Martène, Comment, in Reg. S. B., prœf
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le centre de leur vie intellectudle, et ils deviendront facilement une source abondante de science monastique à laquelle tous pourront puiser. Gela suffît pour maintenir dans toute leur pureté et leur vigueur au sein d'une communauté les pensées et les sentiments du bienheureux Patriarche.
L'abbé dans le monastère. — Le nom d'abbé. — Élection et perpétuité de l'abbé. — L'abbé et le convent. — Privilèges pontificaux. — La prière de l'abbé. — La sainteté de l'abbé. — Conseils que lui donne saint Benoît. — Caractère paternel de son autorité. — Officiers monastiques. — Enseignement de l'abbé.
SAINT Benoît distribue en quatre genres les religieux qui vivaient à son époque. Ce sont les cénobites, qui mènent la vie commune ; les ermites ou anachorètes, qui se sont retirés dans la solitude ; les sarabaïtes, qui se réunissent deux ou trois et se conduisent comme bon leur semble ; et enfin les gyrovagues, ou moines vagabonds. Il n'a pas à s'occuper de ces deux dernières catégories, dont les membres déshonorent le saint habit dont ils sont revêtus et scandalisent les fidèles. Ce n'est pas aux ermites non plus qu'il destine sa Règle. Il l'écrit uniquement pour la très vaillante race des cénobites i, qui mili-
I. His ergo omissis, ad cœnobitarum fortissimum genus disponendum, adjuvante Domino, veniamus. (Reg., i.)
tent sous une règle et un abbé, militans suh régula çel abbate^.
L'abbé et la Règle forment les éléments constitutifs du monastère (cœnobium) ou réunion des cénobites. Ils représentent l'un et l'autre la même autorité, qui est Dieu, souverain Seigneur et Maître du moine. Ils poursuivent le même but, qui est la sanctification du religieux au service de Notre-Seigneur Jésus-Christ. La Règle, immuable, trace les grandes lignes de ce service ; elle préside dans le monastère comme une reine; c'est elle qui fixe les heures, les exercices réguliers, qui pose les principes généraux de l'organisation et du gouvernement monastiques. Elle assigne à chaque cliose la place qui lui convient ; elle dispose et fortifie les articulations et les muscles, qui deviennent le lien de l'unité. Les proportions du corps ainsi édifié sont admirables; les traits en sont purs. Mais il lui manque un élément essentiel. La Règle, c'est la loi. Or, jamais la loi ne saurait, à elle seule, constituer une société. Si elle peut créer le corps social, elle ne peut, elle ne doit pas lui tenir lieu d'àme. Quelle est donc cette âme de toute société humaine? Elle n'est autre que le chef, en qui réside l'autorité, mais une autorité qui voit, qui entend, qui pense, qui parle, une autorité vivante, capable de communiquer sa vie à la législation, et par elle, au corps social tout entier. Tel est le rôle de l'abbé au sein du monastère.
Longtemps avant saint Benoit, les moines d'Orient avaient donné ce nom d'abbé, abbas, aux supérieurs des communautés religieuses. Ils ne pouvaient choisir un terme plus vrai et plus instructif. Il retentit sans