I. Reg., c. Lxiv
et de veiller sur son gouvernement. Les chapitres généraux, qui se réunissent tous les trois ans, ont des pouvoirs fort étendus, qui leur permettent de couper court aux abus qui menaceraient l'avenir d'une maison et le salut de ses religieux. Le Visiteur apostolique se rend chaque année dans tous les monastères ; il examine, il écoute, il interroge ; puis il signale à l'abbé tout ce qui demande une correction. Si, d'une visite à l'autre, quelques graves difficultés venaient à surgir, le Supérieur général serait là pour la trancher. Par ces constitutions, l'Eglise, qui connaît si bien la faiblesse de ses enfants et qui redoute les dangers auxquels sont exposés ses ministres, rend aux abbés un service inappréciable, en allégeant ainsi leur responsabilité. Elle inspire aux moines une entière confiance qui les fait se tenir plus aisément paisibles et obéissants sous la houlette de leurs pasteurs.
La sainte Règle ne concentre pas l'autorité entre les mains du supérieur, au point de le dispenser d'intéresser les religieux à son gouvernement. « Toutes les fois qu'il y aura une affaire importante à traiter, dit-elle, l'abbé convoquera tous les frères, et il leur exposera ce dont il s'agit. Après avoir entendu l'avis de chacun, il examinera la chose et s'arrêtera à l'opinion qui lui semblera la plus utilie. Nous disons qu'il faut appeler tous les frères au conseil, parce que souvent le Seigneur inspire au plus jeune ce qui est le meilleur. Que les frères donnent donc leur sentiment en toute humilité et obéissance, sans oser jamais défendre leur avis avec opiniâtreté. Il appartient à l'abbé de prononcer; que tous obéissent à ce qu'il jugera le plus opportun. S'il convient aux disciples d'obéir au maître, celui-ci doit disposer tout
avec prudence et justice... Dans les affaires de moindre importance, l'abbé recourt seulement au conseil des anciens, suivant ce qui est écrit : Fais tout avec conseil, et tu n auras pas à te repentir^. »
Au temps de saint Benoit, la réunion capitulaire et le conseil des anciens n'avaient que voix consultative. L^abbé conservait toute la responsabilité de sa propre détermination. L'Eglise a depuis sagement modifié cette disposition, en déterminant les cas où il ne peut agir sans le consentement des frères et des membres du conseil. Mais, en dehors des circonstances prévues parle droit canonique et par les statuts de chaque Congrégation, il s'en tient au chapitre troisième de la sainte Règle, cité plus haut. Le saint Patriarche lui recommande en outre de prendre tous les moyens pour arriver à la connaissance de la volonté de Dieu, qui peut dans certains cas se manifester par la voix d'un enfant 2, ou même par celle d'un religieux étranger qui visite le monastère s. Elle se révèle parfois de la manière la plus inattendue.
La cordialité des rapports qui existent entre l'abbé et ses moines, la prudente confiance qu'il leur témoigne, l'abandon filial qu'ils ont avec lui, facilitent beaucoup son gouvernement. Ces dispositions établissent entre la tête et le corps un courant ininterrompu d'idées. Les pensées du père entrent d'autant mieux dans l'esprit des enfants que leur propre initiative lui cause moins d'ombrage. De ces échanges de sentiments jaillissent des lumières qu'une âme, libre de toute recherche personnelle et désireuse uniquement de procurer la plus grande gloire de Dieu, accepte avec reconnaissance. Mais quelles que soient la jus-