‹ Le moine bénédictinChapitre 10 sur 88 · Joan., V, 3o · texte numérisé non relu

Joan., V, 3o

et, pour ainsi dire, de mettre sa toute-puissance à sa disposition. Il ne lui laisse même pas le temps de formuler sa demande i. C'est comme une rivalité d'amour et d'obéissance entre le Créateur et la créature, entre le Maître et son serviteur.

Mais comment Dieu manifestera-t-il ses volontés au moine ? Ya-t-il descendre des cieux pour le commander? Se contentera-t-il de lui dépêcher un ministre de sa cour ? ou de lui tenir, comme à ses prophètes, le mystérieux langage de l'inspiration? Telle n'est pas sa manière d'agir. Il préfère s'incliner jusqu'à l'homme, en déposant son autorité dans des êtres semblables à lui, qu'il place sous la surveillance de son Eglise infaillible. Ce sont, en premier lieu, les Patriarches de la vie religieuse, dont la voix ne cesse de retentir à ses oreilles par chacune des prescriptions de la Règle ; viennent ensuite les supérieurs actuels qui ont hérité de leur mission ; à eux tous s'adressent ces paroles de Notre-Seigneur : Celui qui vous écoute, m'écoute moi-même'^. L'autorité, enveloppée de cette écorce vivante, a le précieux avantage d'exercer constamment l'esprit de foi, d'augmenter les mérites et de prémunir contre les périls de l'illusion. Dieu vit ainsi à la portée de son serviteur.

L'Eglise trace, par l'enseignement de ses docteurs, les limites dans lesquelles se tient le vœu d'obéissance. Le moine, en effet, ne s'oblige pas à suivre des volontés indéterminées. Sa promesse ne le lie qu'aux supérieurs légitimement institués. Encore ceux-ci doivent-ils faire appel au pouvoir qu'il leur

1. Et cum hœc Jeceritis, oculi mei super pos, et aures meœ ad preces vestras. Et antequam me invocetis, dicam : Ecce adsum. (Is., Lx, 24. — Reg., Prol.)

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