Demain, 31 mai 1907, p
les doctrines, il ne pouvait mieux faire que de recourir à la désignation déjà communément reçue : Modernistarum (sic ENiM lURE IN vuLGTjs audiunt) calUdissimum artificium est \ Il n'y a pas lieu d'insister sur le fait que le pape, principalement dans la première partie de son encyclique, use plutôt de la forme concrète modernista que de l'abstrait modernismus. C'est là une simple question de latinité et qui ne saurait nuire au lien indissoluble qui, au regard de l'histoire comme de la logique, unit entre eux ces deux vocables de même racine.
Au premier abord, les personnages et groupes visés goûtèrent peu ce qualificatif. « Le mot n'est pas heureux, déclarait G. Tyrrell : le christianisme, lui aussi, fut autrefois condamné comme irioderne et de même, en son temps, le scolasticisme ^. » C'est pourquoi on se plaisait à lui chercher des origines artificielles ou bien à lui prêter des intentions tendancieuses. Si, pour P. Sabatier, cette appellation « n'est ni meilleure ni pire qu'une autre », c'est à condition de sous-entendre qu'elle a vaut juste autant que le mot de papiste, jeté à la tête du catholicisme par des adversaires plus préoccupés de le caricaturer que de le comprendre » ^. Aussi plusieurs des principaux intéressés continuèrent-ils longtemps à s'en défendre. «Le Vatican nous traite de «modernistes », écrivait encore après trois ans le D^ Phv Funk : ce terme est une injure et ne devrait pas être admis par nous*.»
En dépit de ces répugnances, d'autres préféraient relever le gant. Aussitôt après l'encyclique, comme on le verra,
1. Encyclique Pascendi, édit. de la Bonne Presse, p. 6. Ce iure s'entend suffisamment de lui-même, puisque la tendance de ces auteurs était de se donner, en toutes choses, comme les interprètes des besoins et aspirations « modernes ». Le pape ne devait eii fournir la justification expresse que dans l'encyclique Communium rerum (21 avril 1909), ou se lit en passant l'explication suivante : Exitiosa ista lahes quas ab incensa morhosae nocïtatis libidine moâernismi nomen accepit. Voir Acla apost. Sedis, 1909, t. i, p. 350.
2. Lettre au Times, 30 septembre 1907^ reproduite dans Rinnovamento, t. u, 1908, p. 367.