A. Houtin, p
2. Cette tendance se constate en Extrême-Orient, témoin l'ouvrage d'Alexandra David, Le modernisme bouddhique et le bouddhisme du Bouddha, Paris, 1911, analysé dans la Reflue, 1912, t. xcv, p. 114. On a également parlé de « modernisme musulman ». Voir A. Loisy, dans Revue d'hist. et de litt. rel., 1911, nouvelle série, t. ii, p. 417, et une note de la Revue, 1911, t. xcn, p. 269-270, d'après le Cœnobium de juillet. Exposé doctrinal dans H. Lammens, L'Islam. Croyances et institutions, Beyrouth, 1926, p. 223-238. Plus curieusement 'on a parfois appliqué ce terme au nationalisme égyptien ou à la politique réformiste de Kemal Pacha. Major, op. cit., p. 12-13. Le judaïsme libéral du rabbin L.-G. Lévy en France (voir M. Pézard, Le modernisme chez les juifs, dans Mercure de France, 1908, t. lxxiv, p. 438-448), de Cl. Montefiore en Angleterre, en est une autre expression.
Plus exposée que toute autre province de 1' « orthodoxie » . au contact des courants occidentaux, la Russie religieuse a connu, dans les premières années du xx^ siècle, avec des écrivains laïques tels que Merejkovsky, Gr. Trubetzkoi et B. Rozanov, héritiers plus ou moins directs de Tolstoï, une significative poussée vers une refonte du christianisme où le dogme serait sacrifié au sentiment et à la vie ^. Mais ce mouvement tardif était lui-même d'importation étrangère et il est difficile de savoir aujourd'hui s'il est prolongé. C'est, en tout cas, dans le protestantisme allemand qu'il faut en chercher la source.
Nulle part, en effet, les .ravages de la critique ne se firent plus rapidement ni plus cruellement sertir qu'au sein de la Réforme. Ici on est vraiment en droit de parler d'un raodernisme avant la lettre, et dont on a pu se demander si celui que l'Église devait connaître ne serait pas le résultat ^.
En s'éloignant de l'Église, le protestantisme avait gardé ferme la notion d'une révélation surnaturelle et la foi aux dogmes qui en sont l'expression : dogmes chrétiens traditionnels ou dogmes spécifiques du nouvel Évangile, les uns et les autres fixés en formulaires qui traduisaient la croyance des fidèles et constituaient le statut des Églises établies. Chacune compte une honorable légion de théologiens qui s'employèrent, avec une belle vaillance et une parfaite sérénité, à défendre cette orthodoxie en même temps contre les anabaptistes ou les sociniens à gauche et contre les « papistes » à droite.
Mais ce dogmatisme portait en lui-même une perpétuelle menace. Car le principe du libre-examen, momentanément contenu, devait tôt ou tard reprendre son jeu destructeur» tandis que le mysticisme inhérent à la justification par la foi prédisposait ses adeptes aux atteintes théoriques et pratiques du subjectivisme. Cette tendance était déjà observée par Bossuet,
On a trouvé moyen, dans nos jours, de dire que la foi commence par .sentir les choses en elles-mêmes... : ce qui opère
1. A. Palmieri, Theologia dogmatîca orthodoxa, t. i, Florence, 1911,