‹ Le modernisme dans l'Eglise [microform]Chapitre 46 sur 451 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Après avoir exposé le modernisme, l'encyclique Pascendi consacre quelques pages à en dégager les causes. Comme il convient en un document doctrinal, elle se contente d'indiquer celles qui relèvent de l'ordre subjectif et psychologique : curiosité, orgueil, ignorance. Il reste à voir comment ces facteurs généraux et permanents qu'on retrouve à la base de toute erreur ont abouti, dans le cas présent, à cette forme très particulière de réalisation.

Par leur insistance à se dire « modernes », les auteurs du mouvement en révèlent eux-mêmes la source. Le modernisme fut la forme aiguë d'une crise que tous les courants de la pensée contemporaine ont contribué à déchaîner sur le inonde chrétien ^. A toutes- les époques, le problème s'est posé, pour les croyants, d harmoniser les lumières de la révélation divine avec les données qu'ils tenaient de leurs connaissances humaines, c'est-à-dire, suivant la formule classique, de réaliser l'accord de la raison et de la foi. Chaque siècle fournit, à cet égard, son contingent de ressources et de difficultés. Mais il est normal que chaque génération soit particulièrement touchée par celles de son temps, qui définissent pour elle les conditions de sa tâche immédiate.

Il est incontestable, en effet, que, dans son ensemble, le xix^ siècle fut marqué par un renouvellement profond de la pensée scientifique sous toutes ses formes, et tout spécia-

1. Miss Petre [Modernism, p. 17-23) a parlé de <t modernisme inconscient » pour signifier cette opposition commune que le dogme chrétien a toujours rencontrée, jusque dans les âmes les plus sinaples. C'est un abus de langage : sôus peine d'équivoque, il faut laisser à ce terme son acception spécialisée.

lement sur les domaines qui ont avec la foi chrétienne le contact le plus étroit. Qu'il faïUe le considérer comme un. bien ou comme un mal, le inonde moderne esl; caractérisé par l'avènement de cette puissance redoutable, vague en son principe mais très déterminée dans ses résultats, qui a nom la critique. Il n'est pas impossible ni improbable qu& l'avenir en réduise de beaucoup les prétentions. Pour le moment, elle se vante d'avoir bouleversé les assises sur lesquelles reposèrent jusqu'ici toutes les certitudes en matière religieuse, quitte à refaire sur de nouveaux plans, l'édifice abattu. C'est ce qu'on a parfois appelé, d'un termeprésomptueux mais significatif, la « nouvelle vérité », et cela, bien entendu, pour en marquer l'irréductible opposition avec « la vieille vérité du christianisme traditionnel » ^.

Les croyants pouvaient-ils rester indifférents à ces menaces ou insensibles à ces promesses? De ces questions inévitablement posées et des réponses diverses qu'elles ont reçues, est née la crise dont le modernisme fut l'aboutissant.

En tant qu'il est un système de pensées, une conception métaphysique du monde, le christianisme est nécessairement, en continuité avec tous nos principes de l'ordre rationneL Souvent compromises par telle ou telle erreur de détail^ ces prémisses de la foi ne furent jamais plus gravement ébranlées que par cette critique de fond, vers laquelle convergetout le mouvement philosophique du siècle dernier.

Jusqu'ici, en effet, toute philosophie digne de ce noro' s'honorait d'être à base de dogmatisme. Les différentesécoles étaient d'accord, non seulement pour admettre, d'unemanière générale, la capacité de la raison à l'égard du vrai>. mais pour lui ouvrir toutes grandes, par delà le champborné de l'expérience, les portes de la recherche métaphy» sique. Divisés sur les conclusions, lés systèmes étaient unis par un égal attachement à ces principes fondamentaux. C'est précisément ce double postulat qui est aujourd'hui mis ea question.

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