APERÇU HISTORIQUE
LES Bénédictins honorent comme leur fondateur et leur père saint Benoît de Nurcie (48i-543). Ce fils de patricien quitta fort jeune la viliè de Rome et mena durant plusieurs années la vie érémitique dans la grotte de Subiaco. C'est au sein de cette profonde retraite qu'il reçut ses premiers disciples. Leur nombre s'accrut avec tant de rapidité, que force lui fut bientôt de les distribuer dans douze monastères. Mais Dieu, qui le voulait ailleurs, laissa surgir devant lui un obstacle qui le contraignit d'abandonner Subiaco pour aller fixer son séjour sur la mon-
tagne du Gassin. Il y composa sa Règle immortelle et il y établit cette cité monastique qui se nomme l'abbaye bénédictine.
Saint Benoit vit, avant sa mort, la fondation d'autres monastères d'après le type qu'il venait ainsi de déterminer. Mais la diffusion de son œuvre ne prit tout son essor qu'après la destructiou du Mont- Cassin par les Lombards (58o). Les moines, chassés de leur demeure, trouvèrent à Rome un refuge auprès de l'église du Latran.
Depuis assez longtemps déjà, le monachisme prospérait dans la capitale du monde chrétien. Les monastères basilicaux, attachés au service des principaux sanctuaires, y tenaient une place souvent importante. La vocation religieuse d'un noble Romain nommé Grégoire, qui remplissait les fonctions de préteur (5^5), et son élévation au pontificat suprême (590-604), augmentèrent singulièrement aux yeux du peuple le prestige de la vie monastique. La supériorité de son génie, l'éclat de ses vertus, son inépuisable charité, l'intluence extraordinaire qu'il exerça sur son époque et la vigoureuse impulsion qu'il sut donner à la puissance civilisatrice du christianism3 couvrirent son nom d'une gloire incomparable, qui rejaillit sur tous les religieux, et plus particulièrement sur ceux qui suivaient la Règle bénédictine. Il connut, en effet, et il pratiqua cette Règle dans le palais de ses ancêtres, sur le mont Gaelius, transformé par lui en monastère. Ge fut lui qui contribua le plus à la répandre à Rome, en Italie et ailleurs. Aussi les Bénédictins le considèrent-ils à juste titre comme leur second patriarche après saint Benoit.
Saint Grégoire le Grand ouvre la liste glorieuse des Papes bénédictins, qui renferme, dans le cours du septième et du huitième siècle, des noms célèbres,
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tels que ceux de saint Grégoire II, de saint Grégoire III, de saint Zacharie, de saint Agathon.
Lorsque les efforts des Souverains Pontifes eurent rendu un peu de paix à l'Italie, on vit s'élever de nombreux monastères. La ville de Rome n'en eut pas moins de quarante-neuf, tant d'hommes que de femmes.
Mais que devint, au milieu de cette efflorescence, le vénérable sanctuaire du Mont-Gassin? La France s'était enrichie de son précieux trésor. Les reliques de saint Benoît reposaient à Fleury, sur les bords de la Loire. Celles de sainte Scholastique étaient religieusement conservées par la ville du Mans. Cette sainte montagne restait néanmoins chère aux enfants du saint Patriarche. Ils y revinrent (718), sous la conduite de l'abbé Petronax, et bientôt les ruines et la désolation firent place à une vie intense. L'Occident monastique put fixer les yeux sur la nouvelle abbaye cassinienne. C'est là que les grands réformateurs vinrent puiser, comme à leur source, les meilleures traditions monastiques. Des novices illustres, le bienheureux Carloman, frère de Pépin le Bref, et Ralchis, roi des Lombards, y trouvèrent dans les pratiques de l'humilité l'oubli des splendeurs passées et le chemin du ciel.
La Règle de saint Benoît ne devait pas rester l'apanage exclusif de l'Italie. Elle était le bien de l'Église. Tous les peuples de l'Occident avaient le droit de la connaître. Et, par le fait, ils la connurent de bonne heure. Sa diffusion se fit de deux manières bien distinctes, que l'on pourrait désigner sous le nom de française et d'anglo-saxonne.
