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8G OniGINES DU MODERNISME

Aucun pays de la catholicité, vers la fin du dernier siècle, ne réunissait mieux que le nôtre toutes les conditions voulues pour l'éclosion d'une crise doctrinale.

Bien qu'elle gardât encore sa situation officielle dans l'État, l'Église de France commençait à la sentir menacée par l'incrédulité croissante des masses et l'impiété agressive des élites. A mesure qu'il serait' plus nettement perçu, ce double danger ne devait-il pas provoquer, chez les meilleurs de ses fils, un sursaut d'apostolat? D'autant que les indices ne manquaient pa,s qui permettaient, moyennant les adaptations nécessaires, d'en augurer le succès. La désafîection du peuple pour l'Église ne proviendrait- elle pas de ce que les représentants de celle-ci, le clergé surtout, s'obstinaient à méconnaître ses aspirations, à mettre leur idéal dans ^e retour au régime d'un passé à jamais déchu? L'optimisme de la .foi aidant, on arrivait aisément à se convaincre qu'il ne s'agissait que de malentendus à dissiper, qu'il suffirait de donner à l'Église iine allure vraiment moderne pour qu'elle retrouvât son empire sur les âmes.

Justement vers 1890, se dessinait dans le monde universitaire un mouvement qui ne craignait pas de s'intituler « néo-chrétien », auquel on voyait se rallier, avec de jeunes intelligences qui semblaient avoir pour elles l'avenir, des maîtres écoutés tels que le vicomte Melchior de Vogué, Paul Desjardins et d'autres. « Réveil de l'idée religieuse «, qu'un des écrivains les plus goûtés du public ecclésiastique, Mgr Baunard, saluait en un petit volume allègrement appelé : Espérance (Paris, 1892), dont le titre seul était un signe' des temps nouveaux.

En un pareil milieu, les directions de Léon XIII devaient apparaître comme le trait de lumière providentiel. Tandis que P. Desjardins n'y voyait rien de moins que « la conversion de l'Église » ^, par la convergence de leurs objectifs et plus encore par l'esprit qui s'en dégageait, elles parurent à beaucoup de catholiques sonner le glas des attitudes

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