‹ Le modernisme dans l'Eglise [microform]Chapitre 55 sur 451 · Major, p. 40-42. Cf. M.-D. Petre, Modernism, p · texte numérisé non relu

Major, p. 40-42. Cf. M.-D. Petre, Modernism, p

5. The Church Union Gazette, novembre 1921, p. 259, cité par Charles, p. 8.

6. On l'a comparé à Schleiermacher. Voir G.-B. Stevens, The Christian doctrine of salvation, Edimbourg, 1905, p. 227.

nommé le « fidéisme », c'est-à-dire le salut par la seule foi en dehors et indépendamment des croyances de chacun ^. Mais la systématisation doctrinale du libéralisme fut l'œuvre d'Auguste Sabatier (1839-1901) dans son Esquisse d'une philosophie de la religion d'après la psychologie et l'histoire (1897), L'auteur y vulgarise, sous une forme personnelle et dans une langue très soignée, les "doctrines de Ritschi et de Schleiermacher.

Il n'y a pas à la religion d'autre fondement que nos besoins intimes. « C'est un commerce, un rapport conscient et voulu, dans lequel l'âme en détresse entre avec la puissance mystérieuse dont elle sent qu'elle dépend et que dépend sa destinée ^. »

De cette donnée initiale la révélation n'est qu'un autre aspect : « Elle consiste dans la création, l'épuration et la clarté progressive de la conscience de Dieu dans l'homme individuel et dans l'humanité » (p. 35). Aussi ne peut-on la concevoir que sous une forme personnelle : « La révélation divine qui ne se réalise pas en nous et n'y devient pas immédiate n'existe point pour nous » (p. 59). Mais elle existe pour quiconque se prête à l'action divine : « Dieu travaille à l'intérieur de toutes les âmes, il agit et enseigne sans cesse par le moyen de tous les maîtres humains, et reste présent au commencement, au milieu et à la fin de toute l'éducation religieuse de l'humanité^ » (p. 267).

. Ces prémisses commandent la conception du christianisme. Son essence consiste « dans une expérience religieuse, dans une révélation intime de Dieu qui s'est faite pour la première fois dans l'âme de Jésus de Nazareth, mais qui se vérifie et se répète, moins lumineuse sans doute mais non méconnaissable, dans l'âme de tous ses vrais disciples » (p. 187- 188). Jésus « se sentait avec Dieu dans une relation filiale

1. De cette activité témoigne la longue série de ses Publications sur le fidéisme, Paris, 1909-1921.

2. Esquisse, p. 24 . Plus haut (p. 19-20), l'auteur disait : «. sentiment de dépendance où l'homme se trouve à l'égard de l'être universel. »

3. A cet égard, les prophètes d'Israël n'offrent pas d'autre privilège qu «une idée de Dieu plus pure, un idéal de justice plus élevé» (p. 94). ^i. p. 99 : « L'inspiration religieuse n'est pas psychologiquement différente de l'inspiration poétique. »

et il sentait Dieu dans une relation paternelle avec lui » (p. 184). « Expérience créatrice et inaugurale qui a rendu possibles et engendré toutes les autres. » Car, en entrant dans la même voie, les chrétiens » sentent que leur besoin religieux est entièrement satisfait, que Dieu est entré avec eux et qu'ils sont entrés avec lui en une relation si intime et si heureuse qu'au-dessus d'elle et au "delà..., non seulement ils n'imaginent rien, mais encore ils ne désirent rien » (p. 176-177). De ces expériences vitales il faut distinguer « les explications théologiques et, par éuite, les dogmes qu'on en a 'tirés » (p. 189).

L'émotion religieuse, qui est sentiment, se transpose, dans l'esprit, en la notion d'un rapport, c'est-à-dire en une notion intellectuelle qui en devient l'image expressive ou la représentation... Dans la reb'gion et dans le dogme, l'élément intellectuel n'est donc que l'expression ou l'enveloppe de l'expérience religieuse... L'élément intellectuel' sera donc l'élément essentiellement variable dans le dogme (p. 305 et 307).

En conséquence, notre connaissance religieuse « ne pourra jamais sortir de la subjectivité » (p. 375-376).

Toutes les notions qu'elle forme et qu'elle organise, depuis la première métaphore que crée le sentiment religieux jusqu'à l'idée la plus abstraite de la spéculation théologique, seroat nécessairement inadéquates à leur objet... La théorie de la connaissance religieuse s'achève dans une théorie du symbole et du symbolisme (p. 390).