Mais, avant d'aller plus loin, il ne sera pas inutile de donner aux lecteurs la raison qui nous fait dire diffusion de la Règle et non de l'Ordre. Car cette
façon de s'exprimer doit en surprendre plusieurs. La chose cependant est des plus simples? S'il y avait une Règle de saint Benoît, l'Ordre Bénédictin n'existait pas encore. Il faudra longtemps attendre pour rencontrer, sous la plume des écrivains monastiques, ce mot avec le sens qui lai est généralement attribué de nos jours.
Le Patriarche du Mont-Gassin, en effet, a constitué son monastère et codifié les lois qui le régissent sans s'occuper d'établir entre les diverses maisons soumises à cette Règle une fédération quelconque. Or, c'est cette union de communautés distinctes qui reçoit le nom d'Ordre. Il serait donc prématuré d'en parler à cette époque.
Lorsque la Règle bénédictine pénétra en France, soit grâce à la mission de saint Maur, soit par tout autre moyen, elle trouva un nombre considérable d'abbayes, dont quelques-unes étaient en pleine prospérité et avaient une histoire. C'étaient Lérins, qui fut longtemps un séminaire de pontifes et de docteurs, l'Ile-Barbe de Lyon, les célèbres monastères du Jura, ceux de la Bourgogne, du Poitou, de la Touraine, du Maine, de l'Orléanais.
Au sixième siècle, Luxeuil, de fondation récente, faillit soumettre à sa loi tout le monachisme de Bourgogne, d'Austrasie et de Neustrie. Or, Luxeuil avait reçu de saint Golomban, son fondateur, une Règle d'origine irlandaise, qui eut durant quelques années le plus grand succès. L'extraordinaire sainteté de son auteur, l'intensité de la vie surnaturelle de ses disciples, la vigueur un peu sauvage de ses observances, la jeunesse exubérante des tempéraments de cette époque, n'auraient jamais pu lui assurer l'avenir. Avec ces éléments, une Règle peut envahir un pays et communiquer à ceux qui la suivent un magnifique
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élan. Mais ces conquêtes, pour devenir stables, et cet élan, pour persévérer, demandent une sagesse, une pondération qu'on cherche vainement dans l'œuvre colombanienne. Elle n'offre pas non plus cette organisation si simple et si forte qui caractérise la Règle de saint Benoit et lui assure une incontestable supériorité. Aussi les successeurs de saint Golomban à Luxeuil (6i5) ne tardèrent-ils pas à constater les lacunes de leur législation et à voir dans le code du Mont-Gassin le moyen de les combler. Ils l'adoptèrent, sans renoncer toutefois à la Règle de leur fondateur. Les deux pouvaient s'unir et former un seul corps de discipline et d'organisation monastique. C'est ce qui eut lieu dans les monastères qui s'étaient fondés, ou qui allaient s'établir à l'image de Luxeuil. Et ils furent nombreux, très nombreux même, à partir du jour oii saint Golomban et saint Benoît régnèrent ensemble sur le peuple des moines francs. Il y a des noms qu'il faut citer ici, car ils furent portés par des monastères, tant d'hommes que de femmes, qui jouirent alors et dans les siècles suivants d'un crédit légitime et vraiment extraordinaire : Lure, Bèze, Fontenelle, Jumièges, Rebais, Hautvillers, Montier-en-Der, Saint-Riquier, Gorbie, Remiremont, Jouarre, Faremoutier, etc., etc.
Les monastères » antérieurs à Luxeuil avaient des règles imitées pour la plupart de celles qui régissaient les moines orientaux et imprégnées du même esprit. Elles présentaient un certain nombre d'observances communes : c'étaient celles qui forment la base de toute association monastique digne de ce nom. Mais, en dehors de ces grandes lignes, l'initiative privée et l'influence des circonstances avaient introduit une variété, une bigarrure qui n'étaient pas sans entraîner à leur suite de graves inconvénients.
Plus que Luxeuil, ces abbayes avaient besoin d'adopter la Règle de saint Benoit. C'est ce qu'elles firent, les unes plus tôt, les autres plus tard, en l'associant aux règles déjà en vigueur. Sa largeur pouvait, sans trop de difficultés, se prêter à cette fusion. Il ne fut pas rare dès lors de rencontrer dans un même lieu trois ou quatre règles fondues en une seule.
