Reg., II
le choisir et le préposer au gouvernement de sa famille? Car Notre-Seigneur ne va pas descendre sur terre pour le désigner et l'investir lui-même de sa fonction. Il n'entre pas non plus dans les voies de sa providence de recourir à des moyens surnaturels. 11 laisse donc à des hommes le soin de l'élire, et il charge son Eglise de lui transmettre sa délégation.
C'est pourquoi la Règle donne aux religieux le droit de faire eux-mêmes cette élection ^ L'usage général de l'Orient et de l'Occident voulait qu'une fois institué, Tabbé remplit celte charge jusqu'au terme de sa vie. Notre bienheureux Père le maintient dans toute sa rigueur. Mais ni la perpétuité ni l'élection conventuelle ne sont exemptes d'inconvénients. L'histoire les signale nombreux. Mais quelle institution établie par des hommes, et fonctionnant avec eux, a jamais été et sera jamais sans inconvénient? Il faut bien se résigner à passer sa vie au milieu de l'imperfection. En réalité, le système proposé par le saint Patriarche est de tous le plus avantageux, sinon pour l'abbé, au moins pour le monastère. Le supérieur trouverait, il est vrai, une grande satisfaction à se décharger de ses fonctions, et à goûter le repos de la cellule, où il lui serait plus facile d'effacer, par la prière et l'humilité, les fautes qu'il a pu commettre, et de se préparer ainsi au compte qu'il devra rendre un jour au souverain Juge. Mais à combien de dangers n'exposeraient pas un monastère ces changements répétés!
Il n'en faudrait pas davantage pour dérouter une communauté monastique, enlever à sa direction l'esprit de suite et d'initiative et paralyser l'essor du monachisme lui-même. Les siècles antérieurs n'ont