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tesse et l'opportunité des propositions qui lui sont faites, Tabbé les soumet toujours à un examen sérieux; il les mûrit encore par la prière avant de les mettre à exécution. Il se les est si bien appropriées que nul ne songe à les attribuer à l'influence de leur premier auteur. Cette manière de gouverner, qui sait se servir de toutes les pensées utiles, lors même qu'elles viendraient du dernier des inférieurs, a de précieux avantages : elle groupe les âmes sous la main qui les dirige; elle assure au supérieur le concours affectueux, humble, confiant et dévoué de tous ; elle rend l'obéissance douce et agréable ; elle établit dans les cœurs cette tranquillité qui bannit le murmure et la critique, les pires ennemis de la vie religieuse.
Saint Benoît fait la part très large à l'abbé, ou plutôt il place sur ses épaules une croix bien lourde. Tout doit partir de lui, comme tout doit converger vers lui. L'abbaye sera ce qu^il la saura faire. L'expérience du passé confirme la vérité de cette assertion. Toutes les fois que Dieu a mis à la tête d'un monastère un homme selon son cœur, doué des qualités qui font les chefs, on a vu immédiatement fleurir autour de lui, avec la piété, la doctrine et le saint zèle, les œuvres multiples par lesquelles les moines travaillent au service de l'Eglise et de la société. Si plusieurs grands abbés se sont succédé dans le même lieu, il n'en a pas fallu davantage pour que l'abbaye acquière une situation qui lui permît d'exercer sur tout un siècle une influence prépondérante. Ce fut le cas de Gluny, aux dixième et onzième siècles. Mais, en revanche, le gouvernement d'un incapable peut compromettre bien vite une prospérité séculaire. L'histoire de ce même Gluny en
offre le triste exemple. Saint Hugues fut remplacé par Ponce, et, en peu d'années, on yit commencer et s'accentuer une décadence contre laquelle Pierre le Vénérable réagit quelque temps, mais qui finit par précipiter cette illustre abbaye dans le relâchement et dans les désordres qu'il entraine à sa suite.
L'Eglise désire trop ardemment l'efïlorescence de la discipline et des œuvres monastiques pour ne pas donner à celui qui en est le principal agent tous les moyens qui le peuvent mettre à même de la procurer. Elle augmente parfois son prestige extérieur par la concession des insignes pontificaux. L'anneau des évèques orne son doigt et lui rappelle les liens sacrés qui l'unissent à son monastère ; la croix pectorale, suspendue à son cou, lui donne la vraie notion de la supériorité qui est une charge, un onus, une croix, et lui indique le souvenir des souffrances et des humiliations de Jésus-Christ comme la source des grâces qui font les saints abbés. Quand il remplit les principales fonctions de son office, la mitre, couronne des pontifes, orne son front et symbolise celte science de l'Ancien et du Nouveau Testament qui doit orner son intelligence; il s'appuie sur la crosse, houlette du pasteur des âmes, qui lui est une pressante exhortation à vivre et à mourir pour le bien de son troupeau. Dans les grandes solennités du cycle liturgique, il apparaît au milieu du sanctuaire revêtu de cette majesté dont l'Eglise entoure ses pontifes. Ce décor sacré rehausse singulièrement les pompes sacrées. Celui qui s'en revêt y puise des secours abondants, qui l'aident à se pénétrer de l'esprit de Jésus, le type divin des prélats. Ses moines en profitent encore davantage, car c'est eux que les Papes ont surtout en vue quand ils accordent ces privilèges à leurs supérieurs. Ils veulent leur facihter cet acte de foi qui
leur fait envisager et vénérer Notre-Seigneur lui-même dans la personne de celui qui les gouverne.
Depuis des siècles, l'Eglise prépare Tabbé à exercer saintement ses difficiles fonctions, en répandant sur lui les grâces d'une bénédiction spéciale. C'est l'évêque qui la lui confère pendant le saint sacrifice de la messe ; les prières et les rites de cette imposante cérémonie déversent dans son âme les forces et les lumières qui l'aideront, durant toute sa vie, à se sanctifier lui-même en sanctifiant les autres et en les conduisant au service du Seigneur et de son Eglise.
Quand Dieu Ta ainsi préparé, il peut s'armer d'une humble confiance et courir devant ses frères dans les sentiers de la sainteté monastique. Les exemples des apôtres, modèles des pères des âmes, et de tant de saints abbés sont sous ses yeux, le jour et la nuit, pour lui dire que la prière est le premier devoir du pasteur. Nos vero orationi et ministerio verbi instantes erimas ^ ; nous nous appliquerons à la prière et à la parole, disaient les apôtres, en instituant les diacres. Mais à la prière avant tout, non seulement à cette prière qui leur est commune avec tous les fidèles, mais à ces oraisons prolongées qui mettent les pasteurs en contact intime et fréquent avec celui qu'ils représentent sur terre.
Dieu aime ses serviteurs comme un père cliérit ses enfants, et sa bonté infinie le porte à les combler de ses biens. Mais il est des faveurs qu'il n'accorde qu'aux prières les plus instantes. Aussi est-ce surtout par une oraison ardente et répétée que l'abbé agit. Par elle, il féconde son enseignement, il obtient les grâces de correction, les lumières pour les conseils à