Cette adoption de la Règle de saint Benoît était singulièrement facilitée par l'idée qu'on se faisait alors d'une règle monastique. Ce n'était pas, comme de nos jours, un code dont toutes les prescriptions avaient une fixité absolue, et qui, une fois introduit dans une maison, devait y régner sans partage. Chaque abbé et chaque communauté conservaient le droit de modifier leur règle quand bon leur semblait. Ces changements, quels qu'ils fussent, n'arrachaient point les religieux à un corps constitué pour les adjoindre à un autre. Il serait faux, par exemple, de dire que les moines de Marmoutier, de Ligugé ou de Saint-Martin de Tours, sortirent, en se soumettant à la Règle bénédictine, de la famille de saint Martin pour devenir enfants de saint Benoit. Le lien qu'ils établirent entre eux et le patriarche du Mont-Cassin laissa subsister intact celui qui les rattachait au glorieux patriarche du monachismè gallo-romain. De la sorte, saint Benoît devint le législateur et le père de tous les moines francs. Ce fut chose accomplie avant la fin du septième siècle.
La propagation de la sainte Règle se fit de la même manière en Espagne, où elle trouva la vie monaslique honorée et prospère.
Mais il en fut tout autrement dans le reste de l'Europe. La Grande-Bretagne, il est vrai, connaissait les moines depuis le quatrième siècle. Mais l'invasion des Angles, qui détruisit les églises bretonnes si florissantes dans les contrées oii se trouve l'Angleterre
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actuelle, ruina du même coup les établissements monastiques de la région. Ce fut un Romain, enfant du monastère de Saint-André du Caelius, qui eut l'honneur d'introduire parmi les envahisseurs païens la Règle bénédictine et l'Evangile de Jésus-Christ (597). Saint Grégoire le Grand lui en avait confié la mission. Saint Augustin, car tel était son nom, fixa son premier monastère à Gantorbéry. Ce n'est pas le lieu de raconter les alternatives de triomphe et d'insuccès que traversa la diffusion de la vraie foi et du monachisme bénédictin dans ce pays", ni les rivalités des moines bretons, qui vinrent à leur tour évangéliser les Angles du nord. Bornons-nous à dire que saint Benoît remporta enfin la victoire, et l'unité romaine triompha avec lui.
Il fallut, pour opérer cette conquête, les efforts d'une armée de saints moines. Avec Augustin, Laurent et leurs premiers compagnons, elle eut pour chefs Adrien, Théodore, Benoît Biscop, et enfin saint Wilfrid (709), l'un des hommes à qui l'Angleterre bénédictine est le plus redevable. On voit, sous leur action persévérante, naître et grandir les abbayes de Gantorbéry, Westminster, Wearmouth et Jarrow, Malmesbury, Melrose, Ripon, Bardenay, Groyland, et beaucoup d'autres encore.
De leur côté, Lindisfarne et les monastères bretons abandonnaient leurs observances traditionnelles pour adopter la Règle apportée de Rome. L'empire de saint Benoît sur les moines anglais fut, de la sorte, beaucoup plus complet et plus exclusif qu'il ne l'était en France.
Il faut en dire autant des fondations faites dans les pays qui forment l'Allemagne actuelle par les apôtres sortis des abbayes anglo-saxonnes. Mais ils ne furent ni les premiers ni les seuls à évangéliser les habitants
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de ces contrées et à leur faire connaître la vie monastique. Saint Golomban, saint Gall et leurs compagnons les y avaient devancés; de Luxeuil, de Fontenelle et d'autres abbayes partirent des religieux, avec la mission de reculer le plus possible les limites orientales de la chrétienté.
Tous, Francs et Anglo-Saxons, voulurent assurer l'avenir de leurs conquêtes pacifiques en établissant de nouveaux monastères. C'est ainsi que furent fondés Saint-Gall, Kempten, Salzbourg, Krenmunster, Murbach, Fulda, etc., etc.
