‹ Le moine bénédictinChapitre 11 sur 88 · Luc, X · texte numérisé non relu

Luc, X

a donné sur lui par sa profession, s'ils veulent le contraindre à agir en vertu de son vœu. Leurs ordres sont sans force s'ils vont contre la loi naturelle et les prescriptions de l'Eglise ou de sa famille monastique.

Le religieux se borne à vouer l'obéissance conformément à la Règle. Celle-ci n'est donc pas l'objet du vœu. Son infraction ne saurait, par conséquent, encourir la malice du sacrilège. Cette discrétion fait de l'obéissance religieuse un joug suave et léger. Elle guide le supérieur dans toutes ses décisions. Aussi le moine s'abandonne-t-il en toute confiance à sa sagesse et à sa bonté. Loin de songer à tracer des limites à sa soumission, il désire plutôt voler partout ou l'appelle cette voix bénie du Seigneur. La crainte du péché, la peur de la volonté propre, la générosité au. service du Maître, le désir de pratiquer la vertu et de conquérir le ciel, dilatent son cœur et le rendent comme affamé de la volonté divine.

Il ne redoute rien tant que de suivre ses propres appétits. Les désirs de Dieu sont le pain quotidien de son âmei. Telle est son estime de cette vertu, qu'il met toujours au-dessus de ses désirs personnels et de ses intérêts ceux du moindre de ses frères 2.

Ce n'est pas une affection aveugle ni une disposition naturelle à obliger le prochain qui lui suggère cette conduite, pas plus que sa confiance dans la personne et les qualités de son abbé, et sa conviction de la sagesse et de l'utilité des ordres reçus ne sont le mobile de son obéissance empressée. Qu'il s'agisse de sa Règle, de ses supérieurs ou de ses confrères, son esprit de foi, dominé par cette sentence du Sei-

1. Meus cibus est ut faciam voluntatem ejus qui misit me, et perficiam opus ejus. (Joan., iv, 34.)

Page 1