les âmes ^.

Deux raisons principales, l'une et l'autre d'ordre également vérifiable et positif, fondent cette assurance de l'auteur : savoir, la lumière projetée par l'encyclique sur les erreurs modernistes et les progrès accomplis depuis lors par la science catholique. A quoi l'on peut bien ajouter; sans quitter le terrain de l'observation, l'absence notoire de chefs capables de reprendre l'aventure du modernisme avec quelque espoir de succès.

Voilà pourquoi il est permis de dire sans témérité que la phase du modernisme aigu est maintenant close. Quand elles ne signifient pas seulement un appel à ce légitime progrès qui fut et sera toujours dans la tradition de liÊglise, les prédictions contraires des m^odernistes impénitents sont

1. L. de Grandmaison, Une nouvelle crise moderniste est-elle possible? dans Études, 1923, t. ci-xxvi, p, 645. CL p. 655 : « La perspectiye d'une crise moderniste généralisée, comparable à celle des années 1895-^1910, nous paraît, grâce à Dieu, fort improbable. »

trop intéressées pour être prises au sérieuix ou trop révolutionnaires pour avoir chance de s'accomplir. Toutes les époques ont connu de ces sectaires aussi obstinément rebelles aux démentis dés faits qu'aux décisions dé l'autorité. Cette persistance de modernistes irréductibles n'aurait donc qu'un intérêt psychologique, si, en découvrant la diversité de leurs espérances pour demain, eUe ne servait, par surcroît, à éclairer leurs intentions d'hier.

Est-il besoin d'insister, au terme de cette enquête, sur la réalité du modernisme théologique dont l'Église s'est émue? Pour banale qu'elle puisse paraître, cette première constatation a bien son importance, à l'adresse des prétendus historiens qui, recueillant sans contrôle l'alibi des condamnés, ont voulu imputer l'hérésie nouvelle à la seule hallucination des gardiens de l'orthodoxie. A cette version légendaire il suffit d'opposer les noms de M. Loisy et de G. Tyrrell : ni là philosophie religieuse de celui-ci, ni la systématisation des. origines chrétiennes par celui-là ne sont des mythes, et pas davantage l'école plus ou moins flottante qui gravita longtemps autour d'eux.

Sous une forme tout d'abord discrète, qui devait faire place à la révolte ouverte après la condamnation, sans d'ailleurs quitter l'Église et sous prétexte de la rendre plus moderne, des prêtres, des croyants de tous les pays et de tous les milieux avaient cru pouvoir travailler à modifier plus ou moins profondément son statut dogmatique, avec le commun but de substituer aux notions vieillies de révélation surnaturelle et de dogme immuable un développement religieux, dont la conscience est la seule source et dont le devenir humain règle seul l'expression. A ce phénomène historique et à ces tendances doctrinales, au regard de l'histoire aussi bien que de l'Église, le nom de modernisme reste attaché ^. .

1. Sans oublier que ce courant spéculatif se compliquait d'un autre, plus ou moins marqué suivant les pays, qui tendait à la réformé de la discipline ecclésiastique. « Cette dernière espèce de modernisme, plutôt moral et pratique, a relativement peu atteint le clergé français. Elle constitue en revanche une grande part du modernisme tel qu'il a sévi en Allemagne, parmi les disciples de F.-X. Kraus et de Hermann

"Ce mouvement n'a, d'ailleurs, abouti 'qu'à un échec. Disparus ou disqualifiés apparaissent- aujourd'hui les maîtres; les disciples, dispersés ou convertis. L'Ëglise, en effet, a repoussé le modernisme avec une implacable énergie et renié ses auteurs. Ceux-là même qui lui souhaitaient de meilleures destinées ou qui lui prédisent un regain de vie, soiit d'accord avec ses adversaires pour en reconnaître la faillite mom.entanée; les plus francs la proclament définitive. En vain chercherait-on la trace des transformations que ses panégyristes s'en étaient promises ou seulement des troubles qui avaient marqué ses débuts. Insensible à ces offres comme à ces menaces, l'Église n'en veut retenir qu'une occasion de plus ferme attachement à ses positions traditionnelles ^.

Faut-il voir dans ce résultat un bien ou un mal? La réponse à cette question dépend de l'idée qu'on se fait du catholicisme, et les postulats dogmatiques de chacun sont évidemment appelés à jouer dans cette appréciation un rôle prépondérant. Sans empiéter sur le domaine de la théologie, ni se prononcer sur la valeur intrinsèque du modernisme^ le moins que l'histoire puisse constater, c'est que l'Église fut logique avec elle-même en le condamnant.

Tout en se disant catholiques, ainsi que M. Fr. Heiler persiste encore à leur en , faire un mérite ^, il est clair que les modernistes ne l'étaient plus d'esprit et compromettaient

Schell, en Angleterre parmi ceux de G. Tyrrell. En Italie, ce modernisme réformiste a constitué lé principal du mouvement, avec Romolo Murri, S. Minocchi, A. Fogazzaro. » L. de Grandmaison, dans Études, 1915, t. cxui, p. 97-98. Qui dit « principal » ne dit d'ailleurs pas unique, et l'on a suffisamment vu que l'Angleterre tout au moins et l'Italie ont connu un modernisme doctrinal très prononcé, plus radical même, à bien des égards que le naodernisme français.. ,

1. « Le mouvement moderniste, constate im de ses principaux chefs, n'a obtenu qu'un résultat immédiat, mais il l'a obtenu dans la perfection. L'absolutisme pontifical s'est défini avec une rigueur inouïe. Les actes de Pie X couronnent le système ébauché dans ceux de Pie IX et dans le concile du Vatican. L'enseignement ecclésiastique est immobilisé dans la tradition du moyen' âge... » A. Loisy, dans Revue d'hist. et de liti. rel., 1913, nouv. sér., t. iv, p. 573. Nos lecteurs discerneront sans peine la -part de vérité contenue dans ces sarcasmes.

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