I. Vicino obedientiœ pede. Reg., v
LA VIE RELIGIEUSE 5i
majeurs. Car l'abbé est parfois obligé de commander des choses qui répugnent à la raison naturelle, dans le but de réveiller une âme et de mesurer la force de son esprit religieux. Les Saints ont employé ce moyen ; et nul ne saurait être plus expérimenté qu'eux en pareille matière.
Cette soumission à la Règle et aux supérieurs doit persévérer à travers le temps et les obstacles. Certes, il peut y avoir, et, Dieu merci, il y a, dans une vie religieuse, des circonstances où l'on ne peut obéir qu'en foulant aux pieds toutes les répugnances de la nature. Le commandement, la manière dont il est exprimé, celui qui le donne, les difficultés de l'exécution, ses dispositions morales ou corporelles, l'attitude de son entourage et l'habileté du démon, décou-. ragent et bouleversent le pauvre moine. Ce qui lui paraissait naguère grand et enviable devient mesquin et repoussant. Les dangers l'effraient, les humiliations le dégoûtent. 11 trouve jusque parmi ses frères des croix bien lourdes pour son cœur. Et cela menace de durer. Il est tenté de se redresser et de dire non, ou encore de perdre patience et de suspendre sa marche vers le ciel. Au sein de cet orage, il ouvre la Règle de saint Renoit, et ses yeux cherchent cet admirable chapitre septième, qui déborde de si beaux enseignements sur l'obéissance et l'humilité, et il lit : « Le quatrième degré d'iiumilité consiste à obéir, sans nous arrêter aux difficultés ni aux contrariétés qui se rencontrent dans les choses qu'on nous commande, non plus qu'aux injures et aux mauvais traitements qu'on nous peut faire, quels qu'ils soient; et, au lieu de quitter ou de contredire, à demeurer dans le silence du cœur, et à conserver une paix constante, selon ces paroles de l'Ecriture : Celuiquipersévérera jusqu'à La fin sera sauvé...
Les véritables religieux observent dans toutes les tribulations et les adversités qui leur arrivent le précepte de Jésus-Christ : si on les frappe sur une joue, ils tendent l'autre ; si on leur ôte leur tunique, ils donnent leur manteau ; si on veut les contraindre de faire mille pas, ils en font deux mille. Enfin ils supportent avec l'Apôtre l'infidélité des faux frères, et donnent des bénédictions à ceux qui les maltraitent et les persécutent. »
Fortifié par ces sentiments et par la pensée des souffrances et des humiliations de Jésus-Christ, son Maître, le moine comprend la noblesse et les avantages du chemin de la croix. Il y entre résolument. S'il ne peut calmer le vacarme de l'imagination ni empêcher les souffrances de la sensibilité naturelle, sa volonté domine toutes ces impressions et monte avec reconnaissance le sentier rocailleux et ardu qui le mène à Dieui. Ce temps d'épreuve est, en réalité, le plus utile et le meilleur de la vie. Le chrétien doit lui accorder toutes ses préférences.
Le Bénédictin ajoute aux vœux ordinaires de religion celui de stabilité, qui l'attache par des liens sacrés à son monastère de profession. C'est un usage qui remonte à saint Benoît. Il l'a prescrit dans sa Régie, afin de couper court au vagabondage monacal, si souvent flétri par les écrivains des cinquième et sixième siècles. Le vœu ne rive pas le moine aux murailles de sa clôture à tel point que ses supérieurs ne puissent l'en faire sortir pour travailler au service de l'Eglise et des âmes, pour défendre les intérêts de sa communauté, ou pour l'envoyer dans un autre monastère. La stabilité reste toujours subordonnée à l'obéissance.