‹ Le moine bénédictinChapitre 15 sur 88 · Luc, X · texte numérisé non relu

Luc, X

de la société, ont trouvé et trouvent encore dans les vœux de religion le secret de leur force et de leur ascendant. Gela devrait suffire pour concilier aux monastères et aux couvents la sympathie, la reconnaissance et la protection des pouvoirs publics.

Les services qu'ils rendent vont encore plus loin. Les vœux de religion sont, en effet, le sel de la terre. Ils contribuent pour une part très large à conserver à l'Eglise la note de sainteté qui doit l'accompagner partout. Ils placent en quelque sorte entre le ciel et la terre l'image adorable du Rédempteur. Or, c'est à travers cette Face toute belle et toujours adorée que le Seigneur veut apercevoir le genre humain. En la considérant, sa colère, soulevée par les innombrables péchés des hommes, s'apaise et laisse libre cours aux effusions de sa miséricorde, qui s'en vont toucher les âmes pécheresses au moment où elles y pensent le moins, et les convertir sans que l'influence tangible d'un instrument créé se fasse sentir. Les monastères et les couvents sont les paratonnerres du monde; ils suppléent à ce que tant de chrétiens refusent de donner au Seigneur.

Ils sont, en outre, au milieu de la société, une constante prédication, dont l'éloquence persuasive va jusqu'au fond des cœurs. Ils enseignent à tous, par la voix de l'exemple, le détacliement des biens de la terre, le mépris des jouissances sensuelles et la soumission aux dépositaires de l'autorité. Les hommes ont, aujourd'hui plus que jamais, besoin d'entendre cette leçon. La judaïsation de la société moderne a fait du veau d'or d'Israël le dieu à qui les masses immolent leur foi, leur honneur et leur conscience. La Révolution a empoisonné les âmes, à force de taire les devoirs de l'homme et de proclamer ses droits. Son esprit pénètre partout. Les chrétiens, les

hommes d'Eglise eux-mêmes, n'échappent pas toujours à ses séductions enchanteresses. Où se trouve le remède? Dans la pauvreté, dans la chasteté, dans Tobéissance du religieux. Du fond de son cloître, par le simple fait de sa vie, il inspire le mépris de ce qui passe à ceux qui opposeraient à la voix du devoir les prétendues impossibilités où les jettent le monde et ses maximes. La grâce leur peut dire ces paroles suggérées jadis à saint Augustin : « Ne peux-tu pas faire ce qu'ils font? »

Aussi Satan, avec sa clairvoyance d^ange déchu, dirige-t-il contre ces saintes institutions les premiers efforts de sa haine. Les attaquer, c'est frapper FEglise au cœur; les supprimer, c^est préparer la ruine de TEglise au milieu d'un peuple.

De leur côté, les papes et les évêques les considèrent comme leur force, leur soutien et leur joie. Ils travaillent à les multiplier; ils provoquent des vocations; ils sollicitent la générosité chrétienne pour les pourvoir du nécessaire. Les simples fidèles imitent leur dévouement. Si la persécution vient à les menacer, tous comprennent le péril dont elle est le signal; ils se lèvent, ils se groupent et ils usent des moyens qui sont en leur pouvoir, afin de conserver à TEglise et au monde ces asiles de la sainteté et ces foyers de l'amour divin.

Variété des Ordres religieux. — Variété dans l'Ordre Bénédictin.

— La Règle de saint Benoît. — Les Saints bénédictins. — Caractère de la sainte Règle. — Sa fixité. — Son influence. — Sa puissance sanctiflcatrice. — Sa spiritualité. — Sa discipline régulière.

— Son austérité. — Sa discrétion. — Obligations. — L'étude de la sainte Règle. — Ses commentaires.

LES divers Ordres religieux qui servent le Seigneur et son Église sont unis entre eux par les liens d'une étroite charité. Ils ne forment tous qu'une seule famille, une seule religion qui remonte à travers les âges jusqu'à Notre-Seigneur Jésus- Christ. Leur variété manifeste la fécondité prodigieuse des conseils évangéliques, qui peuvent satisfaire ainsi toutes les aspirations des âmes et répondre aux besoins multiples qui se font sentir au sein de la société chrétienne.

La diversité du but qu'ils poursuivent et des exercices qu'ils prescrivent à leurs membres n'altère en rien leurs sentiments d'estime, d'affection et de dévouement réciproques. Les anciens Ordres saluent

avec joie l'apparition des nouveaux ; ils applaudissent à leurs efforts et à leurs succès, et ils retrouvent eux-mêmes une vie nouvelle, en les voyant si jeunes et si vaillants au service de Dieu. Ceux-ci, en retour, les comblent d'égards et ne négligent aucune occasion de leur être utiles. Il en est de cette grande armée du Seigneur Jésus comme de celles qui militent sous le commandement des princes de la terre. Les régiments sont nombreux, les unifortnes variés, il y a plusieurs drapeaux; néanmoins l'armée reste toujours une.

Tous les religieux sont donc frères en Notre-Seigneur. Ils offrent ainsi au monde la plus belle leçon de charité qu'il puisse recevoir. Leur solidarité et leur cohésion leur donnent les forces de Tarmée rangée en bataille que célèbre le roi Salomon^ Lorsque les démons et leurs suppôts les aperçoivent, ils frémissent de rage, et ils sont obligés de battre promptement en retraite.

C'est par leurs Règles surtout que se distinguent les Ordres religieux. Or, elles se rattachent toutes à quatre principales, connues sous le nom de grandes Règles, à savoir : celles de saint Basile, de saint Augustin, de saint Benoit et de saint François d'Assise.

L'Ordre Bénédictin se subdivise lui-même en plusieurs branches, d'où partent encore des rameaux moins importants. Mais Cisterciens, Camaldules, Olivétains, Sylvestrins, Célestins, moines noirs, etc., partagés à leur tour en Congrégations, se déclarent tous disciples de la Règle de saint Benoit. Leur distinction est fondée sur l'intelligence qu'ils en ont et

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