‹ Le modernisme dans l'Eglise [microform]Chapitre 86 sur 451 · Choses passées, p, 76-81 et · texte numérisé non relu

Choses passées, p, 76-81 et

sur beaucoup d'esprits, et ce serait une petitesse que de n'ei\ reconnaître pas le bien-fondé i.

Pour avoir en mains un organe plus puissant de pénétration, il fondait, en 1896, la Revue d'histoire et de littérature religieuses — familièrement surnommée la « revue grise » pour la couleur de sa couverture — qui s'annonçait dès le premier jour comme devant être « purement historique et critique ». Les meilleurs savants catholiques de l'époque, laïques et prêtres, lui prêtèrent leur concours. Mais trois noms y dominent, qui exprimaient, les tendances fondamentales de la maison : celui de M. Loisy pour les questions scripturaires; celui de Paul Lejay (f 1920), secrétaire de la rédaction, pour la philologie et l'ancienne littérature chrétiennes; ■ celui de M. Joseph Tunnel pour l'histoire des dogmes. Tous ensemble, avec des études neuves, pourvoyaient à une œuvre critique d'information par des bulletins bibliographiques très étendus. Un instrument de premier ordre était créé pour explorer dans tous ses recoins l'histoire du christianisme.

A peu près en même temps, des philosophes entreprenaient une semblable tâche dans l'ordre des problèmes spéculatifs. L'interprétation rationnelle de la foi ne leur paraissait pas exiger un moindre renouvellement qu'aux autres l'investigation historique de ses origines. C'est dans ces dispositions que les vieilles Annales de philosophie chrétienne allaient se renouveler, en avril 1895, sous la direction de Ch. Denis (1859-1905), avec le concours d'un brillant oratorien, M. La-

1. [P. BatiSol], dans Bulletin de litt. eccl., juin 1901, p. 201. Et l'auteur de rejeter avec mépris les imputations dont « une certaine presâe » avait cru devoir charger son orthodoxie catholique.

C'est ce qui permet de comprendre que M. Loisy ait trouvé dans l'Église deux « anges gardiens » qui prirent dès lors à cœur de veiller sur sa carrière : Fr. von Hûgel et Mgr Mignot. Voir Congrès d'hist. du christianisme, t. m, p. 246. « Ils se comportèrent, précise-t-il (ibid., p. 241-242), dans les quinze années suivantes comme s'ils avaient alors prêté le serment de protéger et de défendre contre toute' menace ou attaque la liberté de mon travail scientifique. » Mais c'est, devrait-il bien ajouter, parce qu'ils croyaient cette « liberté » contenue dans les limites de la foi. A cet égard, le double jeu mené par l'auteur, dont il ne devait révéler que plus tard le secret, n'est pas loin de ressembler à un abus de confiance.

berthonnière, pour devenir, elles aussi, dans leur domaine, un organe moderne de discussion et de doctrine ^.

Bien que leur activité se déroulât dans deux sphères très différentes, les deux groupes ne pouvaient manquer d'avoir entre eux des points de contact,,soit.par les relations personnelles dont la capitale fournit nécessairement l'occasion, soit par les actualités bibliographiques soumises à leur commun verdict. De l'un à l'autre, un prêtre distingué, professeur à l'école Fénelon avant d'en devenir le directeur, Marcel Hébert (1851-1916), servait de trait d'union. Collaborateur du Bulletin critique pour les livres de philosophie et, à, ce titre, familier de Duchesne, il prit de bonne heure une grande place dans la rédaction des Annales.

A défaut d'écoles proprement dites, on avait ainsi deux groupements très fermes dont les dirigeants respectifs étaient unis par une incontestable affinité de tendances, qu'une collaboration assidue devait forcément développer, tous deux voués au travail le plus délicat sur les fondements mêmes du christianisme et qui, pai?ce que constitués de personnalités éminentes ou tout au moins honorablement connues, avaient tout ce qu'il faut pour incarner au loin la cause de la science et du progrès ^.

« II semble bien que, au début du moins, plusieurs des plus actifs ouvriers du mouvement croyaient de bonne foi servir l'Église 3. » Leurs lecteurs ou disciples, en tout cas, leur faisaient, à n'en pas douter, cette confiance, et c'est précisément ce qui allait créer le plus redoutable des imbroglio le jour où les suspicions commenceraient à s'élever à leur sujet.

Encore faut-il aux plus hardis pionniers un milieu propre à favoriser leur action. D'autres secousses, en effet, s'étaient

1. Almost the officiai organ of iheological liberalism, comme devait l'écrire dans le Guardian, 29 octobre 1902, le Révérend A. Lilley. Repris dans Modernism, p. 27.

2. Un prêtre d'Albr, M. G. Gazagnol, invitait l'Allemagne elle-même à nous les envier. Voir son volume : Die neue Bewegung des Katholizismus in Frankreich, Munich, 1903.

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