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pour ses divers représentants, il ne s'agissait que d'adapter l'Église à l'avènement de la démocratie parlementaire et au régime des libertés modernes : les problèmes proprement religieux restaient en dehors de leur horizon. Pour graves qu'elles fussent, les publications de Renan elles-mêmes ne paraissent pas avoir troublé les esprits : elles furent réfutées superficiellement ou le plus souvent dédaignées, sans que personne éprouvât encore, à leur propos, la tentation de rien changer aux méthodes et positions classiques de l'exégèse ou de la théologie.
L'influence directe de l'école libérale ne doit donc être cherchée que dans le mouvement dit de la démocratie chrétienne, que les polémistes du parti adverse ont voulu plus tard compromettre sous le nom fallacieux de « modernisme sociologique ». Cependant il n'est pas douteux qu'en développant une tendance à élargir les vieux cadres, à rendre l'Église, au prix de quelques sacrifices accidentels, plus accueillante au monde moderne, ces « catholiques conciliateurs » ^ n'aient créé dans certains milieux une prédisposition favorable au progrès sous toutes ses formes et, par conséquent, une sorte d'instinctive sympathie à l'égard des adaptations doctrinales que pourraient proposer un jour des intelligences sensibles à ce genre de questions.
Une forte organisation universitaire maintenait plus vivace, en Allemagne, le sens des problèmes de l'esprit. Des spéculatifs intrépides, tels que A. Gûnther (1783-1863) et J. Frohschamiïier (1821-1893), y reprenaient les traditions de G. Hermès et en arrivaient à revendiquer pour la raison une véritable supériorité sur la foi. Un congrès de savants catholiques se tenait à Munich en 1863, qui, tout en proclamant leur soumission à l'Église, n'admettaient pas qu'elle vînt limiter les libres recherches de la science en matière non définie. DôUinger y prononça un discours retentissant « sur le passé et le présent de la théologie catholique, » à la suite duquel éclatèrent de vives discussions entre ce qu'on appelait alors les « ecclésiastiques » et les « scientifiques ». Tous indices dont on n'a pas manqué de se
l. E. Tavernier, Le modernisme, p. 6,
prévaloir ^, mais qui n'allaient pas, sauf quelques excès individuels, au delà des revendications générales sur lesquelles tous les catholiques éclairés pouvaient tomber d'accord ^.
Quelles que fussent, au demeurant, les tendances du libéralisme politique ou scientifique, l'attitude de Pie IX n'était pas faite pour les encourager. Attentif à maintenir la « thèse » catholique dans toute sa rigueur, le pape opposait au premier cette série d'actes qui aboutit au Syllahus (1864). Entre temps, non seulement il avait condamné les erreurs manifestes de Gûnther (1857) et de Frohschammer (1862), mais blâmé sévèrement, dans sa lettre- Tuas libenter (21 décembre 1863), les prétentions émises au congrès de Munich. Le concile du Vatican allait d'ailleurs tourner l'attention vers d'autres problèmes, et amener la plupart des intellectuels allemands à s'annihiler eux-mêmes par leur opposition au dogme de l'infaillibilité. Aussi, viciées par cet esprit initial de révolte, les récriminations des « vieux catholiques » furent-elles de nul effet.
Désireux d'élargir la signification de son cas, Hyacinthe Loyson (1827-1912) a vainement réclamé plus tard, auprès des modernistes, l'honneur d'être « le premier d'entre eux selon l'ordre chronologique », pour avoir, dès 1869, « jeté dans l'Église un grand cri qui pouvait la sauver » contre l'envahissement de l'absolutisme pontifical^. Identification des plus sommaires entre modernisme et guerre à la papauté. H. Loyson aurait pu chercher des titres moins pré- ^ caires au qualificatif de moderniste dans les crises qui traversèrent de temps à autre, au moins sous forme de tentation, la foi de son âme désemparée ^. Mais, outre que