IX
L'évêque de Poitiers continue : « Ces deux grands types sont simples comme la vraie grandeur; le cachet de leur personnalité est d'en avoir le moins possible devant Dieu, et d'être exclusivement dominés et terrassés par lui. Pas de système, pas de combinaison, point d'arrangement dans leur sainteté; ils s'acheminent selon que Dieu les soulève et les porte, les mène et les ramène ^. » On ne saurait exprimer avec plus d'exactitude le caractère distinctif de saint Benoît et de sa Règle. Son esprit particulier consiste bien à ne pas eu avoir, aiin de suivre avec une docilité enfantine l'Esprit de Dieu, qui anime et conduit l'Eglise. Il enseigne aux âmes l'art de se vider d'ellesmêmes, de se livrer sans réserve à l'action que ce divin Paraclet exerce sur l'Epouse de ^Sotre-Seigneur, et de s'approprier les pratiques et les dévotions qu'il lui inspire. Avant tout, il veut faire de son moine l'homme et le disciple de l'Église. Comprendre, goûter, vivre de plus en plus la vie qne la grâce fait circuler en elle, tel est l'aspect sous lequel il aime à envisager la sainteté.
Saint Benoit le conduit à ce but par le chemin des observances régulières. C'est un maître, un père, qui prend son disciple, son enfant, qui Tinstruit de ses devoirs, le corrige de ses défauts, et renouvelle peu à peu dans son àme la beauté céleste, que le péché lui avait enlevée. Tout, même les règlements les plus simples et les plus matériels, concourt à cette transformation. Que le bienheureux Patriarche parle de la conservation et de la distribution des outils, du travail de ses religieux, du service de la cuisine, de l'organisation du monastère, de la réception des étrangers, on sent qu'il ne cherche qu'une chose, sanctitier