St. Coubé, cité dans Th. Delmont, p
mais le promoteur efficace de la chose au double point de vue social et dogmatique ^.
En dehors de ces facéties, des esprits qu'on pouvait croire plus positifs ont prétendu faire converger vers la poussée moderniste tous les courants de la pensée catholique au XTX^ siècle ^. C'est évidemment prendre le modernisme sensu lato, voire même latissimo, et donc fausser gravement toutes les proportions : son sens précis, le seul légitime, oblige à situer sa naissance beaucoup plus près de nous.
Dès le commencement du xix^ siècle, tandis qu'un peu partout riïglise s'occupait à relever les ruines accumulées par la Révolution, des âmes généreuses se rencontrèrent pour s'ouvrir à la. perspective de nouvelles conquêtes, au prix des changements de front que leur paraissaient réclamer les circonstances.
Nulle part cet esprit de renouveau ne se fit plusvivement sentir qu'en France avec Lamennais (1782-1854) et son école. Mais son activité se restreignait aux problèmes politiques et sociaux ^ : le « modernisme » que lui imputait Ch. Périn *
l.'Voir déjà B. Gaudeau, dans Foi catholique, 1912, t. x, p. 34-55, 129-156, suivi et aggravé par J. Fontaine, ibid., 1914, t. xm, p. 401-440, qui peut ainsi dresser « en face des réalisations modernistes », considérées comme la somme du naturalisme et du laïcisme modernes [ibid., t. XIV, p. 153-193), tous les « documents pontificaux... depuis la Révolution française jusqu'à l'encyclique Quanta cura », plus « le concile du Vatican et le Syllabus de Pie IX. » L'auteur avait été précédé dans cette voie par Ch. Périn, Mélanges de politique et d'économie, p. 128-129.
2. Voir dans ce sens J. Schnitzer, Derikaih. Modernismus, p. 1-3.
3. Sur la réforme de la théologie il ne semble pas, tant qu'il fut catholique, être allé au delà de quelques lieux communs. Voir Dicl. de théol. cath., art. Libéralisme, t. ix, col. 544-545. .
4. Voir plus haut, p., 20. Il serait responsable d'avoir fondé « l'école du modernismer dans l'Église » (toc. cit.,. p. 130-131). Ce qui, dans le style de l'auteur, veut toujours dire le libéralisme catholique. Même lorsque Lamennais présage la <c transformation nécessaire » de l'Église (lettre du 21 mars 1833, citée ibid., p. 134), dont il attend une « nouvelle ère du genre humain » (lettre du 11. août 1834, ibid., p. 160) sa pensée ne dépasse pas l'ordre des formes politiques de son gouvernement, qu'il voudrait plus adaptées au régime démocratique moderne
(.V2 ORIGINES DU MODEUmSME
s'eiitciul du point de vue d'un sociologue conservateur, qui n'a rien à voir avec celui du théologien. Cependant M. 1 Aiisy l'a voulu présenter aux modernistes comme « un de leurs ancôlres « ^. Mais cette alïirmatiou n'a pas d'autre fondtime^nt que le rôve par lui conç-u, qui s'accusa surtout après sou apostasie, « de transformer la papauté en «ne sorte de conscience universelle de l'humanité pour le progrès de la justice. » Autant dire que ce modernisme non plus n'est ])as celui de l'encyclique Pascendi, à l'égard duquel on ne saurait revendiquer pour Lamennais aucune paternité -.
Le principal mouA'enient de vie intellectuelle à cette époque se produit en Allemagne. Si l'on ne regardait qu'à la signification étymologique, le système de G. Hermès (1775- 183 J) pourrait être appelé le « modernisme » du moment ^. Car son but n'était pas autre que d'adapter le christianisme à la philosophie du jour; mais il en cherchait le moyen dans un dogmatisme rationaliste qui est proprement l'antithèse du modernisme actuel.
En même temps, l'école catholique de Tubingue, sous l'influence de Moehler (1796-1838), inaugurait un mouvement dont toute l'Allemagne et un peu le reste de l'Église ont depuis lors bénéficié. On y demandait le renouvellement de la théologie à l'histoire et à la psychologie religieuse. D'où ont suivi les premières intuitions du développement dogmatique, et un eiïort constant pour mettre la doctrine chrétienne en rapport avec les besoins de la vie. Mouvement doctrinal que complétaient des projets de réforme, parfois assez hardis, dans l'ordre de la discipline ecclésiastique et du ministère pastoral.
S'autorisant de cette allure romantique, M. Vermeil a cru pouvoir assimiler les doctrines de l'école wurtembergeoise à celles des Tyrrell et des Loisy, pour conclure aux
1. Revue d'hisL et de litt. rel., 1910, nouv. sér.j t. i, p. 585-
2. Quant à celui que lui reproche J. Fontaine (Foi catholique, 1914, t. XIV, p. 5-63), le critère en est trop confus pour répondre à aucun classement précis.
3. J. Fontaine [ibid., 1917, t. xn, p. 176) ne manque pas" de lui appliquer ce terme, ainsi qu'à Gûnther.
« origines germaniques du modei-nisnie " ^. Jugement sommaire, contradictoire même chez qui reconnaît de ces théologiens qu'« ils maintiennent avec une persévérante énergie les thèses essentielles du catholicisme ^ >■, mais qu'expliciucnt et excusent les origines q)rotcstantes de l'auteur,'^. Il est vrai qu'entre les conceptions théologiques des Tubingiens et celles du modernisme, il existe certaines coïncidences qui ne laissent pas de faire impression et de jjoser des problèmes •^. Mais c'est le cas de se souvenir que ressemblance ne signifie pas identité et moins encore dépendance. Ce qui peut nous surprendre chez Moehler s'explique j)av une complaisance, parfois excessive .peut-être, surtout dans ses œuvres de jeunesse, pour la ])hraséologie allemande de l'époque, mais qui reçoit ailleurs pour le fond des choses un suffisant correctif. En tout cas, c'est un fait frappant et, à bien des égards, décisif que pas un des historiens, même allemands, qui se montrent les plus généreux pour allonger la généalogie du modernisnae n'y fait entrer l'école de Tubingue. Cette double présomption sufïit, jusqu'à nouvel ordre, pour contrebalancer l'effet dé rapprochenaents qui ne sauraient à aucun titre constituer des preuves ^.
Un fait qui pourrait bien, être plus caractéristique de l'Allemagne est cette sorte d'agitation endémique, favorisée par une forte propension au nationalisme et des traditions joséphistes toujours vivaces, qui faisait éclore périodiquement des projets plus ou moins aventureux de réforme.
1. Jean-Adam Moehler et l'école catholique de Tubingue, Paris, 1913, p. 451-473. Ce modernisme ne serait d'ailleurs que le second, le premier s'étant produit à la fin du xvin^ siècle. Ibid., p. xiv.