Id., viii-xx
Après la prière, les occupations remplissent la journée monastique. Les religieux s'en vont au travail par groupes de dix, sous la surveillance de leurs doyens.
Cette institution, imitée de l'armée romaine, mettait partout l'œil du maître et du père. Mais telle est la faiblesse de l'homme, que beaucoup de fautes lui échappent malgré cette surveillance continuelle. Saint Benoît, qui le sait, indique la marche à suivre pour leur appliquer le remède d'une correction profitable. Il recommande au frère qui, volontairement ou non, s'est écarté du devoir, de venir s'accuser devant l'abbé et recevoir sa pénitence. Si la crainte de la punition ou un sentiment d'orgueil le détournent de cet aveu spontané, il sera traité plus sévèrement. Le choix et l'application des peines ordinaires sont laissés à la discrétion du supérieur.
Mais la Règle dit comment il faut procéder lorsque la faute est plus grave. Elle cherche moins à punir un coupable qu'à éclairer et à corriger une âme faible, et à réparer un scandale. L'abbé le fait d'abord avertir deux fois en particulier. Si ces précautions, qui tendent à ménager sa susceptibilité naturelle, ne parvieiment pas à toucher son cœur, et s'il s'obstine dans sa faute, on en vient aux réprimandes publiques, puis à la peine humiliante de l'excommunication mineure , et de l'excommunication majeure, accompagnée de privations qui rendent le châtiment plus efficace. Si le coupable donne des preuves d'un repentir sincère, la porte de la réhabilitation s'ouvre devant lui, avec une lenteur et une prudence qui lui font mesurer la gravité du péché et le prémunissent contre une rechute toujours possible. A l'endurcissement d'un orgueilleux qui refuse obstinément de
reconnaître ses torts et de les amender, l'abbé oppose le remède si paissant de la prière de toute la communauté. Quand il ne suffît pas et que le mal risque de devenir contagieux, il rejette le misérable hors du monastère. Néanmoins tout espoir de retour ne lui est pas enlevé. Le repentir et l'humilité peuvent toujours réparer les torts causés par la désobéissance et l'orgueil 1.
Qui dira les services rendus aux âmes par cette législation disciplinaire, à une époque où les hommes apportaient dans le cloître, avec leur grande foi, des passions violentes, qui n'avaient pas eu le temps de s'émousser sous l'influence prolongée de la civilisation chrétienne? Au sixième siècle, pas plus que de nos jours, la sainteté du monastère n'excluait la possibilité du péché et du scandale ; elle demandait seulement que la faute fût réprimée par les supérieurs et dignement réparée par le coupable.
Saint Benoît accorde à ses moines tout ce qui leur est nécessaire pour vivre et travailler. Il tient compte des besoins véritables, sans rien sacrifier à la recherche de ses aises. Tout, dans l'abbaye, est marqué au coin d'une austère gravité. Les convenances religieuses le réclament. Le vêtement est fort simple : une robe de laine, appelée tunique, une ceinture de cuir pour la retenir autour du corps, et une coule, sorte de grand manteau muni d'un capuchon, qui couvre le religieux des pieds à la tête. Il la remplace, aux heures de travail, par un capuce, dont les bandes flottent le long des épaules, d'où lui vient le nom de scapulaire. Il est inutile d'ajouter une importance quelconque à la couleur ou à la grossièreté de la