CHAPITRE III EPOQUE DE LA CRISE
Partisans et adversaires du modernisme catholique sont souvent d'accord pour l'étendre à plaisir dans le temps et l'espace, ceux-là pour en montrer l'importance et la profondeur, ceux-ci pour mieux en établir les dangers. Et il est assurément dans l'ordre que les crises, graves n'éclatent qu'au terme d'une longue incubation ; mais encore ne faut-il en affirmer les symptômes qu'à bon escient. Autant donc il est certain que le mouvement moderniste eut une préparation lointaine dont l'histoire peut retrouver les traces, autant il importe de prendre garde aux simplifications tendancieuses et de le circonscrire dans son périmètre exact.
On ferait une assez belle collection d'insanités historiques en réunissant tout ce qui a été dit çà et là sur les prétendues origines du modernisme- ou les premiers précurseurs de son avènement. Sans parler des sectaires qui se sont réclamés d'Amos et des Prophètes ■'-, des historiens fantaisistes ont voulu remonter jusqu'à Scot Êrigène ^ ou Marsile de Padoue ^ et quelques polémistes aux promptes généi'alisations se sont référés à Michel Servet *. Ce fut surtout un Ueu commun, dans la presse antimoderniste, que de faire porter à J.-J. Rousseau la responsabilité de tout le mal. Et cela parce qu'il serait, non seulement 1' « inventeur » du mot,
1. Neue Jahrhundert, 1913, t. v, p. 265-266. M. D. Battaini se contentait de remonter à saint Paul. Cultura moderna, 1913, p. 337,