Il s'ensuit que « la connaissance religieuse reste nécessairement soumise à la loi de transformation qui régit toutes les manifestations de la vie et de la pensée humaines » (p. 400). L'histoire aussi bien que la psychologie atteste la distinction (p. 404), » dans l'intérieur même de chaque dogme, entre le contenu religieux qu'il faut sauvegarder et l'expression symbolique qui peut varier indéfiniment. » S'il est clair que ces diverses propositions dessinent un système bien cohérent, il ne l'est pas moins, comme l'a noté le premier et le plus pénétrant de ses critiques, que « ce qui lui manque c'est d'être chrétien i. »

1. Mgr Mignot, L' écolutionnisme religieux, dans Correspondant, 10 avril 1897, reproduit dans L'Église et la critique, Paris, 1910, p. 86.

La philosophie religieuse contenue dans l'Esquisse est «omplétée, du point de vue positif, par Les religions de l'autorité et la religion de l'esprit (1904), où l'auteur s'efforce d'appuyer sur le Nouveau Testament et l'histoire de la primitive Église cette conception d'un christianisme tout intérieur, c'est-à-dire sans dogmes, ni rites, ni chefs, contre toutes les formes, catholique et, protestante, d'orthodoxie. Ces deux ouvrages peuvent être considérés comme la somme du subjectivisme religieux qui caractérise la théologie protestante moderne. Il n'en est sans doute pas de plus propres à représenter l'ensemble des positions décrites par l'encyclique Pascendi.

Est-ce à dire qu'il faille voir dans le protestantisme libéral la source du modernisme catholique? Des la première heure, J. Fontaine a mis en honneur la théorie commode des « infiltrations protestantes ». On la retrouve assez couramment depuis. « La philosophie néo-kantienne et la théologie de Ritschl sa parenté, disait en 1908, au congrès catholique de Dusseldorf; le D^ Mausbach, comptent beaucoup de disciples parmi les protestants allemands. Tout ce que le modernisme a fait a été de recouvrir et de draper tout cela de formules catholiques ^. » Plus nettement, les protestants libéraux ont été appelés chez nous f.eri prsecur- ^ores et paires modernismi ^.

On ne saurait contester qu'il y ait, entre la philosophie religieuse des modernistes et celle des protestants- libéraux, un véritable air de parenté. Mais, dans l'ensemble, la ressemblance des effets ne pourrait-elle pas très sufïisamment s'expliquer par l'action des mêmes causes? La dépendance ' personnelle est un fait positif dont la preuve serait à faire pour chaque cas particulier. Quelques indices permettent de croire que l'on arriverait peut-être, dans cette voie, à constater certaines filiations, tout au moins lointaines.

1. Cité par F. Mourret, p. 542, d'après le Bulletin de la Semaine, septembre 1908.

2. A. Tanquerey, Synopsis, Paris, 20« édit., 1925, t. i, p. 702.

Sans doute les oeuvres originales de Schleiermacher et de Ritschl sont-elles restées sans influence sur la pensée catholique en Allemagne, si même elles n'y ont déterminé une réaction contraire, et l'on peut poser en fait, sans grande chance d'erreur, qu'elles n'ont pas eu beaucoup de lecteurs au delà. Mais, digérées à la française par A. Sabatier, il est non moins certain qu'elles ont trouvé une large pubHc en France et ailleurs. Les protestants se sont vantés que la publication de l'Esquisse lui valut « plus de 300 lettres de prêtres ^. » Fait plus significatif : n'est-ce pas sur cet ouvrage,, comme on le verra bientôt, qu'ont porté les premières méditations philosophiques de M. Loisy? En même temps, une traduction le faisait connaître en Angleterre ^. On imaginera difficilement que cette fréquentation ait pu rester de tous points inoffensive.- Tout porte à croire qu'elle n'a pu que travailler à la dissolution plus ou moins sourde de leurs certitudes catholiques, chez un certain nombre d'esprits mat défendus.

A l'influence des livres faut-il ajouter l'action de la personne? On l'a décrit comme « une sentinelle... dont le regard perspicace suivait avec intérêt les détours, les obliquités^ les surprises et les égarements de certaines pensées catholiques et, à point nommé, leur tendait les embûches où elles se laisseraient prendre »^. Mais cette interprétation de son rôle dépasse la portée objective des faits.

En tout cas, les écrivains du protestantisme libéral, auxquels il faut d'ailleurs en ajouter beaucoup d'autres, ont-ils contribué à former l'atmosphère malsaine dans Jaquelle la science cathoUque du xix^ siècle a dû naître et grandir.

La source du modernisme est... dans les conceptions de philosophie religieuse préformées par Herder et Lessing, développées et poétisées par Schleiermacher, élargies et fécondées par Hegel, monnayées enfin sous mille formes, et à des doses infiniment variées, par les exégètes, critiques et historiens de la gauche protestante... C'est dans le commerce quotidien, rendu pratique-

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