‹ Le modernisme dans l'Eglise [microform]Chapitre 84 sur 451 · Simples^réflexions, p · texte numérisé non relu

Simples^réflexions, p

analogues ^. » Et il n'est pas besoin d'une'grande psychologie pour concevoir que l'efficacité des « principes directeurs » devait tenir surtout à la personnalité de ceux qui les mirent en oeuvre. Or il ne saurait y avoir aujourd'hui le moindre doute sur le nom de ces maîtres de l'heure, pas plus que sur le rôle des agents plus modestes qui s'apprêtaient à les seconder.

Deux groupes d'intellectuels, incarnant les deux principales formes de la critique, formaient chez nous le milieu immédiat, où le modernisme allait trouver le germe de sa naissance et le principe de son expansion. ^

Au premier rang il faut placer les initiateurs de la critique historique. Elle fut restaurée en France par un disciple de Rossi, Louis Duchesne (1843-1922), professeur à l'Institut catholique de Paris depuis 1878, directeur de l'École française de Rome à partir de 1895. On a tout dit de son érudition, de sa méthode positive qui consistait à reprendre lecontact direct des sources, de sa critique sévère qui ne retenait que les textes de bon aloi, et s'interdisait d'en prolonger le témoignage par des hypothèses, de son esprit caustique et incisif qui se plaisait à dénoncer les conventions et excellait à percer tous les ridicules. Sa science et son caractère s'accordaient à faire de lui un éminent excitateur des jeunes intellir gences. Tandis que son édition du Liber pontificalis (1886- 1892) consacrait son prestige, le Bulletin critique, par lui fondé en 1880 et dont il restait l'âme, lui servait à convoyer dans le public les produits de la science française ou étrangère, et à mener une guerre implacable contre toutes les médiocrités. A quoi il faut ajouter son action personnelle sur un petit noyau d'amis pour réaliser ce que devait être son rôle éducateur ^.

Or Duchesne appliquait cette immense force aux premiers siècles de l'Église. C'est dire que son enseignement

1. Études, 1908, t. cxvn, p. 301. Cf. t. clxxvi, 1923, p. 647.

2. Voir P. Batiiîol, dans Revue des jeunes, 1922, t. xxxii, p. 259-

soulevait tous les problèmes de fond inhérents aux origines chrétiennes. Est-il besoin de noter que le maître mettait à les résoudre la même vivacité d'esprit et la même absence de convenu? Méthode énergique et bien faite pour provoquer des réactions en sens divers. Aussi les familiers pouvaient-ils remarquer, dans le groupe de ses disciples, « une gauche et une droite ^. » L'évolution ultérieure de celle-là lui a été imputée. C'est ainsi que Duchesne passe tout uniment, chez des historiens qui se croient informés; pour être « le père du modernisme » ^. Autant l'histoire doit enregistrer les faits, autant elle doit désavouer les procès de tendances. Ici le loyalisme catholique de Duchesne, dans sa conduite privée non moins que dans son œuvre publique, est un fait contre lequel pourront difficilement prévaloir les commérages et les petits papiers. Il reste seulement que son rôle historique et son influence pédagogique le placent, bon gré, mal gré, aux origines immédiates de la crise.

A ses côtés, de quatorze ans plus jeune, un de ses anciens élèves devenu son collaborateur, M. Alfred Loisy, prêtre du diocèse de Châlons, apportait les mêmes méthodes dans l'étude de la Bible. Pçéposé dans le Bulletin critique à la recension des ouvrages d'exégèse, il avait appris à connaître les diverses productions de la littérature allemande et, par là, s'était rapidement initié à toutes les questions qu'elle remue sur l'origine et la valeur des Livres saints. Ses publications sur l'histoire du canon de l'Ancien, puis du Nouveau Testament (1890-1891), sur le texte et les versions de l'An-

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