A. Gisler, op. cit., p
d'hui, ce qu'il, appelait un « catholicisme religieux ». Mais ses critiques contre Fabsolutisme pontifical et la centralisation de la Curie ne touchaient pas le dogme. En raison de cette attitude frondeuse, son nom n'a plus cessé d'être le drapeau du catholicisme Hbéral.
Ce que Kraus était dans l'ordre politique, Herman Schell (i850-1906), professeur d'apologétique à Wurzbourg, devait l'être dans l'ordre intellectuel. Tout à la fois philosophe, orateur et poète, théologien obscur mais personnel et profond, il s'imposa de bonne heure comme un animateur et un maître. Mais les hardiesses de sa pensée lui valurent des. critiques, et sa Dogmalik (1889-1893) ainsi que quelques opuscules de circonstance furent frappés par l'Index le 15 décembre 1898. L'auteur se soumit et put continuer son enseignement sans trop de difficultés. C'est après sa mort seulement que sa doctrine devait être l'objet de violentes attaques, qui suscitèrent de non moins vives ripostes.
En raison de ces débats, le nom de Schell devait forcément être mêlé aux controverses modernistes. Aussi bien est-ce principalement à son sujet que s'est posée la question du modernisme allemand. Comment ce théologien novateur, dénoncé et condamné comme tel, n'aurait-il pas reçu l'étiquette de moderniste? Elle lui fut, en effet, décernée chez nous par la presse de droite ■'-, tandis que les revues libérales lui consacraient des notices tout empreintes de sympathie ^. Autour de Schell chacun prenait parti suivant ses propres tendances. Il n'est pas douteux néanmoins que l'appréciation défavorable n'ait communément prévalu ^, sans qu'on en doive conclure pour autant que tous ses critiques aient pris un contact personnel avec l'œuvre difficile du théologien de Wurzbourg.
Mais il est remarquable que les écrivains allemands, sans
1. Ami du clergé, 1908, t. xxx, p. 65-76; Th. Delmont, p. 74-79; J. Brucker, dans Études, 1908, t. cxv, p. 583-597.
2. Voir Revue du clergé fr., 1908, t. uv, p. 5-30. Elle avait été précédée dans cette voie par les Annales de philosophie chrétienne, au cours des années 1906 et 1907..
3. Encore aujourd'hui, M. Mourret (p. 13-14, 412-415) est d'accord avec A. Houtin (p. 59-61, 159-160) pour lui imputer de graves hétérodoxies.
aucun doute mieux placés pour en connaître de première main; émettent à son sujet des jugements plus modérés. Non seulement ses adversaires les plus acharnés ne l'ont pas accusé de modernisme, mais des témoins objectifs reconnaissent formellement qu' « au point de vue dogmatique, il était catholique et ne voulait pas être autre chose que catholique ^. » C'est assez dire que, si sa pensée put avoir des audaces incontestables sur quelques points particuliers, elle n'a pas fléchi sur les principes essentiels.
De fait, les censures de l'Index publiées après coup visent ses opinions sur les conditions du péché originel et de l'éternelle damnation, sur le;rôle de la charité au jugement général par rapport au baptême et autres sacrements, sur la manière de présenter la personnalité divine et le mystère de la Trinité. Toutes questions graves, sans nul doute, mais sans relation avec les œuvres vives de la foi. Il n'y a rien à reprendre au jugement d'ensemible porté sur la situation par l'un des critiques les plus éclairés du 'modernisme :
On ne peut nommer aucun professeur des Facultés catholiques qui ait soutenu dans ses ouvrages les doctrines fondamentales des modernistes. Pas même Schell. Sur Dieu, le péché, la rédemption, l'eschatologie, il enseignait de graves erreurs et sa conception de l'apologétique n'était pas sans reproches; mais il s'est toujours énergiquement prononcé contre l'agnosticisme et la théologie du sentiment ^.
Une fois ainsi vidée la question de fond, il reste à la charge de Schell ^ sa retentissante brochure : Le catholicisme comme
1. J. Kûbel, op. cit., p. 22. Cf. p. 26-28,33, 46. Tout au plus se seraitil, d'après l'auteur (p. 26), rapproché du protestantisme petr ses conceptions sur l'autorité et la liberté. Insinuation tendancieuse que les faits ne justifient pas. .
La tendance notoirement intellectualiste et aristotélicienne de sa philosophie est encore reconnue et regrettée par Th. Engert (p. 13).
2. A. Gisler, p. 646. Gf. p.. 643. Chez nous, E. PortaUé avait déjà' fait une semblable constatation : « En Allemagne, il faut le" reconnaître, les idées ultra-radicales de M. Loisy eurent très peu de partisans... On vit... se produire ce fait rem£irqxiable : les chefs du mouvement réformiste, avec le professeur Schell à leur tête, montrèrent peu de sympathie pour les idées de M. Loisy. » Études, 1907, t. cxn, p. 397. ^