Voir G. Goyau,' op. cit., p
Le résultat pratique du libéralisme ne peut être que <t l'organisation de l'équivoque » ^. Car il s'agit de concilier l'usage des anciens formulaires, bibliques ou ecclésiastiques, qu'imposent tout à la fois les statuts de l'Église et les habitudes des fidèles, avec une théologie qui ne permet plus d'en admettre la valeur. « Il faut, disait déjà Semler auxviii^ siècle, avoir une pensée de derrière la tête et juger le tout par là, en parlant cependant comme le peuple ^. » Au grand émoi de l'orthodoxie, qui réclame la sincérité, ce dualisme devient la règle dans l'école de Ritschl.
Ce serait une Ijénédiction de Dieu que tous les théologiens contemporains, malgré le désaccord de leurs conceptions, se tinssent solidement attachés à la langue de la Bible et de la Réforme. Quiconque use de cette langue avec un sens loyal, même avec un malentendu; quiconque emploie les mots de cette langue avec le ferme et vrai propos de leur être fidèle, les considérant comme les termes sacrés de la chrétienté, comme des expressions qu'il ne peut pas mettre de côté, lors même qu'elles signifient pour lui autre chose que pour beaucoup d'âmes d'autrefois et d'aujourd'hui, même si elles signifient pour lui quelque chose d'inouï que personne n'y aurait jamais découvert, celui-là ne mérite pas d'être méprisé : ■ il mérite reconnaissance pour sa piété ^.
D'ordinaire, les pasteurs s'en tiennent à cette tactique accommodante, qui a l'avantage de sauvegarder les apparences. Mais, de temps à autre, quelques-uns réclament le droit de mettre leur langage en accord avec leurs convictions. D'oii ces crises qui viennent périodiquement troubler la paix des Églises en Allemagne et mettre dans le plus cruel embarras les autorités ecclésiastiques, obligées de défendre un minimum dé conformisme rituel sans trop attenter aux principes du libre examen*.