‹ Le modernisme dans l'Eglise [microform]Chapitre 66 sur 451 · CHAPITRE IV LIEU DE LÀ CRISE · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV LIEU DE LÀ CRISE

Étant données la protondeur des causes qui la préparaient de loin et l'ampleur des circonstances qui en favorisaient l'éclosion, on peut s'attendre à ce que la crise ait été générale dans l'Église. Il s'en faut néanmoins que ces facteurs aient présenté partout la même puissance ou rencontré chez tous un terrain également préparé.

On défalquera tout d'abord le Nouveau Monde, « pays de la vie intense », mais qui, d'ordinaire, s'absorbe dans l'action et reste peu sensible aux problèmes de l'ordre intellectuel ^. Sur le vieux continent, l'Espagne reste notoirement hors de cause ^ et tout autant le Portugal ^. Très ouverte, au contraire, à tous les courants de la pensée et, de ce chef.

1. Ce qui est dit dans A. Houtin (p. 113-114) de quelques prêtres aux « idées très avancées » ne repose que sur des allégations sans preuves et porterait tout au plus sur quelques cas individuels.

2. Des théologiens espagnols on a pu écrire qu' « ils sont encore à l'arrière-plan du mouvement scientifique .contemporain ». P. Dominique de Câylus, art. Espagne, dans Dict. de théol. cath., t. v, col. ^96, Quant à « l'agitation réformiste » menée par le prêtre catalan Sigismond- Pey-Ordeix, dont fait état J. Kûbel (p. 149-150), elle est ramenéepar A. Houtin (p. 61) à ses justes proportions de phénomène solitaire. Il ne s'agissait d'EÙUeurs là que de réformes disciplinaires et l'apostasiede l'auteur (1911) lui a fait rapidement perdre toute influence sur le monde ecclésiastique.

Un momejat, la Reçue moderniste internationale, 1910, t. i, p. 74-75, essaya de faire croire à l'existence de modernistes espagnols, mais sans jamais faire connaître même un seul nom. Aussi bien cette rubrique a-t-elle bientôt disparu de ses colonnes.

3. a Pourtant, écrit sans crainte du ridicule P. Sabatier, à Lisbonne seulement, il y a au moins trois prêtres imbus des idées nouvelles. » Les modernistes, p. 59.

moins inaccessible à 1' « esprit moderniste », la Belgique est . « un des pays de la catholicité qui ont le mieux résisté à son influence pernicieuse » ^. Quant au catholicisme néerlandais, il ressemblerait plutôt, dans l'ensemble, à celui des États- Unis et n'est pas resté moins indemne ^.

En revanche, les autres pays catholiques ont tous plus ou moins ressenti la crise, mais sous des formes différentes et à dés degrés divers qu'il importe de distinguer ^. Trop souvent un nationalisme indiscret est ici venu brouiller la saine appréciation des faits historiquesj et les préjugés respectifs qui en découlent ont une certaine excuse dans la difficulté bien connue de s'orienter exactement à travers les tendances, les personnes ou les œuvres d'un pays étranger. Une observation impartiale permet néanmoins d'établir avec une équitable approximation les responsabilités de chacun.

Une mode depuis longtemps accréditée porte à donner a priori l'Allemagne comme la source de tous les maux : elle ne pouvait manquer de trouver ici un nouveau sujet d'application. « Nos modernistes de France, a^t-on dit, au lieu d'être des novateurs,.., ne font que donner leur tour d'esprit français aux doctrines du néo-protestantisme allemand, ou du néo-catholicisme du xvni® siècle et du néocatholicisme moderne *. » Et . l'on cite souvent, à l'appui de cette affirmation, les paroles suivantes du cardinal Mer-

1. Gard. Mercier, Le modernisme, p. 29. Et l'auteur se plaisait, non sans raison, à. voir la cause de cette préservation dans le rôle tutélaire

. rempli par l'université de Louvain.

2. Les fiches disparates, réunies par A. Houtin (p. 413-416) et qm vont tout juste à découvrir, dans le seul grand séminaire de Warmond, « une apparence de modernité... entre 1900-1905 », dont uiie demidouzaine de défections cléricales ou sacerdotales aurait été la suite, ne STiffisent pas à établir que le modernisme y fut jamais une sérieuse réalité.

3. « Cet esprit [moderniste], écrit avec un sens très calculé des nuances le cardinal Mercier (loc. cit.], a soufflé sur la France; l'Italie en a gravement souffert, quelques catholiques d'Angleterre et d'Allemagne en ont été atteints. »

Page 1