Les moines de cette longue et glorieuse période ne se crurent point voués à mener exclusivement, au fond de leurs solitudes, une vie de prière et de pénitence. Le feu de l'apostolat, qui a toujours consumé le cœur de l'Eglise, les embrasait. Il en fit les adversaires implacables du paganisme et les hérauts de la foi en Allemagne, en Angleterre, dans les Pays-Bas et au sein des campagnes de la France, où les idoles comptaient encore de nombreux adorateurs. Ils travaillèrent à extirper l'hérésie arienne, qui aveuglait les Wisigoths de l'Espîigne et les Lombards du nord de l'Italie. C'est aux enfants de saint Benoît que les peuples de l'Europe occidenlale doivent, avec l'unité de la foi et la soumission à l'Eglise, leur entrée dans la civilisation chrétienne.
Ils ne se contentèrent pas de propager la vérité surnaturelle. La civilisation, sous toutes ses formes, trouva en eux des pionniers intelligents et infatigables. Leurs monastères furent partout des foyers de vie morale et intellectuelle qui rayonnaient sur le pays. Les moines se firent les éducateurs des hommes qu'ils gagnaient à Dieu. Ils leur enseignèrent, par l'exemple principalement, l'agriculture et les arts nécessaires à la vie. Les prêtres de l'abbaye adminis-
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traient les sacrements et donnaient Finstruction religieuse à tous les habitants de la région. Tandis que les jeunes frères recevaient dans l'école intérieure l'instruction qui leur convenait, les maîtres de l'école extérieure formaient aux sciences et aux arts les fils des grands et parfois aussi les enfants du peuple confiés à leur soin.
Les monastères seuls pouvaient offrir autant de ressources matérielles, morales et religieuses. Dès lors, qu'y a-t-il d'étonnant s'ils ont exercé sur les contemporains un attrait souvent irrésistible? Les hommes allaient à eux comme à la source de la vie. Ils se reposaient autour de l'abbaye comme dans l'asile de la paix. Bientôt on voyait toute une agglomération se former à l'ombre du cloître et devenir le berceau d'une ville importante. Telle fut l'origine de Saint-Gall, de Munster, de Guéret, de Tulle, de Gand, de Saint-Brieuc et de cent autres cités.
En Angleterre et en Allemagne, l'abbaye d'où sor tirent les premiers apôtres devint tout naturellement son centre ecclésiastique. L'abbé fut l'évêque ; le clergé se recruta parmi les moines, et leur église tint lieu de cathédrale. Les diocèses de France, qui ne connurent pas alors cette organisation spéciale, placèrent souvent à leur tête des enfants de saint Benoît.
Durant toute cette période, comme aux diverses époques de l'histoire, la sainteté fut la principale cause de l'influence monastique. Par le fait, le septième siècle eut l'honneur de fournir un nombre considérable de saints. C'est pour cela surtout que Mabillon ne craint pas de l'appeler un siècle d'or, sœculum aureiim.
Malheureusement, le monachisme, intimement lié à l'état social des peuples, suit toutes les vicissitudes par lesquelles la Providence les laisse passer. L'inva-
sion sarrasine au midi et les troubles politiques qui précédèrent en France l'avènement des Carolingiens ouvrirent la porte, dans les monastères, au relâchement de la discipline et à tous les abus qui en découlent.
La réforme qui les fît sortir de cet état lamentable eut pour promoteur saint Boniface. Pépin le Bref, Gharlemagne et Louis le Pieux la secondèrent par tous les moyens en leur pouvoir. Mais personne n'y travailla avec plus de courage, d'intelligence et de succès que saint Benoit d'Aniane. Dans le but de débarrasser la pratique de la sainte Règle des superfétations qui la défiguraient, il se mit à étudier les Règles des Pères et les coutumes monastiques qui avaient l'antiquité pour elles; il prit des renseignements sur les observances en usage au Mont-Gassin, comme l'avaient fait déjà saint Boniface et Gharlemagne. Ges travaux lui permirent de fixer avec beaucoup de sagesse la pratique de la Règle de saint Benoît dans son monastère d'Aniane. G'est sur ce type qu'il réforma les abbayes de l'Ile-Barbe, de Micy, de Gormery, de Saint-Savin-sur-Gartempe, etc.
L'empereur Louis, qui avait pu apprécier l'œuvre du grand réformateur durant son séjour en Aquitaine, le fît venir auprès de lui, non loin d'Aix-la-Ghapelle, afin de s'assurer son concours pour la restauration de la discipline dans tous les monastères de son empire. Le concile d'Aix-la-Ghapelle (817) réunit un grand nombre d'abbés , sous la présidence de Benoît d'Aniane. G'était un véritable chapitre général. Il arrêta les bases d'une vaste confédération monastique, établie sur l'unité des observances religieuses et soumise à la liante direction de Benoît. L'idée était heureuse, mais elle était prématurée ; aussi cette union ne dura-t-elle pas plus longtemps que son
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inspirateur. A la mort de Benoît d'Aniane, les abbayes retrouvèrent la complète indépendance dont elles jouissaient auparavant et, avec elle, l'isolement. Mais tous les effets de la réforme ne descendirent pas avec lui dans le tombeau. L'empire carolingien s'affaissait déjà entre les mains débiles de Charles le Chauve, et les moines étaient loin encore d'avoir perdu toute leur ferveur.
Pendant cette période, les enfants de saint Benoît exercèrent leur influence civilisatrice, comme par le passé, sur toutes les provinces soumises à l'autorité de Charlemagne et de ses successeurs. Mais l'attention des historiens est spécialement sollicitée par la part qui leur revient dans le mouvement littéraire du huitième et du neuvième siècle.
Alcuin fut le maître pi*éféré du grand empereur, le chef et l'organisateur de cette école du palais à laquelle doivent tant les lettres, les arts et les sciences. Grâce à lui et à ses collaborateurs, bénédictins en majeure partie, l'amour de l'étude pénétra de nouveau dans les rangs du clergé et fut remis en honneur au sein des monastères.
De nombreux élèves fréquentèrent les écoles épiscopales et abbatiales. Quelques-unes de ces institutions 'atteignirent une étonnante prospérité. Aucune toutefois ne put égaler la fameuse école de l'abbaye Saint-IMartin de Tours, où l'élite de la jeunesse monastique de l'empire suivit les leçons d'Alcuin. De Tours, la culture des lettres passa au delà du Rhin, à Fulda, à Saint-Gall, pour se perpétuer jusqu'au plus beau temps du moyen âge. Les écoles d'Auxerre, de Paris, de Reims, se rattachent elles aussi au tofnbeau de saint Martin et à l'enseignement du plus grand des abbés de son monastère.
Il fallut que la vie intellectuelle, développée par ce
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maître éminent et entretenue avec tant de soin par les Lupus de Ferrière, les Rhaban Maur et leurs émules, , fût bien intense pour se conserver comme elle le fit malgré les bouleversements sociaux qui accompagnèrent l'invasion des hommes du Nord.
Les barbares abordèrent à plusieurs reprises sur les côtes de France, pour remonter le cours de ses fleuves et s'engager dans ses fertiles et riantes vallées. Les ruines des monastères, pillés et réduits en cendres, signalaient les routes qu'ils avaient parcourues. Les pauvres moines échappés au massacre erraient à l'aventure, emportant avec eux, comme leur plus riche trésor, les reliques des saints. Que devinrent leurs observances monastiques parmi les hasards de cette vie errante ? De quoi furent-ils capables quand ils rentrèrent dans leurs anciennes demeures, livrées la plupart du temps à la cupidité des grands propriétaires du voisinage? On le devine sans peine. Ces désastres avaient occasionné des ruines morales plus grandes encore queja destruction des édifices matériels.
Pour mettre le comble à ces maux, les Sarrasins, par leurs fréquentes incursions sur les côtes de l'Italie et de la Provence, détruisirent un grand nombre de monastères. Dans les provinces orientales de l'Empire, les Hongrois firent éprouver à l'Ordre Bénédictin des pertes considérables. Il faillit sombrer en Angleterre au sein de l'invasion danoise.
Quelques abbayes purent cependant, au delà du Rhin, conserver une vie religieuse assez fervente. Mais ce n'est point de là que sortit la régénération monastique.
Un humble monastère de la Bourgogne, qui avait reçu par Saint-Martin d'Autun et Saint-Savin les traditions et l'esprit de saint Benoît d'Aniane, vit arriver